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EUROPE

De la fac de Lyon au tribunal turc de Bursa, le calvaire de Sevil Sevimli

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Ségolène ALLEMANDOU

Dernière modification : 28/09/2012

Partie en Turquie pour un échange universitaire en janvier, Sevil Sevimli a l'interdiction de quitter le pays. Accusée d'être liée à une organisation interdite d'extrême gauche, proche de la cause kurde, son procès s’ouvre ce mercredi.

Sevil Sevimli est-elle coupable de "complicité avec une organisation terroriste" ? Cette étudiante franco-turque sera fixée sur son sort lors de son procès qui s’est ouvert mercredi 25 septembre, à Bursa, dans le nord-ouest de la Turquie. Elle encourt une peine de 15 à 32 ans de prison.

À l’origine, cette étudiante à la faculté d'information et de communication de Lyon-II était simplement venue étudier six mois à l'université d'Eskisehir, dans le nord-ouest de la Turquie, dans le cadre d’un échange universitaire. Arrivée de Lyon au début de l’année 2012, elle avait choisi la Turquie pour mieux connaître le pays d’origine de ses parents, immigrés en France il y a 30 ans.

Mais son séjour tourne vite au cauchemar. Le 10 mai dernier, Sevil Sevimli est interpellée, en même temps que plusieurs autres étudiantes, puis incarcérée. La justice turque lui reproche ses liens avec une organisation d'extrême gauche proche de la cause kurde, le Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C), aujourd’hui interdit en Turquie pour ses activités terroristes. Auteur de nombreux attentats depuis la fin des années 1970, ce mouvement est accusé d'être à l'origine de la mort d'un policier dans un commissariat d'Istanbul en septembre dernier.

Mobilisation en France

La justice turque reproche également à Sevil Sevimli d'avoir participé au défilé du 1er mai, pourtant tout à fait légal, sur la place Taksim à Istanbul, d'avoir manifesté en faveur de la gratuité de l'éducation en Turquie et d'avoir assisté, avec des milliers d'autres jeunes, au concert du groupe de musique folklorique Yorum engagé à gauche et traqué par la justice.

Le cas de la jeune fille a suscité un élan de mobilisation inédit en France. Une pétition "Libérez Sevil", lancée par l'organisation Avaaz, a déjà recueilli plus de 127 000 signatures. Le quotidien français « Le Monde » a lui-même directement interpellé le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan sur le cas de la jeune fille en publiant, le 29 juin dernier en une, un éditorial intitulé "Quel crime a commis Sevim Sevimli, M. Erdogan ?".

Suite à la campagne médiatique, la jeune fille a finalement été remise en liberté le 6 août dernier sous contrôle judiciaire, avec interdiction de quitter le territoire turc jusqu'à son procès. Cette affaire prend une résonance particulière en raison de la double nationalité de la jeune femme. "Les étudiantes turques arrêtées en même temps que Sevil Sevimli sont toujours en prison", rappelle Jérôme Bastion, journaliste à Istanbul qui va couvrir le procès pour RFI et FRANCE 24. Une injustice dénoncée d’ailleurs par une jeune étudiante, Ezgi Özgün, qui se trouve exactement dans la même situation judiciaire que Sevil Sevimli.

"Sevil Sevimli a juste découvert la réalité de la Turquie"

L’affaire Sevil Sevimli est loin d’être un cas unique. Selon les organisations étudiantes, au moins 700 étudiants sont aujourd'hui emprisonnés en Turquie pour leurs liens présumés avec l'extrême gauche. "Sevil Sevimli a juste découvert la réalité de la Turquie où elle se rendait pour la première fois, et notamment la répression contre les mouvements de gauche", poursuit Jérôme Bastion. La Turquie s’est armée d’un arsenal législatif anti-terroriste pour lutter contre la rébellion du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et l'extrême gauche.

L’étudiante, qui rêve d’être journaliste, attend son procès avec optimisme. "J'espère que, dès la première audience, tout sera mis au clair, l'acte d'accusation est dénué de cohérence", juge la jeune femme dans un entretien téléphonique accordé à l'AFP quelques jours avant le procès. "Je pense qu'au final, je serai tôt au tard acquittée", veut-elle croire. "Je suis inscrite dans un programme de maîtrise et je veux rentrer en France".

Pour Jérôme Bastion, les éléments à charge sont creux. "On en saura plus sur les articles de presse qu’elle a compilés dans le cadre de ses recherches, précise-t-il. Mais le dossier est vide. Elle n’a rien commis d’illégal".

Son avocat, Me Sami Kahraman, veut lui aussi croire à un acquittement rapide. "Avant d'entrer en prison, cette fille n'avait même pas entendu parler de l'organisation à laquelle on tente de la lier", poursuit-il, cité par l’AFP, en exhortant la justice turque à ne pas "gâcher" la vie de sa cliente, venue dans le pays de ses parents, d'origine kurde, dans le seul but de connaître sa culture d'origine.

Un non-lieu ou une relaxe pourrait être prononcé dès mercredi devant la sixième chambre de la cour d'assises de Bursa, dans le nord-ouest du pays, espère son avocat. Même s'il sait que les procès liés au terrorisme peuvent se prolonger des années en Turquie.

Première publication : 25/09/2012

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