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Afrique

Intervention au Nord-Mali : la France apportera une aide logistique

©

Vidéo par Nicolas GERMAIN

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 25/09/2012

La France marche sur des œufs dès qu'elle aborde l’épineux dossier malien. Entre son passé colonial et la menace qui pèse sur les otages retenus par Aqmi dans le Sahel, Paris dispose d’une faible marge de manœuvre politique et militaire.

"Dans ce dossier [malien] pourri, Paris est pris entre deux feux". Philippe Hugon, directeur de recherche et spécialiste de l’Afrique à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), contacté par FRANCE 24, ne mâche pas ses mots. Si le Mali et la Communauté économique des pays de l’Afrique de l'Ouest (Cédéao) ont finalement convenu dimanche d'un "accord" sur le déploiement d’une force africaine chargé de reconquérir le nord du Mali aux mains des groupes islamistes armés depuis près de six mois, la France, elle, peine à trouver sa place dans ce nouveau scénario politico-militaire.

Sur le terrain diplomatique, l’Hexagone, qui craint les accusations d’ingérence, ne peut pas se permettre d’imposer sa voix. Mais, en ligne de mire de la mouvance terroriste d'Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui menace d’exécuter les six otages français retenus dans le Sahel, Paris ne peut pas non plus rester les bras croisés. "C’est là toute la complexité de la position française", explique Philippe Hugon. 

La France, "facilitateur" et non "acteur" dans la crise malienne

Depuis le coup d'État du 22 mars dernier qui a permis aux milices islamistes de conquérir le nord du pays, Paris jongle entre profil bas et interventionnisme. Elle ne souhaite pas, en tant qu’ancienne puissance coloniale, apparaître en première ligne dans ce dossier. Depuis son accession au pouvoir en mai, la ligne politique de François Hollande en Afrique suit à ce titre la voie de la "pax africana", autrement dit, "les problèmes en Afrique se règlent entre Africains", explique Philippe Hugon. Une distance diplomatique qu’a effectivement prônée, le 20 septembre dernier, le président français. "La France doit soutenir les organisations africaines régionales dans le cadre des Nations unies et leur fournir un soutien logistique si une intervention était décidée". Des propos réitérés par Laurent Fabius, le chef de la diplomatie française, qui a exclu lundi 24 septembre toute intervention des troupes françaises au sol.

Le nord du Mali, sous contrôle des islamistes


La France sait également qu’une éventuelle intervention militaire directe de sa part pourrait être fatale aux otages d'Aqmi. Un risque qu’elle refuse d’encourir depuis l’intervention catastrophique des forces spéciales françaises au Mali, début 2011, qui avait abouti à la mort de Vincent Delory et Antoine de Léocour. Le 19 septembre, le groupe terroriste a d'ailleurs reproché au gouvernement français d’avoir "l’outrecuidance d’appeler à envahir le pays des musulmans maliens" et a menacé ouvertement Paris : "Cette initiative folle [une éventuelle intervention de Paris, NDLR] n’aura pas seulement pour conséquence la mort des otages mais noiera la France tout entière dans les marécages de l’Azawad [région au nord du Mali, NDLR]".

Sous pression, Paris n’a donc pas d’autre choix que de jouer la prudence. "La France ne peut avoir qu’un rôle de facilitateur, pas d’acteur", résume un diplomate français sous couvert d’anonymat, cité par l’AFP.

Des forces spéciales françaises dans la région

Pour autant, le gouvernement qui refuse de jouer le rôle de la grande absente aurait déjà pris les devants pour agir en coulisses. "Une centaine de membres des Forces spéciales françaises ont déjà été déployés dans la région", peut-on lire dans l’édition du Figaro, lundi 24 septembre. "Ils devraient être prochainement renforcés, notamment par les commandos de la Marine nationale. L'aide française comprend également des avions de patrouille maritimes, qui récoltent du renseignement, et un système de surveillance basé au Niger."

Un dispositif conséquent qui n’étonne guère Philippe Hugon. Si Paris milite activement pour qu’une force africaine se charge d’éradiquer la présence islamiste, l’État français s'occupe discrètement de la former. "La France a toujours été présente dans le pays via ses services secrets. Elle mobilise aujourd’hui son savoir faire pour former et soutenir les forces de la Cédéao, impuissantes à mener ce genre de combat seules."

Les Européens soutiennent la France du bout des lèvres

Reste que la mise en place de ce scénario militaire anti-Aqmi n’a que peu de sens sans le soutien militaire d’Alger et des autres pays européens. L’Algérie "le pays plus concerné par cette crise", et doté d’une force militaire importante, reste toujours muré dans son silence diplomatique. "Alger se met en retrait et refuse toute ingérence dans le Sahel. Le pays ne souhaite pas replonger le pays dans le cauchemar terroriste [Alger reste traumatisé par le GIA, le groupe islamique armé impliqué dans la guerre civile algérienne dans les années 1990, NDLR]", avance l’expert.

Le soutien des autres pays européens est, quant à lui, encore frileux, estime Philippe Hugon. "L’islamisation du Mali, un pays qui se trouve aux portes de notre continent, devrait être une problématique européenne de premier ordre", poursuit Philippe Hugon. Depuis plusieurs semaines, Paris s’active pour convaincre ses partenaires européens – et américains – d’agir. Sa persévérance pourrait rapidement porter ses fruits. Le président français François Hollande et la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton doivent participer mercredi à New York à un sommet qui devrait déboucher sur l'annonce, par l'ONU, d'une stratégie globale au Mali et la nomination d'un envoyé spécial pour le Sahel.

Première publication : 24/09/2012

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