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Afrique

L'ANC ne veut pas voir le sexe du président Zuma en peinture

Texte par Assiya HAMZA

Dernière modification : 29/08/2012

Un tableau, exposé au Cap, représente le président sud-africain en costume traditionnel zoulou et pénis à l’air. Le Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis 1994, crie au scandale.

Et de deux. Trois mois à peine après la polémique suscitée par "The Spear" ("La Lance"), une toile représentant le président sud-africain, Jacob Zuma, parties génitales bien en évidence, un autre artiste s’est inspiré du sexe du dirigeant de la première économie du continent africain, rapporte le journal sud-africain Mail and Guardian. Intitulée "Umshini Wam", littéralement "l’arme de destruction massive", Jacob Zuma apparaît cette fois en guerrier zoulou, jambe droite levée vers le ciel, ses attributs masculins toujours en avant. Un crime de lèse-majesté pour le Congrès national africain (ANC), parti au pouvoir depuis 1994.

La peinture est exposée dans une galerie du Cap (DR).

"Nous condamnons cette peinture de la manière la plus vive. Ce genre de portrait du président Jacob Zuma est irrespectueux. Cela revient à se moquer de la fonction présidentielle, de son statut de père et de mari. Cela constitue un abus artistique absolu", a réagi le porte-parole de l’ANC, Keith Khoza.

L’artiste, lui, se défend de toute offense. "La peinture représentant Jacob Zuma est respectueuse. Il est vêtu selon sa culture. Il est vêtu dans sa virilité, a plaidé Ayanda Mabulu dans un communiqué. Je respecte les leaders historiques de l’ANC, ils ont travaillé pour l’intérêt de notre peuple. Mais aujourd’hui, le parti est gangréné par l'avidité et la convoitise. Je ne suis pas en train d’attaquer, je pose respectueusement une question."

Vie sexuelle débridée

Exposée au Cap, "L’Arme de destruction massive" est l'une des toiles montrées dans le cadre de "Nos pères", une manifestation à laquelle participe un autre artiste controversé : Brett Murray.  En mai dernier, ce plasticien avait lui aussi provoqué l’ire de l’ANC avec "The Spear". L'imposante toile, grandeur nature, soit 1,85 mètre, était directement inspirée d'une célèbre affiche soviétique, celle de Lénine. Le chef de l'État sud-africain était représenté débout, sexe exposé. Marié à six femmes, père de 21 enfants, Jacob Zuma est un polygame assumé mais qui a souvent été attaqué sur sa vie sexuelle débridée.

"La Lance" de Brett Murray avait provoqué un scandale en mai dernier

Le parti présidentiel, qui fête son centenaire cette année, s'était "indigné" que son chef soit représenté d'une "façon scandaleuse et offensante". L’ANC avait même saisi les tribunaux pour réclamer sa saisie mais, entre-temps, le tableau de Brett Murray, déjà vendu à un collectionneur allemand, avait été vandalisé et barbouillé de peinture, obligeant la galerie à fermer ses portes.

"Des pénis toute ma vie"

Accusé de surfer sur la vague initiée par Brett Murray, Ayanda Mabulu a tenu à souligner leurs différences. "En ce qui me concerne, je vis dans un 'township' et j’observe tous les jours les conditions de vie des gens et leur souffrance, a affirmé l’artiste de 31 ans au site internet The Post. En tant qu’artiste, je ne peux rester assis à boire du café quand les leaders de l’ANC affament notre peuple. Il faut faire une déclaration audacieuse. En outre, j’ai dessiné des pénis presque toute ma vie."

Un brin provocateur, Ayanda Mabulu n’en est pas à son premier fait d’armes. En 2010, il avait suscité une vive polémique avec le tableau "Un pauvre vaut mieux qu’une riche marionnette". La toile mettait en scène le président Zuma et… son pénis.

Reste que "L’Arme de destruction massive", mise à prix 75 000 rands, soit 7 132 euros, pourrait subir le même sort que la toile de Brett Murray. "Rappelez-vous, les réactions à la peinture de Murray ont seulement pris de l’ampleur une semaine ou deux après avoir été dévoilée, a prévenu Cobus Grobler, un porte-parole local de l’ANC. Il n’est pas dit que les gens traitent cette œuvre différemment - la médiatisation de cette nouvelle peinture vient juste de commencer."


 

Première publication : 29/08/2012

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