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Amériques

La blogueuse Yoani Sanchez, poil à gratter du gouvernement cubain

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 06/10/2012

La figure de proue de la cyber-dissidence à Cuba, Yoani Sanchez, arrêtée à Bayamo le 4 octobre, a été relâchée 30 heures après son arrestation. Son blog, qui lui vaut une reconnaissance à l'étranger, est un portrait au vitriol de l'île.

On pensait que sa notoriété internationale la protégeait, mais la blogueuse dissidente cubaine Yoani Sanchez a été brièvement arrêtée à Bayamo, dans le sud-est de l'île, le 4 octobre, avec son mari le journaliste Reynaldo Escobar, puis relâchée vendredi après 30 heures de détention par les autorités cubaines.

À 37 ans, Yoani Sanchez est l’un des poils à gratter les plus tenaces du gouvernement de l’île caribéenne. Son blog, Génération Y, ouvert en 2007, dresse un portrait au vitriol de Cuba, critiquant ouvertement le gouvernement de Raul Castro tout en dépeignant le quotidien chaotique de ses compatriotes.
 
"Ils (les politiques cubains) ne peuvent pas nous gouverner parce qu’ils ne nous connaissent pas. Ils ne peuvent pas nous apporter de solution parce qu’ils ne connaissent pas les difficultés que nous rencontrons. Ils ne nous représentent pas, parce qu’ils ont passé trop de temps dans un monde de privilèges, de confort et de luxe. Ils n’ont aucune idée de ce que veut dire être Cubain aujourd’hui", pouvait-on lire par exemple sur son blog le 24 septembre dernier.   
 
Cet événement ne fait que rajouter de l’eau à son moulin. La blogueuse raconte dans le journal espagnol "El Pais", dont elle est la correspondante à Cuba, comment cette arrestation lui a permis de vivre de l'intérieur "la pression exercée sur un détenu" par les autorités cubaines. "On a voulu me mettre nue. J'ai résisté et j'en ai payé le prix". Elle raconte ensuite comment un policier a tenté de "dialoguer" pour lui soutirer un témoignage afin de l'utiliser contre elle. "Mais le piège est si connu, tellement fréquent, que je ne suis pas tombée dedans", dit-elle.
             
La bête noire du gouvernement
 
Diplômée de philologie à l’université de La Havane, Yoani se destinait à l'enseignement avant de se lancer dans l’activisme politique. Mais sa thèse sur les dictatures dans la littérature latino-américaine a été perçue comme une critique voilée du régime de Castro, lui valant d’être radiée du système académique. Elle a alors commencé à gagner sa vie dans le tourisme avant de partir en Suisse en 2002, pour rentrer au pays deux ans plus tard.
 
À son retour, elle se promet de vivre en femme libre. L’ouverture de son blog, qu’elle considère comme "un exercice de lâcheté" qui lui permet de dire ce qui est interdit sur la place publique, en est l’accomplissement. Pour faire passer ses idées, elle contourne la censure et prépare ses posts à l’avance, puis les envoie à des amis à l’étranger depuis des cafés internet publics où elle se fait passer pour une touriste.
 
Sa plume ne tarde pas à titiller les autorités. "La véritable menace que constitue Yoani pour le gouvernement cubain est d’introduire dans un régime qui se veut ‘totalisant’ une voix ‘dissonante’  qui pourrait menacer sérieusement le consensus idéologique, si elle représente le ressenti de toute une  nouvelle génération", analyse Anne-Gaëlle Dartiguepeyrou, chercheuse à l’IHEAL, dans son article  "La répression de Yoani Sanchez, la question du contrôle social à Cuba".
 
Depuis 2009, son blog est régulièrement bloqué à Cuba. Yoani est surveillée, menacée et empêchée de sortir du territoire. Elle raconte avoir été interpellée à La Havane le 6 novembre 2009 en compagnie de plusieurs amis par "trois inconnus trapus, lors d’un après-midi chargé de coups et d’insultes". L’arrestation, "digne des mafias siciliennes", a eu lieu alors qu’elle se rendait à une manifestation organisée par des jeunes artistes. Séquestrée pendant 25 minutes dans une voiture, elle y a subi violences physiques et verbales. Elle accuse sans détour la police politique cubaine.
 
Figure de proue de la dissidence Internet
 
Ces intimidations ne l’arrêtent pas pour autant. Elle poursuit son engagement, lançant des pétitions sur les réseaux sociaux pour la libération des prisonniers politiques à Cuba ou un appel national au deuil sur Twitter après la mort de l’opposant et activiste cubain Orlando Zapata Tamayo, décédé en prison en février 2010 après 85 jours de grève de la faim.
 
Pionnière de la cyber-dissidence à Cuba, son engagement fait école. Avec son mari Reinaldo Escobar, ils accueillent dans leur appartement de La Havane une "blogger academy" qui aide à l’expansion de la blogosphère cubaine.
 
Son activisme en ligne lui vaut rapidement une reconnaissance internationale et médiatique. Son blog génère plus de 14 millions de pages vues par mois ; son compte Twitter dispose de plus 294 000 abonnés ; sa page Facebook peut se prévaloir de près de 25 500 "Like" et aussitôt l’annonce de son arrestation, son "mur" a vu se multiplier les messages de soutien et d’encouragement.
 
Les prix de journalisme pleuvent : elle reçoit  pour la seule année 2008 le prix Ortega y Gasset du journal "El Pais" qui récompense la défense de la liberté d’expression ; le prix Bitacoras.com, le prix The Bob’s et le prix Maria Moors Cabot (2008) de l’université de Columbia aux États-Unis. Elle multiplie les collaborations avec les titres étrangers, notamment avec FRANCE 24 pour qui elle devient "observatrice"
 
Citée en 2008 par le "Time" comme l'une des personnalités les plus influentes de la planète, elle reçoit même les félicitations de Barack Obama en 2009.  Le président américain, sollicité par Yoani qui lui avait écrit pour lui poser sept questions qui l'"empêchaient de dormir la nuit" sur les relations entre Cuba et les États-Unis, l'avait applaudie pour avoir "donné à ses compatriotes cubains le pouvoir de s’exprimer à travers la technologie".
 
Un personnage polémique
 
C’est justement cette complicité avec les États-Unis qui lui vaut quelques critiques et suspicions. Salim Lamrani, chercheur en Études ibériques et latino-américaines à la Sorbonne à Paris, et critique acerbe du traitement médiatique lorsqu'il s'agit de Cuba, s’est fait le porte-voix des sceptiques. "Il y a beaucoup de contradictions dans l’histoire de Yoani Sanchez, que tout journaliste honnête et professionnel devrait souligner", écrit-t-il dans son article "Qui se cache derrière Yoani Sanchez" : il évoque notamment un niveau de vie volontairement revu à la baisse, des rencontres avec des diplomates américains passées sous silence ou une falsification de ses méthodes de travail.
 
Ces critiques semblent néanmoins cristalliser deux visions antagonistes de Cuba – quand Yoani Sanchez parle de dictature, Lamrani écrit lui que "si le gouvernement cubain était un gouvernement qui imposait son autorité par la force, le peuple cubain se serait soulevé depuis longtemps". Se soulever, c’est justement ce que fait Yoani Sanchez. Et c’est notamment pour cela que son nom figurait cette année sur la liste des nominés pour le Prix Nobel de la paix.   

 

Première publication : 06/10/2012

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