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EUROPE

L'étudiante franco-turque Sevil Sevimli contrainte de rester en Turquie

©

Dernière modification : 26/09/2012

La justice turque a rejeté la demande d’autorisation de sortie du territoire d’une étudiante franco-turque, poursuivie pour ses liens supposés avec un groupe d'extrême gauche interdit. La prochaine audience de son procès a été fixée au 19 novembre.

Sevil Sevimli, qui espérait un non-lieu ou une relaxe ce mercredi, devra encore patienter. La cour d'assises de Bursa, dans le nord-ouest de la Turquie, a fixé au 19 novembre la prochaine audience du procès de l'étudiante franco-turque, jugée pour des liens supposés avec un groupe d'extrême gauche interdit. Elle encourt une peine allant de 15 à 32 ans de prison.

Le tribunal a toutefois mis fin au contrôle judiciaire qui lui avait été imposé comme condition à sa libération, le 6 août, après trois mois de détention préventive. Si elle peut se déplacer librement en Turquie, elle n’est toutefois pas autorisée à quitter le territoire, et à rentrer en France. La cour a en effet rejeté sa demande de levée de l'interdiction de sortie du territoire. C’est un coup dur pour la jeune fille de 20 ans, qui n'a pas souhaité réagir à la sortie du tribunal, ainsi que pour sa famille. Présente dans la salle d’audience, la mère de l'accusée n’a pas réussi à retenir ses larmes, rapporte l'AFP.

Le cauchemar de cette jeune franco-turque, qui a débuté il y a plus de quatre mois, n’est donc pas terminé. Le 10 mai dernier, Sevil Sevimli, étudiante lyonnaise en échange universitaire dans le nord-ouest de la Turquie, est interpellée, en même temps que quatre autres étudiantes, puis incarcérée. La justice turque lui reproche ses liens avec une organisation d'extrême gauche proche de la cause kurde, le Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C), aujourd’hui interdit en Turquie pour ses activités terroristes. Auteur de nombreux attentats depuis la fin des années 1970, ce mouvement est accusé d'être à l'origine de la mort d'un policier dans un commissariat d'Istanbul en septembre dernier.

"Je ne suis pas une dirigeante du DHKP-C"

Au début de l’audience, lors de la lecture de l'acte d'accusation, Sevil Sevimli a été désignée comme étant la responsable de l'organisation de jeunesse du DHKP-C à Eskisehir, dans le nord-ouest du pays, et est accusée d'en avoir fait l'apologie en distribuant des tracts et en organisant des manifestations. Pour preuve de son implication, les procureurs ont cité sa participation au grand défilé syndical du 1er mai à Istanbul, à une manifestation en faveur de la gratuité de l'éducation en Turquie et à un concert de Grup Yorum, un groupe engagé à gauche et souvent aux prises avec la justice.

L’étudiante franco-turque, qui n’a jamais cessé de clamer son innocence, a admis avoir participé à ces événements, mais a souligné qu'ils étaient tous légaux. "Je n'ai jamais eu de rapports avec le DHKP-C et je ne suis pas une dirigeante de cette organisation", a-t-elle ensuite affirmé à la barre. "Je suis venue en Turquie dans le seul but de connaître la culture de mes parents", arrivés en France il y a 30 ans. Devant les journalistes venus assister à son procès devant la sixième chambre de la cour d'assises de Bursa, dans le nord-ouest du pays, la jeune fille avait qualifiée ces accusations de "ridicules".

"En Turquie, les procureurs estiment que distribuer des journaux autorisés, défiler dans des manifestations sans violence ou participer à des réunions publiques constituent des preuves d'appartenance à un groupe terroriste", a indiqué à l'AFP Emma Webb Sinclair, de l'ONG Human Rights Watch. "Il est temps que la Turquie révise ses lois antiterroristes et libère les milliers de personnes en détention provisoire", a-t-elle ajouté.

La Turquie s’est armée d’un arsenal législatif anti-terroriste pour lutter contre la rébellion du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et l'extrême gauche. L’affaire Sevil Sevimli est donc loin d’être un cas unique. Selon les organisations étudiantes, au moins 700 étudiants sont aujourd'hui emprisonnés en Turquie pour leurs liens présumés avec l'extrême gauche. "Sevil Sevimli a juste découvert la réalité de la Turquie où elle se rendait pour la première fois, et notamment la répression contre les mouvements de gauche", constate Jérôme Bastion.

Mobilisation en France

L’avocat de la jeune femme, Me Sami Kahraman, s'attendait, ce mercredi, à "une décision de relaxe". "Le fait meme que l'interdiction de sortie du territoire n'ait pas été levée est très décevant", a-t-il ajouté à la sortie du tribunal. "Nous allons continuer à suivre le procès, nous n'avons pas d'autre choix. On a beau vouloir contester la décision, on sait bien que ça ne marche pas comme ça en Turquie". Les procès liés au terrorisme peuvent durer plusieurs années.

Ce report d’audience a suscité la déception en France, qui s’est largement mobilisée depuis le début de l’affaire avec une pétition qui a recueilli plus de 127 000 signatures. Suite à ce report d’audience, l'Unef, première organisation étudiante, a appelé "le ministère des Affaires étrangères et le ministère de l'Enseignement supérieur à mettre tout en œuvre pour que Sevil Sevimli soit libérée". Selon l’association, "les accords franco-turcs d'échanges universitaires ne pourraient être maintenus en cas de condamnation de Sevil Sevimli". Sa place "est dans un amphi en France et non dans une geôle en Turquie". Sevil Sevimli, inscrite en maîtrise à Lyon, espère être acquittée tôt ou tard, et poursuivre ses études.


FRANCE 24 avec dépêches

 

Première publication : 26/09/2012

  • TURQUIE

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