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Afrique

Le président Chadli Bendjedid "a échoué sur toute la ligne"

© AFP

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 10/10/2012

Le bilan de Chadli Bendjedid, président algérien de 1979 à 1992, décédé le 6 octobre, divise la presse locale. Interrogé par FRANCE 24, Hassan Moali, éditorialiste du quotidien algérien "El-Watan", revient sur un personnage controversé.

Lundi 8 octobre, le troisième président d'Algérie (1979-1992), Chadli Bendjedid, décédé le 6 octobre à l'âge de 83 ans, a été enterré dans le cimetière Al-Alia d'Alger. À l’heure des hommages, la presse algérienne est apparue divisée quant au bilan laissé par ce chef d’État tantôt qualifié de père de la démocratie algérienne, tantôt de président au bilan controversé. Hassan Moali, éditorialiste et spécialiste de politique algérienne au sein de la rédaction du quotidien algérien "El-Watan", revient pour FRANCE 24 sur l’héritage laissé par Chadli Bendjedid.

 

FRANCE 24 - Les avis de la presse algérienne sur le bilan du président Chadli Bendjedid sont mitigés. Mais certains l'ont qualifié de "père de la démocratie algérienne" après qu’il eut promulgué une Constitution pluraliste en février 1989. Êtes-vous d’accord avec cette affirmation ?
 
Hassan Moali - Dans notre pays, comme dans le reste du monde arabe, on aime pleurer les morts. Certains médias ont même été jusqu’à pleurnicher ces derniers jours, c'est à se demander ce qu'ils feront pour Abdelaziz Bouteflika. Mais je ne comprends pas comment on peut autant se méprendre sur l’action d’un homme ou d’un régime. J’ai envie de rire quand j’entends qu’il a été à l'origine de la démocratisation des institutions. Ce président n’a pas opté pour le multipartisme et l’ouverture médiatique de gaieté de cœur, il y a été forcé par la rue algérienne, qui a arraché de ses mains ses droits démocratiques. Alors paix à son âme, mais c’est un président qui a échoué. Il était clair, probablement même à ses yeux aussi, qu’il n’avait pas l’étoffe pour occuper ce poste.
Hassan Moali, éditorialiste à El-Watan.
C’est peut-être pour cela qu’il a été choisi par les militaires, et pour cela qu’il a échoué sur toute la ligne.
 
F24 - Ses deux mandats ont été marqués par plusieurs crises sociales et évènements violents. Avait-il suffisamment la main sur les commandes du pouvoir pour changer la donne en Algérie?
 
H. M. - Même si, dans le système algérien, ce n’est pas un seul homme qui préside aux destinées du pays mais tout un régime qui sévit collectivement depuis 1962, ce président n’a rien fait de bon pour le peuple. Quand on pense à Chadli, on pense au soulèvement populaire d'octobre 1988, maté dans le sang et dont le bilan est de 500 morts, tombés sous les balles de la répression. Outre cet évènement, lointain ancêtre des révolutions arabes, plusieurs évènements brutaux ont jalonné ses deux mandats. N’oublions pas qu’il a entamé son mandat en réprimant férocement le printemps berbère de 1980. Cet arabiste convaincu était persuadé que les Berbères n’existent pas, pas plus que leur langue et leur culture. En prônant l’exclusion et la marginalisation de ce peuple, il a commis sa première erreur. Enfin, des arrestations arbitraires d’opposants et de militants des droits de l’Homme jusqu'aux manifestations de Sétif et de Constantine en 1986, le fameux "père de la démocratie" est responsable moralement et politiquement. Tout cela, nul ne peut le pardonner car ces évènements sont indissociables de son pouvoir.
 
F24 - Sa démission en 1992 annonce une période noire pour l’Algérie. Quel est sa responsabilité dans la vague de violence qui a suivi l’interruption du processus électoral après la victoire, fin 1991, des islamistes du FIS au premier tour des législatives ?
 
H. M. - Il a été accusé d’avoir conclu un accord avec les islamistes du FIS, dont il sous-estimait la dangerosité, pour leur permettre d’accéder au pouvoir, à condition que lui reste à la présidence. En démissionnant, il a lâchement abandonné le pays au plus mauvais moment. Son retrait n’a pas permis d’éviter les années sombres et les 200 000 morts de cette période. Même s'il n'est pas le seul à blâmer, sa responsabilité est clairement engagée. Il a certes, sur le plan diplomatique, renoué les liens de l’Algérie avec le monde occidental, et c’est tout. Lorsqu’il a été porté au pouvoir, les caisses de l’État étaient pleines, il n’en a rien fait. Pis, beaucoup d’argent a été gaspillé et des sommes colossales ont été perdues dans des investissements inutiles. Au lieu de se développer, le pays a vécu des pénuries alimentaires. Ce triste bilan économique et social, a pavé la voie aux émeutes et au soulèvement de 1988 et des années de terreur qui ont suivi.
 

 

Première publication : 09/10/2012

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