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L'opinion de
Sylvain ATTAL

Sylvain ATTAL
Chroniqueur international

Mahomet, la circoncision et les Lumières

Le 20-09-2012

Les nouvelles caricatures de Mahomet dans "Charlie Hebdo" menacent de provoquer une vague de manifestations anti-françaises dans le monde musulman. Le devoir de n’importe quel démocrate sera de condamner toute violence. Et de rappeler que dans nos sociétés le droit à la caricature, même la plus outrancière, doit être garanti.

Mais que cela ne nous empêche pas non plus de noter qu’ici "Charlie Hebdo" semble instrumenter à sa guise la liberté d’expression. En effet, contrairement à la première affaire des caricatures, cette initiative laisse une impression désagréable d’agression gratuite de la conscience des croyants. Comme si les dessinateurs de "Charlie" voulaient sciemment appuyer là où ça fait mal.

Il faut se souvenir que la première "vague" de caricatures de Mahomet, reprise par "Charlie Hebdo" en 2005, était une réponse de douze dessinateurs au constat alarmant d’un éditeur danois se plaignant que personne n’osait illustrer un livre sur Mahomet, de peur d’être frappé d’une fatwa. Le sursaut était légitime. La publication de ces dessins par le journal danois "Jyllands-Posten", puis par d’autres organes (dont "Charlie Hebdo") se voulait un sursaut, une limite : aucune forme de contrainte ne saurait imposer aux éditeurs de presse occidentaux - même par autocensure - les prescriptions islamiques qui prohibent toute représentation du prophète.

Démonstration faite, "Charlie Hebdo" en paya le prix, ses bureaux étant incendiés, mais gagna son procès contre les instances représentatives de l’islam et leur prétention à voir reconnaître une sorte de délit de blasphème.
Moins que de blasphème (au nom d’une défense d’une liberté critique salutaire), il s’agit plus ici de donner une leçon à des musulmans réputés trop chatouilleux dès qu’il s’agit de leur foi. De ce point de vue, ce manifeste "cartoon" s’inspire d’un dévoiement de la philosophie des Lumières qui charrie une forme d’islamophobie. Il va donc manquer sa cible.

Et ce n’est pas seulement parce que "ce n’est pas le moment" : ce n’est pas le moment qui est problématique, mais le mépris, le rejet de l’autre dans ses croyances les plus intimes, au nom d’une pseudo conception du progrès et de la modernité, qui fait tache d’huile dans une Europe en crise. Islamophobie, ou judéophobie, on peut en voir aussi des stigmates plus inquiétants encore dans l’offensive juridique menée en Allemagne contre la circoncision. La décision de la cour régionale de Cologne déclarant cette pratique illégale, loin d’être un mouvement isolé, a reçu le soutien de 600 intellectuels qui proclamaient, dans une lettre ouverte, que "la liberté religieuse ne constituait pas un chèque en blanc pour des violences sexuelles sur de jeunes garçons" et même, selon un sondage, de 56% des Allemands.

Sous le choc, juifs et musulmans en viennent à se demander si leur présence est toujours souhaitée en Allemagne.

Est-ce réellement la voie que souhaite suivre l’Europe ?
 

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