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FRANCE

Lutter contre le blasphème, dénominateur commun des religions

Texte par Charlotte OBERTI

Dernière modification : 20/09/2012

Après la publication de caricatures du prophète Mahomet par l'hebdomadaire satirique "Charlie Hebdo" mercredi, les critiques ont fusé de la part des représentants des différentes religions envers ce qu'elles considèrent comme un blasphème.

"Ce que je trouve très bien c’est que toutes les religions se sont mises d’accord pour condamner l’initiative de 'Charlie Hebdo', au moins ça les rapproche," a déclaré, mercredi 19 septembre, Charb, le rédacteur en chef du journal satirique, sur les ondes de France Info.

Suite aux violences suscitées par une vidéo anti-islam diffusée sur YouTube, et la polémique lancée par les caricatures du prophète Mohamet publiées dans la foulée par le journal satirique, les voix des différents représentants religieux se sont élevées mercredi.

La réaction de Charb, directeur de Charlie Hebdo

Le Conseil français du culte musulman (CFCM) s'est dit "profondément consterné par les dessins insultants" de "Charlie Hebdo", tandis que le cardinal et archevêque de Paris, André Vingt-Trois, a dénoncé une "provocation". Quant au président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Richard Prasquier, il a déploré "une forme de panache irresponsable".

"Le filon catholique n’intéresse plus"

Réactions en chaîne, choc, protestations. La sensibilité des religions, quelles qu’elles soient, face à ce qu’elles qualifient de blasphématoire apparaît comme un dénominateur commun. Et cette sensibilité, les caricaturistes ne la ménagent pas.

"Le blasphème fait recette [après un succès rencontré dans les kiosques mercredi, 'Charlie Hebdo' a annoncé une nouvelle publication de son édition controversée, ndlr]. Mais on se tourne davantage vers l’islam car, aujourd’hui, le filon catholique n’intéresse plus," explique Odon Vallet, historien des religions. "Et pour cause : il est éculé, les caricatures sur le pape ne manquent pas." Caricatures auxquelles les chrétiens réagissent généralement de manière assez discrète par la voie des tribunaux. D'ailleurs, l’hebdomadaire "Charlie Hebdo" ne manque pas de rappeler que la plupart des plaintes dont il fait l'objet proviennent d’organisations chrétiennes.

"Avec l’islam, cependant, on sait qu’il y aura des réactions très vives dans les pays musulmans, poursuit Odon Vallet. En l’occurrence, toucher au symbole du Prophète est le pire des blasphèmes pour un musulman." Les représentations de Mahomet sont en effet proscrites par le Coran.

Pour le sociologue des religions Jean-Louis Schlegel, cette différence de réactions s’explique surtout par l’adaptation des chrétiens aux sociétés démocratiques, dans lesquelles ils vivent majoritairement. "Les chrétiens ont acquis des réflexes démocratiques," commente-t-il, avant d’ajouter : "Mais si des intégristes chrétiens arrivaient au pouvoir dans un pays, allez savoir ce qu’ils feraient !"

Appel à légiférer contre le blasphème

Alors qu’en France, la notion de blasphème n’existe pas au regard du droit laïc, le ton est monté d’un cran dans le monde musulman suite à la diffusion de la vidéo anti-islam intitulée "L'innocence des musulmans". Depuis le Liban, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a ainsi appelé, lundi 17 septembre, les peuples et gouvernements à "exercer une pression sur la communauté internationale afin qu’elle instaure des lois nationales et internationales criminalisant les insultes proférées envers les trois religions mondiales." En Tunisie, Rachid Ghannouchi, leader d'Ennahda, parti islamiste majoritaire à l'Assemblée, a pour sa part sollicité l’aide de l’ONU sur l’adoption d’une loi.

Les relations entre les humoristes et la religion

"Cette question a souvent été soulevée," explique Clive Baldwin, conseiller au sein de l’ONG Human Rights Watch à New York. "Le sujet a déjà été longuement débattu à l’ONU, quand certains pays plaidaient pour que la diffamation religieuse soit considérée comme une atteinte aux droits de l’Homme. Mais au final, tous les États ont abandonné l’idée."

Vers un retour du sacré

Les religieux sont-ils donc allergiques à toute critique ? Oui et non, répond Jean-Louis Schlegel, co-directeur de l'ouvrage "À la gauche du Christ : les chrétiens de gauche en France de 1945 à nos jours". "Pour un vrai croyant, l’objet de sa foi ne peut pas être relativisé," rappelle le sociologue des religions, pour qui le contexte de la mondialisation est crucial. "La mondialisation représente une mutation du monde et entraîne des crises identitaires ainsi que des crispations. Les communautés identitaires se trouvent donc renforcées, et le rôle du sacré avec. Il y a davantage d’intolérances de nos jours qu’il y a trente ans," analyse le spécialiste. Un avis partagé par Odon Vallet qui prend pour exemple "Les Écritures : Les Aventures de Dieu - Les Aventures du petit Jésus" de François Cavanna, une réécriture satirique de la Bible parue en 2002, dont la publication rencontrerait, selon lui, de grandes difficultés si elle avait lieu aujourd’hui.

En 2011, "Sur le concept du visage du fils de Dieu", une pièce de théâtre controversée, jouée au Théâtre de la Ville à Paris, avait provoqué l’ire d’intégristes catholiques qui avaient organisé des actions pour perturber les représentations.

Toutefois, le manque de dérision n’est pas propre aux religions, tempère le sociologue Jean-Louis Schlegel. "Le sacré, que l’on peut assimiler à un tabou, est présent en chacun de nous. Être considéré comme un objet d’ironie par quelqu’un d’extérieur n’est évident pour personne."

Première publication : 19/09/2012

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