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L'opinion de
Sylvain ATTAL

Sylvain ATTAL
Directeur adjoint, nouveaux médias

YouTube et le choc des civilisations

Le 18-09-2012

"Broadcast yourself", la devise de la chaîne de télévision globale de Google face au fondamentalisme musulman. Un pied de nez à Samuel Huntington et à son prophétique traité sur le "choc des civilisations". N’en déplaise à ceux qui n’ont pas lu ce génie des relations internationales, son livre  - paru il y a 20 ans - n’était pas une incitation à dresser les civilisations les unes contre les autres, mais un constat pessimiste assez difficilement digérable par un universaliste français : Huntington voyait la planète non plus comme un assemblage de nations, mais comme un puzzle composé de cultures et de systèmes politiques qui n’en sont pas au même stade d’évolution. Aussi il déconseillait aux uns et aux autres - mais particulièrement aux Occidentaux - de chercher à exporter son modèle au-delà de sa zone d’influence naturelle. Adversaire convaincu de l’intervention américaine en Irak, comme de toute intervention militaire américaine, il était l’héritier de la tradition isolationniste américaine. Tout sauf un "néo-con".

Ce que n’avait pas prévu Huntington, c’est la place qu’allaient prendre des médias tels que YouTube. Aujourd’hui, les diplomates, les hommes politiques, les intellectuels et même les médias traditionnels ne sont plus les seuls à agir sur les relations entre les peuples.

Désormais, n’importe quel analphabète islamophobe peut déclencher une tempête meurtrière sur la moitié de la Terre en diffusant sur YouTube un navet consternant, dont on ne sait même pas si les participants étaient bien conscients de l’opération à laquelle ils participaient. "Broadcast yourself"… et provoquez le chaos.

Le prétexte au déclenchement d’une nouvelle vague de haine anti-américaine ne pouvait mieux tomber au moment ou les Arabes, les musulmans chiites et sunnites n’ont jamais été aussi divisés par la guerre civile en Syrie. Comme toujours, il y a les idiots utiles et ceux qui s’en servent, comme Hassan Nasrallah qui reprend des couleurs. Alors que son soutien à Bachar al-Assad menaçait de ternir son image, il se refait une santé avec son slogan favori : "Mort à l’Amérique".

Et voici que tout s’acharne contre Barak Obama, auteur d’un beau discours de réconciliation en 2009 au Caire. Non seulement ses illusions - réconcilier l’Amérique avec les musulmans - s’envolent, mais à quelques semaines de l’élection présidentielle, ses adversaires républicains instruisent son procès pour affaiblissement des États-Unis. Et ce n’est pas son "allié" Netanyahou qui lui sera du moindre secours. La gauche israélienne se demande justement s’il ne dépense pas davantage d’énergie à faire tomber Obama qu’à abattre le programme nucléaire iranien.

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