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EUROPE

Le Kosovo n’est plus sous surveillance internationale

©

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Thibault LIEURADE

Dernière modification : 11/09/2012

Quatre ans après sa déclaration d’indépendance, le Kosovo célèbre la dissolution du Groupe international d’orientation sur le Kosovo, qui supervisait le jeune pays. Une étape vers une reconnaissance internationale incontestée ?

Belgrade déplore une “erreur historique et tragique”

La Serbie veut-elle gâcher la fête à Pristina ? C’est en tous cas à la veille des célébrations organisées pour marquer la fin de l’ISG que Belgrade a fait de nouvelles révélations dans l’affaire du trafic présumé d’organes prélevés par la guérilla kosovare sur des Serbes durant la guerre de 1998-1999. Le scandale avait éclaté fin 2010 lorsque le Conseil de l’Europe avait rendu public un rapport incriminant des responsables de l'Armée de libération du Kosovo (UCK), parmi lesquels l’actuel premier ministre kosovar, Hashim Thaçi. Un procureur serbe affirme aujourd’hui disposer d’un témoin-clé de cette sordide affaire. Hasard du calendrier ou pas ? Ce qui est en tous cas sûr, c’est que Belgrade a qualifié la fin de l’ISG d’ “erreur historique et tragique”.

Pour les responsables politiques du Kosovo, ce 10 septembre 2012 est ni plus ni moins “la date la plus importante depuis la proclamation d’indépendance”. Quatre ans après le 17 février 2008, Pristina célèbre en effet la dissolution du Groupe d'orientation sur le Kosovo (ISG, International Steering Group). Pour les diplomates de ce groupe, cette étape signifie par conséquent l’accès officiel de l’ex-province de Serbie à la “pleine souveraineté”. Hors du pays, la fin de cette mission de surveillance internationale a même été saluée par le président des États-Unis, Barack Obama, qui l’a qualifiée d’ “étape historique”.

L’ISG a supervisé le Kosovo depuis qu’il est devenu un État à part entière, reconnu aujourd’hui par plus de 90 pays dans le monde. Cette institution regroupait des représentants de 25 États ayant soutenu cette indépendance, parmi lesquels les États-Unis, des membres de l’Union européenne ou encore la Turquie.

Sa création avait été prévue dans le plan élaboré par le médiateur de l’ONU, le Finlandais Martti Ahtisaari, au lendemain des raids aériens de l’Otan au printemps 1999, lorsque la force internationale avait mis fin à la répression de la guérilla kosovare albanaise par les forces armées de Belgrade. À Pristina, l’ISG avait le pouvoir d’imposer des lois ou encore de sanctionner des responsables gouvernementaux. Mais aucune décision de la sorte n’a été prise en quatre ans d’existence...

Un symbole avant tout

Pire, les observateurs de la région en sont même venus à s’interroger sur l’utilité de sa mission. “L’ISG avait pour objectifs l’intégration de la minorité serbe du Kosovo ou encore de faire progresser la reconnaissance du pays à l’international”, rappelle Jean-Arnault Dérens, rédacteur en chef du courrier des Balkans.

“Or, le nord du pays [où vivent la plupart des Serbes, NDLR], n’a jamais été aussi proche de la sécession et la reconnaissance internationale reste très incomplète : le Kosovo n’est toujours pas représenté à l’ONU et cinq membres de l’Union européenne [l’Espagne, le Portugal, la Roumanie, la Slovaquie et la Grèce, NDLR] refusent toujours de le considérer comme un pays en tant que tel. Dernier exemple en date : il n’y avait pas de délégation kosovare aux Jeux olympiques”, souligne-t-il.

Dans la pratique, l’ISG ne représente surtout qu’une petite partie de la représentation internationale sur place. La Mission d’administration intérimaire des Nations unies (Minuk) reste par exemple toujours déployée. La force de l’Otan, la Kfor, a de son côté fait appel à des renforts face à l’instabilité qui règne dans le nord du pays. La mission Eulex de l’Union européenne, qui apporte son soutien aux services de police et de justice du Kosovo, vient elle d’être prolongée de deux ans...

Dans ce contexte, la fin de l’ISG ressemble plus à un symbole qu’à une véritable prise en mains de leur destin par les Kosovars. Même le sous-secrétaire adjoint du département d’État américain, Philip Reeker, l’admet volontiers : “Il y a eu du chemin de parcouru mais il reste encore beaucoup à faire”, a-t-il déclaré lors des festivités organisées à Pristina.

Première publication : 10/09/2012

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