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À Téhéran, Morsi défend la révolution syrienne, les interprètes iraniens travestissent ses propos

Texte par Tony TODD

Dernière modification : 31/08/2012

Au sommet des non-alignés à Téhéran, les interprètes iraniens ont eu tôt fait d'évacuer les critiques du président égyptien Mohammed Morsi contre le régime de son homologue syrien Bachar Al-Assad en remplaçant la "Syrie" par le "Bahreïn".

Drôles de petits arrangements avec la langue. Lors du sommet des non-alignés à Téhéran, le président égyptien Mohammed Morsi a multiplié, dans son discours, les attaques contre le régime de son homologue syrien Bachar al-Assad. Des critiques qui n’ont pas été du goût de ses hôtes iraniens, fervents soutiens du président syrien. Pour ne pas porter atteinte à l'allié de l'Iran, les interprètes iraniens chargés de retranscrire le discours en persan ont choisi d’esquiver les critiques du président égyptien en remplaçant la "Syrie" par le "Bahreïn", rapporte Assal Reza dans son blog "Nouvelles d’Iran" sur lemonde.fr.

Survenant après des décennies de relations froides entre l’Égypte et l’Iran, la visite de Mohammed Morsi avait été qualifiée de triomphe diplomatique par Téhéran. Mais son discours du 30 août n’a pas été apprécié de tous. "La révolution égyptienne est un pilier du Printemps arabe. Elle a commencé quelques jours après la Tunisie, elle a été suivie de près par la Libye et le Yémen. Maintenant, c’est au tour de la Syrie de faire sa révolution." À ces mots, la délégation syrienne a quitté le sommet sur le champ. Au même moment, des millions d’Iraniens suivaient l’événement retransmis à la télévision et à la radio, convaincus que Mohammed Morsi faisait référence au Bahreïn et non à la Syrie.

Un discours remanié

Quand le président égyptien a appelé le mouvement d’opposition syrienne divisé à s’unir, les interprètes ont, une fois encore, préféré parler du Bahreïn. Une traduction simultanée du discours retransmis en direct bien éloignée de la réalité des propos tenus.

De nombreux sites internet iraniens n’ont pas hésité à remanier le discours du chef égyptien, poursuit Assal Reza dans son blog. Ainsi, le site conservateur Farda affirme que Mohammed Morsi a exprimé dans son discours l'espoir de voir le "régime populaire" syrien survivre au conflit et "le peuple libre de Syrie s’opposer aux complots venus de l’étranger". Le discours de Mohammed Morsi était pourtant d’une toute autre teneur. "Notre solidarité avec l’opposition syrienne, en lutte contre un pouvoir répressif qui a perdu toute légitimité, est un devoir moral et une nécessité politique et stratégique", a-t-il asséné.

Le dirigeant égyptien n’est pas le seul à avoir provoqué des remous au sommet. La veille, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, dont la venue avait été critiquée par les États-Unis et Israël, n’a pas hésité à condamner les ambitions nucléaires de l’Iran ainsi que les menaces proférées à l’encontre d’Israël. "Nier des faits historiques comme l'Holocauste" et "affirmer qu'un autre État membre de l'ONU n'a pas le droit d'exister ou le décrire en des termes racistes est non seulement faux, mais porte atteinte aux principes mêmes" de l'ONU, a-t-il averti.

Première publication : 31/08/2012

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