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Moyen-orient

Ankara lance un avertissement sans précédent à la Syrie

© AFP

Texte par Amara MAKHOUL-YATIM

Dernière modification : 04/10/2012

La Turquie a poursuivi ce jeudi sa riposte contre la Syrie, au lendemain de tirs meurtriers sur son territoire par l'armée du régime de Bachar al-Assad. Escalade entre les deux voisins ou simple avertissement d'Ankara à Damas ? Analyse.

Si des bruits de botte s’étaient déjà fait entendre à la frontière syro-turque, jamais la tension n’avait atteint un tel stade depuis le début de la crise syrienne. Au lendemain du bombardement d'un village turc frontalier par l'armée syrienne qui a fait cinq morts, la réponse d'Ankara ne s’est pas fait attendre. L’aviation turque a bombardé des positions de l’armée syrienne dans la région de Rasm al-Ghazal, non loin du poste frontière de Tal al-Abiayad, mercredi et jeudi. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) qui se base sur un large réseau de militants, "plusieurs soldats syriens" ont péri dans ces bombardements.

"Aucun des deux pays ne se risquerait dans une guerre"

En juin dernier, le ton était déjà monté entre les deux capitales après la destruction d'un avion de chasse turc par la défense antiaérienne syrienne. Mais les menaces de représailles turques étaient restées sans suite.

À la demande d’Ankara, le conseil de l'Otan a tenu, dans la soirée du 3 octobre, une réunion d'urgence à la demande d'Ankara. L'organisation, dont la Turquie est l'un des 28 membres, a appelé la Syrie à "mettre un terme à ses violations flagrantes du droit international". Un regain de tension entre les deux pays qui fait ressurgir le risque de conflit.

Une hypothèse inenvisageable pour Fabrice Balanche, directeur du Groupe de recherches et d'études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (GREMMO). "Aucun des deux pays n’a intérêt à ce que la situation ne dégénère en guerre", estime-t-il.

"La Turquie ne cherche pas à faire la guerre, mais elle est parfaitement capable de se défendre contre toute attaque menaçant sa souveraineté", a ainsi déclaré à la presse l'un des vice-présidents du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir, Ömer Celik.

Le député s’exprimait en marge d’une réunion à huis clos du Parlement qui a donné à l’armée turque l’autorisation de mener des frappes à l’extérieur. La Constitution exige, en effet, que toute intervention étrangère de l’armée turque soit autorisée par le Parlement au préalable. "Cette réunion qui était déjà prévue à l’agenda politique turc sert normalement surtout à la Turquie pour pouvoir frapper les positions du PKK dans le nord de l’Irak", précise Fabrice Balanche. Toujours est-il que les évènements de mercredi soir lui ont conféré une autre dimension, la Syrie apparaissant désormais comme une menace plus directe pour Ankara que le PKK...

Pour le chercheur, il est donc "peu probable que la Turquie aille plus loin, même en obtenant l’aval du Parlement". Il explique que la Turquie "attendait, depuis l’incident de l’avion, l’occasion de riposter et qu'elle monte du coup, aujourd’hui, l’affaire en épingle pour lancer un avertissement à Damas". "Les bombardements, la discussion au Parlement, mais aussi la demande de réunion d’urgence de l’Otan et la saisie de l’ONU sont autant de façon pour les Turcs de montrer leur mécontentement."

Le vice-Premier ministre turc Besir Atalay s’est voulut rassurant après la session du Parlement. "Cette motion n'est pas une motion pour la guerre", a-t-il affirmé, parlant d'une mesure "dissuasive". Il a également souligné le fait que la Syrie avait admis la responsabilité des tirs de mercredi, et présenté ses excuses.

L’opinion publique turque hostile à une intervention en Syrie

C’est également, selon Fabrice Balanche, une façon pour Erdogan de contenter la rue, émue par le drame d’Akçakale à un moment où il perd en popularité. "La population reproche à Erdogan sa politique syrienne", explique le chercheur qui évoque un sondage en ligne publié jeudi par le quotidien turc Hurriyet, montrant que 64 % des Turcs étaient contre le fait d’intervenir en Syrie. Depuis 2005, la Turquie avait misé sur une politique d’entente avec tous ses voisins qui devait lui garantir des collaborations fructueuses sur le plan économique. Mais ces efforts ont été mis à mal par le conflit en Syrie et ses implications régionales

Aujourd’hui, l’économie turque souffre de la crise syrienne et le PKK, flatté par Assad, en sort renforcé, ce qui n’arrange pas les affaires de la Turquie. Dans un tel contexte, une majorité de la population turque aurait préféré que le pays garde un statut de prudente neutralité. Sans compter les tensions à sa frontière et les questions soulevées par la gestion des réfugiés, estimés à plus de 100 000.

Les alliés d’Ankara, ainsi que l’Otan, se sont empressés de condamner les tirs syriens. Mais cela ne signifie pas pour autant que l’Alliance est prête à agir. "Personne à l’Otan ne se risquera à mettre le doigt dans l’engrenage syrien", affirme Fabrice Balanche, catégorique.

 

Les zones de tensions à la frontière syro-turque

Première publication : 04/10/2012

  • SYRIE

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