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FRANCE

La corrida reste légale en France

©

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 26/08/2013

N'en déplaise aux défenseurs des animaux, le Conseil constitutionnel a décidé de laisser la vie sauve à la corrida, jugée conforme à la Constitution. Les détracteurs de cet art ancestral promettent de ne pas désarmer.

Dans l’arène, la corrida est un art ancestral. Pour les défenseurs des animaux, c’est un spectacle barbare qu’il faudrait interdire au nom du droit des animaux. Après avoir planché dix jours à la suite d’une procédure lancée par des défenseurs des animaux, les Sages ont donné raison aux aficionados : la corrida est jugée conforme à la constitution.

Selon les juges, il n'est pas anticonstitutionnel de prévoir "des différences de traitement" entre les régions pratiquant la tauromachie et celles ne la pratiquant pas. Le critère de "tradition locale ininterrompue", inscrit dans le code pénal pour les exceptions à ces sanctions, est "précis, objectif et rationnel", a-t-on commenté au Conseil constitutionnel, en relevant que ces exceptions s'appliquent aux quatre régions françaises de traditions taurine, mais aussi, par exemple, aux combats de coqs aux Antilles.

L'association "Droits des animaux" (DDA) et le comité radicalement anticorrida (Crac) Europe avait porté plainte devant le tribunal administratif pour demander le retrait de la corrida du patrimoine immatériel de la France, d'où la question prioritaire de constitutionnalité (QPC) sur la tauromachie examinée par les Sages. La DDA et la Crac s’appuyaient notamment sur le Code pénal qui punit les actes de cruauté envers les animaux.

"Une dictature tauromachique"

Les détracteurs de la corrida ne cachent pas leur déception. Contacté par France 24 juste après la sentence, Jean-Pierre Guarrigues, président du comité "Carrément anti-corrida", crie au scandale. Il dénonce "une décision à motivation politique qui prouve que la Cour constitutionnelle n’est pas indépendante."

"Il y a eu des pressions politiques inacceptables en faveur de la corrida, notamment de la part de Manuel Valls", avait-il confié plus tôt. "Nous vivons dans une dictature tauromachique !"

Le militant prévient qu’il fera appel et déposera une cinquième proposition de loi pour l’abolition de la corrida devant l’Assemblée nationale. "Nous sommes plus de 500 000 militants. Nous ferons du lobbying auprès des députés pour que les choses changent à l’Assemblée", promet Jean-Pierre Guarrigue, confiant.

Les militants se disent prêts à emmener leur action en justice jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme. Sur le terrain, ils continueront à manifester pacifiquement "pour empêcher le massacre".

La victoire des aficionados

Du côté des aficionados, on ne se faisait pas beaucoup de soucis. La décision de Conseil constitutionnel n’en est pas moins accueillie avec un bonheur non dissimulé. "Nous accueillons cette nouvelle avec beaucoup de soulagement. A partir du moment où une plainte est déposée, on ne pouvait pas être complètement serein mais je ne me faisais pas beaucoup de soucis. Je fais confiance aux lois de mon pays", confie à France 24 Laurent Deloye, journaliste taurin et président du collectif Corrida France.

Pour les défenseurs des villes taurines, la corrida, qui se solde par la mort de l'animal, est un art ancestral autant qu’une tradition régionale qui a toujours "inspiré les peintres, les artistes, les photographes, même à l’époque d’Internet. Alors, si c’est pas de la culture ça !", s’exclame M. Deloye.

Les accusations de cruauté des défenseurs des animaux, Laurent Deloye les balaye d’un d'un trait. Il pointe du doigt les angoisses d’un monde moderne tétanisée par son rapport à la mort. "Ce qui gêne les anti-corridas, c’est la mise en scène de la mort. Au 21e siècle, cette tradition est devenue difficilement accessible à une partie de la population qui ne supporte pas l’idée de la mort."

Dans l’opinion publique, le même clivage apparaît. Ainsi, si l’on en croit un sondage Ifop paru hier, 48% des Français jugent que "la corrida doit être interdite partout en France parce qu'il s'agit d'une pratique cruelle", tandis que 42 % souhaitent qu’elle "continue à être autorisée dans les villes du sud de la France où elle est pratiquée de longue date."

Première publication : 21/09/2012

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