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Economie

Comment les "pigeons" sont arrivés à leurs fins

©

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 04/10/2012

Après plusieurs jours de fronde, les investisseurs et net-entrepreneurs qui se font appeler "pigeons" ont obtenu du gouvernement des concessions sur le principe de l’alignement de la fiscalité du capital sur celle des revenus.

“Vini, vidi” et presque “vici”. Le mouvement des “pigeons” ou “geonpi” - ces net-entrepreneurs et patrons de fonds d’investissement mécontents de certaines mesures du projet de loi de finances 2013 (PLF 2013) - ont réussi à faire fléchir le gouvernement sur la taxation des revenus du capital en cas de cession d’une entreprise.

À l’issue d’une réunion, ce jeudi, avec des représentants de ce mouvement, Pierre Moscovici, le ministre de l’Économie, a affirmé que “lorsqu'un entrepreneur cèdera sa société et réinvestira une partie de cet argent, il bénéficiera d'une exonération à la hauteur de sa part de réinvestissement. L'exonération sera totale si la totalité des plus values est réinvestie”.

En clair : après moins d’une semaine de battage médiatique tous azimuts et de lobbying 2.0 bien orchestrés, ces auto-proclamés “pigeons” ont obtenu le beurre, mais pas le sourire de la crémière en plus : Pierre Moscovici a précisé que le principe même de l’alignement de la fiscalité du revenu du capital sur celui du travail restait inscrit dans le PLF 2013.

Quelle est donc la recette miracle qui a permis de fissurer en quelques jours l’une des plus emblématiques promesses de campagne de François Hollande ? Les “pigeons” frenchies ont réussi à concocter un savant mélange de Blitzkrieg sur les réseaux sociaux et d'argumentaire choc... pas toujours chic.

Blitzkrieg sur les réseaux sociaux :

Un logo “net-friendly”. Si se faire “pigeonner” est un concept franco-français peu

compréhensible par un public anglophone, ce collectif a eu la bonne idée de choisir un logo et un slogan évocateurs pour tous sur le Web. “We are pigeons” rappelle, en effet, très fortement le célèbre “We are Legions” des hacktivistes d'Anonymous qui se veulent les représentants, sur le Net, de la majorité silencieuse et anonyme contre les intérêts des puissants. Du coup, les “pigeons” français espèrent probablement, aussi, profiter de cette image de petit David qui se bat contre le Goliath de l’État français.

Des porte-parole influents. Le mouvement des “pigeons” est né après la publication sur le site du quotidien économique La Tribune d’une contribution de Jean-David Chamboredon, patron de ISAI, l’un des principaux fonds français pour les Net entrepreneurs, jeudi 28 septembre. Il y dénonce une loi de finances qui serait “anti-start-up”. Il est très vite rejoint par Marc Simoncini, le fondateur de Meetic, aujourd’hui “business Angel” pour start-up françaises.

Ce sont donc les investisseurs qui portent haut et fort les revendications des “pigeons”. De quoi trouver un large écho dans le monde anglo-saxon, où la principale source de financement des jeunes pousses de la Silicon Valley vient des poches des “Business Angel” et autres “Venture Capitalists” (les investisseurs de la première heure pour les start-up). Opération réussie puisque, du Financial Times à Bloomberg, la presse anglo-saxonne se fait l’écho de cette fronde contre le gouvernement.

Une forte présence sur les réseaux sociaux. Jeudi 4 octobre, le hashtag "#geonpi" (verlan de "pigeon") était encore l’un des trois plus populaires sur Twitter en France. En fait, depuis le week-end du 30 septembre, ces net-entrepreneurs assurent un service en continu de leur cause sur le célèbre réseau de microblogging. Le compte @defensepigeons est ainsi suivi par plus de 7 000 internautes. Ces geonpi en colère n’en oublient pas pour autant Facebook, où ils ont créé une page pour la défense des entrepreneurs français qui comptent plus de 45 000 “fans”.

Des arguments chocs pas forcément chic

Contre l'alignement de l'imposition des revenus du capital sur ceux du travail. C’est la principale revendication de ce mouvement. Jean-David Chamboredon est le premier à développer l’argumentaire : cette disposition du PLF 2013 reviendrait à faire passer la taxation du capital-risque dans les PME innovantes de 37,5 %... à 60 %. De quoi freiner, selon lui, l’envie d’éventuels investisseurs de soutenir les start-up made in France. Cette taxation reviendrait à “nationaliser toutes les entreprises de France !”, s’emporte, de son côté, sur le site de 20 minutes, Olivier Duha, président de CroissancePlus.

Un argument que Fleur Pellerin, ministre de l’Économie numérique, a tenté de contrecarrer, ce jeudi, dans Libération. Elle y rappelle que cet alignement, bien réel, n’affectera pas le capital qui sera réinvesti dans une PME et que le gouvernement vise essentiellement ceux qui empochent de l’argent sans le réinvestir après la revente d’une start-up. Cet alignement reviendrait donc “à taxer la rente et non pas la prise de risques”, affirme la ministre.

Pourquoi s’en prendre à un secteur créateur d’emplois ? C’est le sens d’une autre tribune, cette fois-ci publiée dans Le Point du 2 octobre par Marie Ekeland, cofondatrice de France Digitale, une association des start-up et capital-risqueurs de l'innovation numérique. Elle y souligne que le secteur de l’innovation numérique a connu, en 2011, “une croissance de 33 %, avec une croissance de 24 % des effectifs” dont essentiellement des jeunes... Le nerf de la guerre contre le chômage du gouvernement Ayrault.

À celà, une contre-tribune parue dans Libération, ce jeudi, de “patrons de PME” répond que c’est “confondre le rôle social du chef d’entreprise et celui de l’investisseur”. Pour eux, aucun argument objectif ne vient conforter l’idée qu’une taxation du capital pourrait donner un coup d’arrêt aux embauches dans le secteur de l’économie numérique.

Première publication : 04/10/2012

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