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FRANCE

Damas pourrait "utiliser ses armes chimiques contre sa population"

Texte par Amara MAKHOUL-YATIM

Dernière modification : 21/09/2012

Selon un ex-général de l'armée syrienne, Damas envisagerait d’utiliser des armes chimiques contre sa population. Des allégations que les experts incitent à prendre avec précaution, dans la guerre de communication que se livrent régime et opposition.

Damas serait prêt à utiliser ses armes chimiques contre sa propre population "en dernier recours", a affirmé, depuis la Turquie, le général syrien Adnan Sillu. Ce haut gradé se présente comme étant l’ancien responsable de l’arsenal chimique du régime. Il a fait défection il y a trois mois.

Dans un entretien publié mercredi par le quotidien britannique The Times, il évoque des réunions de haut niveau auxquelles il a pu assister à Damas. "Nous avions des

Un raid aérien au nord de la Syrie fait des dizaines de morts

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Ailleurs dans le pays, les rebelles ont affirmé avoir abattu un hélicoptère des forces du régime qui s'est écrasé dans une banlieue de Damas, dont les quartiers sud sont sinistrés après deux mois de combats.

En 18 mois de conflit déclenché par une révolte transformée, face à la répression, en guerre civile, 29.000 personnes ont péri dont 20.755 civils, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

AFP

 

discussions sérieuses sur l'usage d'armes chimiques, y compris sur la manière de les utiliser et dans quelles zones", a-t-il ainsi révélé. "Nous avons discuté de cela comme étant un dernier recours, face à la perte par le régime du contrôle d'un zone importante, comme Alep", a précisé l’ancien général, qui mentionne en outre la présence d'experts iraniens à ces réunions. L'homme explique avoir décidé de quitter l'armée régulière après avoir eu connaissance des intentions du régime syrien.

Ces révélations viennent contredire les précédentes affirmations de Damas qui, par la voix du porte-parole du ministère syrien des Affaires étrangères, Jihad Makdessi avait affirmé fin juillet que le régime ne ferait jamais usage de son arsenal chimique contre sa propre population. Makdessi avait toutefois précisé qu’il serait fait usage des armes chimiques en cas d’intervention étrangère.

Depuis plusieurs mois, l’opposition syrienne alerte la communauté internationale sur le danger que représentent ces armes. Washington et Paris ont rapidement et fermement répliqué, assurant que l’usage de ces armes justifierait une "réponse massive et foudroyante", selon les termes du chef de la diplomatie française Laurent Fabius.

"Le seul argument qui pourrait justifier une intervention hors mandat de l’ONU"

Olivier Lepick, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) et spécialiste des armes chimiques et biologiques, invite à aborder les allégations de l'ancien militaire avec "la plus grande prudence", rappelant qu’il n’y a pour l’heure aucune preuve de ce qu’il avance. Le général Adnan Sillu "a fait défection bien tard", ne manque pas de souligner le chercheur.

"Pour ma part, je ne crois pas une seule seconde que le régime syrien utiliserait ses armes chimiques contre sa propre population", avance-t-il, catégorique, avant de poursuivre : "Cela n’a aucun intérêt, tactique ou politique". En se risquant à franchir ce que Washington a qualifié de "ligne rouge", explique le chercheur, la Syrie perdrait ses derniers alliés au Conseil de sécurité et "provoquerait une déflagration internationale".

Frédéric Pichon, historien spécialiste de la Syrie, nuance également la portée des affirmations du gradé syrien. "On n’est même pas certain que ce général ait en effet été responsable de l’arsenal chimique", a-t-il déclaré. Pour lui, ces affirmations arrivent à point nommé pour une partie de l'opposition : "On sait bien que la menace des armes chimiques constitue le seul argument qui pourrait justifier une intervention occidentale hors mandat de l’ONU, ce qu’une grande partie de l’opposition appelle de ses vœux".

Au-delà de ce que signifient les propos de l’ancien responsable militaire, ils témoignent selon Frédéric Pichon de la "guerre d’information" que se livrent pouvoir et opposition depuis le début du conflit.

Damas aurait testé ses armes chimiques

Les affirmations inquiétantes du général Adnan Sillu surviennent alors que Damas est suspecté d'avoir effectué des essais d'armes chimiques. C’est du moins ce qu’a affirmé lundi le magazine allemand Der Spiegel. Citant des témoins, l’article fait état de tests effectués fin août près de Safira, à l’est d’Alep. Cinq à six obus vides de substances chimiques auraient, selon l'hebdomadaire, été lancés de chars ou d'avions sur un terrain militaire.

Ces allégations laissent "perplexe" l’expert en armement chimique Olivier Lepick, qui relève plusieurs éléments surprenants dans la description de ces essais. "Il n’y a aucun intérêt à tester des armes chimiques en lançant des obus vides comme le dit l’article du Spiegel", indique-t-il. La forme de l’agent chimique, liquide ou solide, peut modifier la trajectoire de l’obus. D’où l’intérêt du test. "D’habitude on utilise un simili, un liquide qui reproduit les conditions à l’identique", explique le scientifique. Il est par ailleurs fait mention d’obus tirés d’avions, or d’après lui on ne lance jamais des armes chimiques de la sorte. "Normalement, on lâche des bombes à fragmentations". Autant de "détails" qui le font insister sur la nécessité de prendre ce type d’informations avec beaucoup de précautions.

Première publication : 20/09/2012

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