Ouvrir

À suivre

Rendez-vous

Rejouer


LES DERNIÈRES ÉMISSIONS

DÉBAT

Faut-il s'inquiéter de la chute du prix du baril ?

En savoir plus

EXPRESS ORIENT

En Israël, les ventes d'armes à feu en forte hausse

En savoir plus

FOCUS

Ukraine : que reste-t-il de la révolution du Maïdan?

En savoir plus

À L’AFFICHE !

"The Search", Bérénice Bejo sur le champ de bataille

En savoir plus

FOCUS

Violences conjugales : la France s'attaque à la source du fléau

En savoir plus

SUR LE NET

Ferguson : le web réagit à l'annonce du grand jury

En savoir plus

JOURNAL DE L’AFRIQUE

Burkina Faso : le ministre de la Culture contraint à la démission

En savoir plus

DÉBAT

L’affaire Ferguson, triste miroir de la société américaine?

En savoir plus

DÉBAT

Nucléaire iranien : l'impossible accord ?

En savoir plus

Moyen-orient

Règlements de comptes à Qardaha, le Corleone des Assad

© Frederick Deknatel

Texte par Marie MICHELET

Dernière modification : 03/10/2012

Une fusillade meurtrière a éclaté le 28 septembre dans la ville alaouite de Qardaha entre anti et pro-régime. Un cousin de Bachar al-Assad aurait même trouvé la mort. La communauté alaouite syrienne n'est-elle plus soudée derrière le président ?

La lisse façade que tient à offrir le régime syrien à sa population commencerait-elle à se craqueler ? Qardaha, dans la montagne au nord-ouest du pays, est le berceau des Assad. De toute la Syrie, c’est bien là-bas que l’on s’attend à trouver le soutien le plus infaillible au régime de Bachar al-Assad. Et pourtant, la contestation semble bien avoir gagné la petite ville. Un comité local de coordination de la révolution y a récemment vu le jour et une manifestation anti-régime a été rapportée sur Facebook.

Des groupes d’opposants sur Facebook ont également rapporté un violent affrontement : le

28 septembre, Mohammed al-Assad, cousin du président qui règne en maître dans la région, se trouve dans un café de la ville. Plus loin, plusieurs notables sont attablés. Des bribes de leur conversation parviennent aux oreilles de Mohammed al-Assad. Ils disent leur lassitude de la situation que traverse le pays, et surtout de voir les enfants de leur communauté mourir. L’un d’eux, qui appartient à la famille Khayyer, s’indigne et réclame le départ de Bachar al-Assad après l’avoir vertement critiqué pour sa gestion de la crise.

Il n’en faut pas plus pour que Mohammed al-Assad, surnommé "le seigneur de la montagne", dégaine son pistolet et tire. S’ensuit un violent affrontement entre la famille Assad et ses alliés d’une part, et les familles Khayyer et Othman d’autre part.

"Les Assad agissent comme une mafia"

Sur son compte Facebook, Samar Yazbeck, écrivaine et opposante alaouite, rapporte la mort de cinq membres de la famille Othman. Le comité local de coordination de la révolution basé à Qardaha affirme également sur le réseau social que Mohammed al-Assad a lui-même été tué lors de la fusillade.

Presque une scène de film qui évoque inévitablement "Le Parrain". "Mais c’est tout à fait ça !", sourit Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie et directeur du Groupe de recherches et d'études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient. "La ville de Qardaha, c’est Corleone", explique-t-il à FRANCE 24, comparant la bourgade syrienne avec le fief de la mafia en Sicile. "La famille Assad agit à Qardaha depuis des décennies comme une mafia et en toute impunité. Elle impose à la ville une véritable chape de plomb", poursuit le chercheur.

La répartition des minorités religieuses en Syrie
carte syrie

Pour lui, il n’est pas surprenant qu’il y ait des opposants dans cette région qui a beaucoup subi le joug de ceux qui, par le passé, portaient encore le patronyme de Wahesh "monstre" en arabe, "cette famille considérée par les habitants comme des moins que rien à l’origine, et qui s’est imposée par la force". Il y a dans la région, d’après Fabrice Blanche, des familles d’intellectuels ou de religieux dont l’histoire est autrement plus prestigieuse que celle des Assad et qui se trouvent aujourd’hui marginalisées. Mais ce qui surprend, c’est que cette opposition se soit ouvertement fait entendre. "Cela fait plusieurs mois qu’on sait par des contacts sur place que les alaouites en ont assez de voir leurs enfants mourir et craignent pour leur avenir, mais ils sont jusqu'à présent loin de se soulever franchement ", ajoute le chercheur.

Encerclée par les forces du régime

Sur son blog Un œil sur la Syrie, où il relate également ces faits, l’ancien diplomate Ignace Leverrier rappelle pour sa part que la ville de Qardaha compte parmi ses membres des opposants historiques, dont certains sont précisément de la famille Khayyer.

Si depuis l’arrivée de Bachar al-Assad Qardaha a perdu de son poids politique, la ville garde une grande valeur symbolique. C’est là que sont enterrés l’ancien président Hafez al-Assad et Basel, le frère de Bachar. Une mosquée de la ville porte le nom de la mère de Hafez. Autant dire que l’image du régime en prend un coup.

Depuis le 28 septembre, aucune information ne filtre. Toujours d’après le comité révolutionnaire de Qardaha, la ville est totalement encerclée par les forces du régime et les routes qui y conduisent sont coupées. Fabrice Balanche explique le blackout imposé par les autorités syriennes par la volonté de préserver l’image lisse que veut véhiculer le régime. "L’une des grandes peur du régime, c’est que l’image d’unité de la communauté alaouite derrière lui se fissure", explique-t-il, rappelant que déjà par le passé le régime avait géré des crises internes au clan dans le plus grand secret.

Depuis le début de la contestation, le pouvoir s’appuie sur le soutien des minorités religieuses - alaouites, chrétiens et druzes - qu’il protège. Selon le chercheur, le régime craint maintenant que ces derniers partisans ne finissent par se dérober.

(Photo credit : Frederick Deknatel)

Première publication : 02/10/2012

  • SYRIE

    Un groupuscule proche de l'ASL revendique les attentats d'Alep

    En savoir plus

  • SYRIE

    Des voix alaouites s'élèvent contre le régime de Bachar al-Assad

    En savoir plus

  • SYRIE

    Un réduit alaouite pour le clan Assad, "au cas où" ?

    En savoir plus

COMMENTAIRE(S)