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Economie

Angela Merkel a pris "conscience du devoir de solidarité dans la zone euro"

Vidéo par Claire BONNICHON

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 10/10/2012

Pour sa première visite à Athènes depuis le début de la crise de la dette, Angela Merkel a "salué les progrès accomplis" par les Grecs. Daniel Göler, politologue allemand, décrypte pour FRANCE 24 l'inflexion de la position allemande.

Visite à haut risque pour Angela Merkel à Athènes. La chancelière allemande s’est rendue, mardi 9 octobre, en Grèce pour la première fois en cinq ans alors que le pays vit la plus grave crise économique de son histoire récente.

La chef de gouvernement de la première puissance économique européenne a été accueillie dans la capitale grecque par plus de 25 000 manifestants. Réunis devant le Parlement, ces derniers ont tenu à exprimer leur mécontentement vis-à-vis de celle qui représente, à leurs yeux, l’austérité imposée au pays depuis la mise en place du premier plan de sauvetage financier international à l’été 2010.

Dans un souci d'apaisement, Angela Merkel a affirmé, mardi, sa volonté “de voir la Grèce rester dans l’euro” et a salué “les progrès accomplis”. La chancelière a, en outre, assuré que “l'Allemagne et la Grèce travailleront ensemble très étroitement” pour surmonter la crise de la dette.

Si elle n’a pas apporté de solution nouvelle à Athènes, la mansuétude dont elle fait aujourd'hui preuve ainsi que ce déplacement très attendu dans la capitale hellène reflètent l'évolution de la position allemande à l’égard de la Grèce, comme l’explique à FRANCE 24 Daniel Göler, politologue et titulaire de la chair Jean-Monnet de politique européenne à l’Université de Passau. Entretien.

 

FRANCE 24 - Quel est le sens de la visite d’Angela Merkel à Athènes ?

Daniel Göler - La chancelière allemande se rend en Grèce pour tenter de détendre l’atmosphère des relations entre Berlin et Athènes d'une part, et au sein de la zone euro d'autre part. Depuis le début de la crise des dettes souveraines, les tensions, notamment entre les pays du nord et du sud de l’Europe, n’ont jamais cessé de s’aggraver. En ce sens, son message aujourd’hui est d’expliquer que si l’Allemagne attend toujours des efforts budgétaires de la part d’Athènes, Berlin est davantage prêt à aider le pays pour surmonter la crise. À cette fin, la chancelière doit faire comprendre aux Grecs que le maintien de leur pays dans la zone euro est dans l’intérêt commun de tous en Europe et qu’elle a conscience de ce devoir de solidarité.


F24 - Est-ce que cela marque un changement dans la position allemande à l'égard de la Grèce ?

D. G. - Angela Merkel a changé, cela ne fait aucun doute. Au début, elle ne voulait pas entendre parler d’un mécanisme européen de soutien financier aux pays en difficulté et elle n’était pas loin de penser que les Grecs devaient résoudre seuls leurs problèmes économiques.
Sur toutes ces questions, elle s’est rapprochée des positions de ceux qui défendent une plus grande solidarité budgétaire européenne. Mais elle reste ferme sur la nécessité pour tous les États européens d’avoir une politique budgétaire plus rigoureuse, qui est l'un des principes les mieux partagés par la classe politique allemande.


F24 - Comment expliquez-vous cette évolution ?

D.G. - Angela Merkel est une pragmatique et on retrouve dans cette évolution la dimension scientifique de l’ancienne physicienne. Elle s’est d’abord rendu compte que la Grèce ne s’en sortirait jamais seule et, ensuite, que sous la pression des marchés, le pays risquait d’entraîner toute la zone euro dans sa chute. Elle a pris, il est vrai, un peu de temps pour prendre conscience de la profondeur de la crise mais, à sa décharge, il était difficile d'en comprendre toutes les implications.


F24 - En Allemagne, comprend-on le ressentiment des Grecs à l’égard d’Angela Merkel ?

D. G. - Même s’il est toujours plus facile de dire après coup qu’il fallait faire autrement, il est vrai qu’Angela Merkel a commis trois erreurs. Tout d’abord, elle a largement sous-estimé la gravité de la crise en pensant que ce n’était qu’une affaire grecque.
Ensuite, lorsque des voix se sont élevées avec outrance en Allemagne pour réclamer, entre autres, que les Grecs vendent leurs îles afin d’éponger leurs dettes, elle aurait dû être plus ferme et dire clairement que ce n’était nullement la position du gouvernement.
Enfin, Berlin a trop longtemps mis les intérêts de l’Allemagne avant ceux de l’Europe pour justifier ses positions. C’est un message qui a pu donner l’impression qu’Angela Merkel ne se souciait pas vraiment de ses partenaires européens.

Première publication : 09/10/2012

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