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Afrique

Une Tunisienne violée auditionnée à Tunis pour "atteinte aux bonnes mœurs"

© AFP

Texte par Ségolène ALLEMANDOU

Dernière modification : 03/10/2012

La Tunisienne qui avait été violée par deux policiers a été entendue ce mardi à Tunis par un juge d'instruction. Le magistrat déterminera à une date ultérieure si la jeune femme comparaîtra pour "atteinte aux bonnes mœurs".

La jeune Tunisienne de 27 ans violée par deux policiers a été audtionnée ce mardi 2 octobre par un juge d'instruction de Tunis. Elle comparaissait aux côtés de son compagnon pour atteinte à la pudeur.

"Nous avons été entendus par le juge d'instruction, raconte à FRANCE24 le compagnon de la jeune femme à la sortie de cette audition à huis clos qui a duré plus de deux heures. Puis les avocats ont chacun livré leur plaidoirie". "Le juge d'instruction a également rappelé que ma plaignante était accusée d'atteinte aux bonnes mœurs", rapporte à FRANCE24 l'avocate du couple, Saïda Garrach.

Le jugement a été reporté à une date ultérieure, selon l'avocate. Le verdict pourrait tomber mercredi ou dans les jours à venir. Le couple, qui préfère garder l’anonymat, encourt une peine de six mois de prison. Les avocats espèrent que l'affaire sera classée sans suite. "Je suis optimiste", a glissé le fiancé, qui est ressorti libre du tribunal aux côtés de la jeune femme.

Dans cette affaire, Me Saïda Garrach, dénonce une "procédure [qui] transforme la victime en accusée". Le 3 septembre, dans la localité d'Ain Zaghouan, près de Tunis, le couple est interpellé par trois policiers. La jeune femme est alors violée par deux des agents pendant que le troisième extorquait de l’argent à son fiancé, menotté.

Après avoir porté plainte, elle est confrontée à ses deux agresseurs présumés, aujourd’hui incarcérés pour viol. Selon l’accusation, le couple se trouvait dans une "position immorale" lorsqu’il a été arrêté par la police.

"Nous nous aimons, violez-nous !"

Cette histoire fait scandale en Tunisie et polarise le débat sur la place des femmes dans la société tunisienne post-révolution. Ce mardi, quelque 500 personnes se sont rassemblées devant le tribunal pour soutenir la jeune femme. "Révolution volée, femme voilée, petite fille violée" ou encore "Violée ou voilée, faut il choisir", peut-on lire sur les pancartes. Une manifestation avait déjà rassemblé, le 28 septembre, 200 à 300 personnes à Tunis pour soutenir cette femme qui se dit "humiliée".

"Très peu de femmes portent plainte pour viol en Tunisie car elles ont peur des représailles ou du scandale, poursuit l’avocate de la victime. Cette affaire s’inscrit dans une politique d’intimidation envers les femmes pour les inciter à rester chez elles."

Les associations féministes tunisiennes dénoncent, depuis l'arrivée au pouvoir des islamistes d'Ennahda en octobre 2011, le comportement de la police à l'égard des femmes. Elles seraient régulièrement harcelées en raison de leur tenue vestimentaire ou lors de sorties nocturnes lorsqu’elles ne sont pas accompagnées par un homme de leur famille.

Une pétition a également été lancée pour demander l'incarcération ferme des deux policiers prévenus, ainsi que des excuses publiques de la part du tribunal pour la jeune femme.

Première publication : 02/10/2012

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