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FRANCE

La Villeneuve, de "l'utopie de quartier" à l'infernale réputation

© Charlotte Boitiaux / FRANCE 24

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 06/10/2012

Surnommé la "Muraille de Chine", le quartier de la Villeneuve, d'où sont originaires les meurtriers présumés de Kevin et Sofiane, s'est forgé une réputation haïssable. Portrait d'une "zone de non droit" pourtant loin d'être abandonnée.

Le soleil réchauffe les murs de béton, les allées désertes et silencieuses baignent dans la clarté matinale et les premiers commerçants croisés sur la place du marché, au cœur du quartier, négocient le prix du kilo de tomates avec les Villeneuvois venus faire quelques courses. À 10 h du matin, ce vendredi 5 octobre, la Villeneuve est tranquille, paisible. Une atmosphère qui contraste avec l'image de quartier "sensible", "ultraviolent", "agressif" qui lui colle à la peau.

"Un véritable labyrinthe" dans lequel les jeunes peuvent "facilement échapper à la police" précisent les habitants. (Charlotte Boitiaux / FRANCE 24)

"Vous croyez quoi ? Qu'en venant ici, vous allez croiser des bandes en train de se taper dessus à chaque coin de rue ?", lance une jeune femme d'une vingtaine d'années, la tête recouverte d'un voile rose fuschia. "Je vous ai vue arriver, continue-t-elle, le regard légèrement malveillant. Moi, la sale tête des journalistes, je la repère à dix kilomètres."

La plupart des Villeneuvois, témoins de la saynète et discrètement interrogés, ne condamnent pas vraiment l'agressivité de la jeune fille. "Depuis les événements d'Échirolles, on nous considère comme des citoyens de seconde zone, infréquentables", se justifie Nassim*, un jeune du quartier, sans emploi, la tête dissimulée sous une capuche. "Franchement, vous réalisez ce que vous écrivez parfois ? Vous dites que d'la merde sur ce quartier ! Et, après, vous voulez qu'on vous accueille avec un grand sourire !" La Villeneuve, en effet, dont sont originaires les assassins présumés de Sofiane et Kevin, sauvagement tués vendredi 28 septembre, a été dépeinte au vitriol par certains médias. Depuis, la méfiance à l'égard des journalistes s'est accrue. "Je ne me sens pas l'âme d'une meurtrière. Faut vraiment arrêter de croire qu'on est tous des gens malades comme eux", renchérit une vieille dame, son caddie vert à la main, dont la réflexion fait rire les passants.

"Ici, on concentre la précarité, l'échec scolaire et le repli communautaire"

Aujourd'hui, malgré cette apparente décontraction, la Villeneuve est encore sous le choc. Elle ne comprend pas ce déchaînement de violence, hors norme, qui s'est abattu sur Sofiane et Kevin. Mais elle ne s'en étonne pas totalement non plus. S'il est difficile d'expliquer un tel geste de barbarie, il existe néanmoins des phénomènes qui peuvent expliquer la banalisation de cette violence, estiment certains Grenoblois. "Ici, on concentre la précarité, l'exclusion, l'échec scolaire, le repli communautaire", énumère Marie-France Chameckh, présidente de la régie de quartier, au bagou certain et à l'énergie débordante. "On concentre aussi des aberrations !", l'interrompt Annie, une de ses voisines, éducatrice à la retraite. "Apparemment, maintenant, ici, il est normal pour les filles de ne pas porter de jupes et de baisser le regard face aux garçons", lâche-t-elle en riant jaune. "Je vous assure, ce sont les propos que tiennent quelques élèves de 3e scolarisés dans le quartier !"

En dépit de ce premier constat assez sombre, les deux femmes s'empressent de préciser que la Villeneuve dispose d'un potentiel certain. Ce n'est pas un quartier isolé, expliquent-elles, puisqu'il est directement relié à l'hyper-centre de Grenoble par le tram. Ce n'est pas non plus ce qu'on peut appeler une zone "abandonnée" par les pouvoirs publics. "Il y a de gros moyens financiers investis ici", insiste à plusieurs reprises Marie-France. "Beaucoup de quartiers alentours sont même jaloux", ajoute Annie. Et pour cause : dotée d'un espace culturel, de plusieurs crèches, de centres sportifs, d'associations d'aide aux personnages âgées, de grands espaces verts, d'appartements à moins de 1 500 euros le m2, et même d'un lac, la Villeneuve dispose d'un cadre de vie qui a de quoi faire des envieux auprès des autres quartiers dits sensibles.

Le problème n'est donc pas vraiment financier ici. "Il est humain, social et économique", soupire Dany, une vétérante du quartier âgée d'une soixantaine d'années qui rejoint ses voisines dans la conversation. Selon les trois femmes, qui ont vu naître et grandir le quartier, la cause des maux remonte aux années 1980. "Avant, dans les années 1970 (période de construction du quartier, NDLR), il y avait un mélange des couches sociales, une cohabitation presque parfaite. C'était un peu l'âge d'or de la Villeneuve", explique Marie-France. "Ce quartier était un peu une expérimentation urbaine originale. Une véritable utopie avec ses beaux parcs, ses appartements spacieux, sa convivialité". Et puis est venu le temps des premières grandes crises économiques et sociales et, plus localement, le temps d'une nouvelle ligne politique, celle d'Alain Carignon, l'ancien maire RPR de la ville (1983-1995). "C'est la période où l'on a bourré les familles à problèmes à Villeneuve. On a entassé les personnes les plus défavorisées, les moins intégrées, au même endroit !", continue Marie-France, la voix soudain plus hargneuse. Et après ça, s'arrête-t-elle, "vous connaissez la chanson". Tout le monde la connaît.

L'une des "passerelles" sur laquelle de nombreuses "bandes" guettent la police. (Charlotte Boitiaux / FRANCE 24)

"Il y a encore une voiture qui flambe en bas"

Surtout, les Grenoblois qui énumèrent parfaitement, à l'instar de Marie-France, la longue liste des ingrédients qui mènent petit à petit au cocktail explosif. "Tous les gens ici vous parlent de la désertion des classes moyennes, d'un enfermement religieux…. Mais il y a aussi le fléau du chômage et l'absence policière. Certains policiers n'osent plus rentrer, ils reçoivent des meubles, des objets, et même un frigo, sur la tête. Si vous mélangez tout ça, vous atteignez un point de non retour", confie Hassan*, un militant associatif du quartier, membre du Cidem (Centre d'initiatives de développement euro-méditerranéen), une structure d'entraide et d'accompagnement.

Pourtant, en dépit des difficultés quotidiennes, des "problèmes de racket", des "trafics en tout genre", des "bouteilles qui passent quotidiennement par la fenêtre", des "pompiers à appeler parce qu'il y a encore une voiture qui flambe en bas", Marie-France, Annie et Dany n'ont jamais envisagé de déménager. Comme si ces événements "romanesques" étaient, malgré tout, intrinsèquement liés à l'identité du quartier. Villeneuve n'est pas un ghetto, à les entendre, mais une immense scène de théâtre avec son lot de mauvais acteurs, d'antihéros, d'arlequinades, de rebondissements comiques, mais aussi de personnages et d'actes tragiques….

Pour elles, comme pour d'autres Grenoblois, Villeneuve n'est pas seulement en rémission, elle expérimente une sorte de catharsis, à travers le drame d'Échirolles. "Ce quartier essaie d'expier son mal. En ce moment, l'ambiance est particulière. On se croirait à l'avant-dernière scène d'une pièce. Les rues sont calmes et désertes, les bandes semblent avoir déserté les lieux. On s'étonne de cette soudaine tranquillité. On se demande comment ça va finir", confie une jeune enseignante croisée dans une cage d'escalier. Avant de s'engouffrer dans l'ascenseur, la jeune femme se retourne, et tente de répondre à sa propre interrogation. "Honnêtement, je ne sais pas ce qu'il va se passer. Mais rien qu'une fois, j'aimerais bien que mon quartier puisse apparaître dans les médias comme autre chose qu'une tragédie au quotidien".

 

* Les prénoms ont été changés





 

Première publication : 05/10/2012

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