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FRANCE

Marine Le Pen, une "intégriste" de la laïcité ?

Texte par Amara MAKHOUL-YATIM

Dernière modification : 22/09/2012

La présidente du Front national s'est prononcée vendredi pour l’interdiction du voile islamique et de la kippa dans l’espace public. Marine Le Pen franchirait-elle la ligne rouge instaurée par des principes de la laïcité républicaine ?

Nouveau coup d’éclat du Front national. Sa présidente Marine Le Pen s'est prononcée en faveur de l'interdiction du voile musulman et de la kippa juive dans l'espace public, partout, même dans la rue. S’exprimant dans un entretien publié par le quotidien "Le Monde" vendredi, elle évoque notamment la nécessité "d’appliquer strictement la loi de 1905", relative à la séparation de l’Église et de l’État.

Marine Le Pen apporte son soutien à "Charlie Hebdo"

Marine Le Pen a apporté son soutien à l'hebdomadaire satirique après la publication de caricatures du prophète Mahomet. Elle s'est prononcée en faveur du droit à la caricature, estimant que "la liberté d’expression ne se négociait pas". Une prise de position pour le moins surprenante de la part de la dirigeante du Front national : elle a engagé une procédure à l’encontre du magazine pour "complicité d’injure publique envers un particulier", à la suite de la publication de caricatures la représentant.

Les déclarations de l'ancienne candidate à la présidentielle interviennent en effet à l’heure où le monde musulman est secoué par une vague d’indignation et de violence provoquée par la diffusion sur internet d'extraits de "L’innocence des musulmans", un film islamophobe. En France, l'ire de certains musulmans a été exacerbée par la publication, par l'hebdomadaire satirique "Charlie Hebdo", de caricatures du prophète Mahomet.

Les propos de Marine Le Pen ont rapidement suscité une levée de boucliers de la classe politique, jusqu’au plus haut niveau. "Tout ce qui déchire, oppose, divise est maladroit et donc nous devons appliquer les règles. Les seules règles que nous connaissons, ce sont les règles de la République et la laïcité", a ainsi déclaré le président François Hollande en marge de l’inauguration du mémorial de la Shoah à Drancy, en région parisienne.

Le ministre de l’Éducation Vincent Peillon, a, quant à lui, dénoncé le discours de la présidente du Front national. "Elle est la première des intégristes", a-t-il déclaré. "Dans le contexte actuel, c'est le moment de dire non à tous ces discours de haine et de division", a-t-il poursuivi.

"Ce que Marine Le Pen réclame va au contraire des principes de la loi de 1905"

"Nous sommes une République laïque. Il y a des endroits où les signes religieux […] sont interdits. Ce sont des espaces laïcs", a ensuite rappelé Vincent Peillon aux journalistes. Jean-François Copé, président de l’UMP, a pour sa part accusé Marine Le Pen de "confondre laïcité et éradication des religions".

Or, la présidente du parti d'extrême droite interprête la laïcité - ce principe si cher à la France - de façon biaisée, estime Jean Baubérot, historien et sociologue de la laïcité, président honoraire de l’École pratique des hautes études. Joint par FRANCE 24, l’intellectuel considère que "ce que Marine Le Pen réclame va au contraire des principes de la loi de 1905", qui a séparé l'Église de l’État. "À l’origine de la loi de 1905 et de la laïcité en France, il y avait notamment la volonté de protéger la liberté de culte. La laïcité ne peut pas devenir une atteinte aux libertés personnelles", souligne-t-il.

À l’époque du vote de la loi, raconte Jean Baubérot, il avait déjà été question d'interdire le port de la soutane. Les arguments invoqués étaient à peu de choses près les mêmes que ceux de Marine Le Pen aujourd’hui. "Mais l’amendement proposé a été rejeté et le député Aristide Briand, qui a œuvré pour cette loi [celle de 1905, NDLR], a rappelé qu’il s’agissait d’une loi de liberté et que l’État n’avait pas à légiférer sur les vêtements portés dans la rue", rappelle l’historien.

Selon lui, les propos de Marine Le Pen "n’ont rien à voir avec la laïcité". Elle ne chercherait ainsi pas à obtenir une loi, "qui serait de toutes façons retoquée par le Conseil constitutionnel, mais à se servir de la laïcité comme d’un masque pour attiser l’antagonisme entre les Français, en pointant du doigt les minorités", estime Jean Baubérot.

L’historien se dit inquiet de l'émergence de revendications telles que celles qu'exprime Marine Le Pen : "Que le débat en soit arrivé là, c’est le signe que quelque chose dans la République est en train de déraper".

Première publication : 21/09/2012

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