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FRANCE

Le gouvernement reprend la main sur le fonds qatari pour les banlieues

Texte par Priscille LAFITTE

Dernière modification : 25/09/2012

Le gouvernement français a annoncé qu'il allait contribuer au projet d'une fondation qatarie destinée à financer des petites entreprises dans les banlieues françaises. Initié par le Qatar, le projet avait, à sa création, déclenché une polémique.

Paris va finalement prendre la main sur le fonds controversé, initié par le Qatar, pour financer des projets économiques en banlieue. Jeudi, le projet a reçu le sceau très officiel du ministère français du Redressement productif. La fondation sera même cofinancée par l’État français et par des entreprises privées, a annoncé un porte-parole du ministère dirigé par Arnaud Montebourg.

"Ce sera un fonds franco-qatari, comme il y a un fonds franco-chinois ou franco-émirati. Cette mixité ira au-delà de la présence des deux États, l'idée étant que l'apport français soit porté également par des fonds privés", poursuit la porte-parole, qui répondait aux questions de l’AFP. Mais il est encore trop tôt pour en savoir plus. Les démarches envers les entreprises privées sollicitées – et qui ont des intérêts au Qatar - n’ont pas encore abouti, le montant du fonds n'est donc pas arrêté, mais le gouvernement veut aller vite, précise-t-on de même source.

Libération avance le chiffre de 100 millions d’euros. Les responsables de l’Aneld – association réunissant des élus locaux qui ont porté le projet depuis son origine en allant à Doha demander l’aide de l’émir - croient savoir que la partie française du fonds représentera entre 50 et 75 millions d’euros. Le ministère n’a pas souhaité confirmer ces chiffres à FRANCE 24. Mais son porte-parole a expliqué à l’AFP : "Gérer un fonds, c'est d'abord essayer de gérer un fonds efficacement, et donc il y a des montants critiques à déterminer".

Fabius, Hollande et Montebourg à Doha

Le Débat de France 24, 1e partie

Le gouvernement a donc fini par prendre le contrôle d’un projet dont l’annonce, fin 2011, par l’Aneld et par l’ambassade du Qatar à Paris, avait suscité beaucoup d’étonnement. Le Qatar, pays suspecté de soutenir des mouvements islamistes radicaux, avait pris ses marques dans le domaine du sport (le club de foot parisien, le PSG), du luxe (hôtels somptueux à Cannes et à Paris) et de l’économie (parts de capital chez Lagardère et LVMH). Mais il n’avait encore jamais investi dans une mission de service public en France, qui incombe originellement à l’État.

Devant les réactions de surprise et d’incompréhension relayées jusqu’au Parlement, et pour ne pas que le débat ternisse la campagne électorale, l’ancien président Nicolas Sarkozy avait mis le projet en veilleuse au mois de mars dernier. Les élections passées, le Qatar peut repasser à l’offensive, estime Karim Sader, politologue et spécialiste des pays de la péninsule arabique.

"Le relais le plus actif du Qatar en France, l’ambassadeur Mohamed Jamal El-Kuwari, a anticipé l’alternance politique à l’Élysée. Quand beaucoup prédisaient la fin de l’amitié franco-qatarie avec la fin du quinquennat Sarkozy, qui avait noué une relation forte avec l’émir Hamad ben Khalifa al-Thani, l’ambassadeur n’a pas ménagé ses efforts pour faire du lobbying", poursuit Karim Sader.

Laurent Fabius, actuellement ministre des Affaires étrangères, et Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, s’étaient rendus à Doha au cours de la campagne présidentielle. Et déjà, bien avant les élections du printemps, le Qatar avait pris soin de laisser la porte ouverte aux responsables politiques de droite comme de gauche : Manuel Valls, François Hollande, Ségolène Royal, Fadela Amara et Rachida Dati se sont ainsi succédés à Doha au cours de ces dernières années, rapporte une source anonyme qui les a rencontrés tour à tour autour de la piscine d'un des somptueux palaces de l'émir. Depuis mai 2012, les délégations de Doha ont plus souvent été reçues sous les ors de la République françaises que toute autre puissance étrangère.

Communautarisme assumé

En affichant clairement la provenance de fonds français – en plus de fonds qataris – dans ce projet en direction des banlieues, le gouvernement cherche à faire savoir qu’il ne désintéresse pas de ces zones sensibles peu investies par l’État et les entreprises. Le message est clair : la mission de service public n’est pas morte et l’État français gardera la main sur la liste des bénéficiaires, histoire de faire taire ceux qui craignent que le Qatar ne privilégie que les projets portés par la communauté arabo-musulmane. Ou pire, que le Qatar finance les islamistes.

Dans la commission d’attribution de ces fonds, siègeront donc non seulement l'Aneld, mais aussi l'Association des maires de France (AMF) ou l'Association des régions de France (ARF), assure le ministère du Redressement productif. "Si le fonds était uniquement qatari, Doha sera accusé de vouloir introduire le fondamentalisme islamique en France. En créant un fonds partagé, l’État français garde le contrôle sur la façon dont l’argent est distribué", a expliqué Leila Leghmara, vice-présidente de l’Aneld.
 
Le débat de France 24, 2e partie
Sans surprise, Marine Le Pen, la présidente du Front national, n’a pas tardé à brandir la menace islamiste que représente l’investissement du Qatar, "le cheval de Troie de l’islamisme", selon elle : "Arnaud Montebourg démontre que notre pays est bel et bien à vendre aux monarchies pétrolières qui soutiennent par ailleurs, partout dans le monde, l'islamisme radical et le djihadisme", écrit-elle dans un communiqué diffusé lundi.

Or, le Qatar serait essentiellement mû par l’envie de faire fructifier son immense fortune – ses plus-values dans l’immobilier en France sont d’ailleurs exonérées d’impôt, sur décision du précédent gouvernement – et par un souci communautariste, à en croire les experts contactés par FRANCE 24. "Regardez Al-Jazira : la chaîne laisse parler des associations françaises issues de l’immigration et musulmanes, des représentants de mosquées, qui parlent du racisme et de ghettoïsation. Ce sont des voix qu’on n’entend pas en France. Le Qatar a une lecture communautariste et réaliste des problèmes, ils sont très au courant de ce qui se passe dans nos banlieues", explique Karim Sader.
 
"Les Qatari savent qu’ils peuvent dénicher le Bill Gates des banlieues françaises", assure à son tour Leila Leghmara. Nabil Ennasri, doctorant à l'Université de Strasbourg et auteur d'un mémoire de DEA sur le Qatar, renchérit : des milliers de jeunes diplômés, formés dans les écoles françaises, préfèrent s’exiler à Doha ou en Amérique du Nord. "Beaucoup de mes amis brillants, à qui on prête un avenir radieux, ont été invités par l’ambassade américaine à se rendre aux États-Unis, raconte Nabil Ennasri. Le département d’État s’est constitué une liste très étoffée des futures élites françaises issues de la diversité. Pourquoi une politique qui est éprouvée par les États-Unis, suscite tant de méfiance et de suspicion quand elle vient du Qatar ?"

"Le Qatar ne voudrait pas financer un réseau occulte en France"

"De la part du Qatar, rien n’est gratuit", rectifie le politologue Karim Sader. "Et beaucoup ont été assez naïfs pour ne pas voir la main du Qatar derrière les révolutions arabes et l’établissement de gouvernements proches des Frères musulmans".
 
Difficile cependant de transposer cela à un contexte français. "L’émirat marche sur des œufs, il sait que la question de l’islamisme est polémique et sensible en France, et il est très soucieux de son image. Le Qatar ne voudrait pas financer un réseau occulte en France. Il n’interagit pas avec les milieux musulmans et salafistes français, ce qui est plutôt le cas de l’Arabie saoudite par le biais de l’octroi de bourses étudiantes. Le Qatar ne mange pas de ce pain-là", analyse pour sa part Nabil Ennasri.

D’un côté, l’Arabie saoudite encourage les salafistes égyptiens et finance des mosquées dans les banlieues illettrées du Caire, de l’autre le Qatar préfère soutenir les Frères musulmans, poursuit Nabil Ennasri. "C’est un 'real-islamisme' qui est prôné par l’émirat : un islam bourgeois, humanitaire, soucieux du Coran, mais pas belliqueux a priorié, soutient Karim Sader.

Et la France ? Elle est aussi une terre de concurrence entre la monarchie wahhabite et l’émirat qatari : quand l’Arabie saoudite finance largement la création d’un département des arts de l’islam au Louvre, le Qatar s’intéresse au Carlton de Cannes et aux banlieues de France...
 

 

Première publication : 24/09/2012

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