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Amériques

Débat Biden-Ryan : échanges musclés entre candidats à la vice-présidence

© AFP

Texte par Ségolène ALLEMANDOU , Jon FROSCH

Dernière modification : 17/10/2012

Lors du débat entre les candidats à la vice-présidence, Joe Biden a réussi à se montrer incisif face à un Paul Ryan appliqué. Les démocrates espèrent qu'il a réussi à faire oublier la piètre prestation de Barack Obama la semaine dernière.

Des échanges musclés, des adversaires qui se rendent coup pour coup et une ambiance plutôt tendue... Le débat entre les candidats à la vice-présidence des États-Unis, Joe Biden et Paul Ryan, s’est, sans aucun doute, avéré plus percutant que le premier face à face entre les candidats à la Maison Blanche, Barack Obama et Mitt Romney, mardi 3 octobre.

Les instituts de sondage peinent ainsi à départager les deux hommes. Selon un sondage effectué par CBS News, 50 % d'électeurs indécis jugent que Joe Biden a remporté le débat, contre 31 % se prononçant pour Paul Ryan. Une étude de CNN indique que 48 % des personnes interrogées ont assisté à une victoire du candidat républicain, contre 44% pour son adversaire démocrate. Les deux colistiers ont été bons, constate Karlyn Bowman, politologue à l’Institut de l’entreprise. Biden a été combatif et vif, Ryan a été calme et a fait preuve de sang-froid.

La Libye, premier point de discorde

Dès l'ouverture du débat, qui se déroulait au Centre College de Danville, dans le Kentucky, Paul Ryan a accusé l'administration Obama de contribuer à donner une image de "faiblesse" des États-Unis à travers le monde, en pointant sa responsabilité dans l’attaque du consulat de Benghazi le 11 septembre dernier en Libye, au cours de laquelle l'ambassadeur Christopher Stevens et trois autres Américains ont été tués. "Avec tout le respect que je vous dois, ce sont des bobards", a rétorqué Joe Biden, qui est à son tour passé à l’offensive en accusant Mitt Romney de ne pas s'être montré "présidentiel" en tenant une conférence de presse immédiatement après l'attaque de Benghazi.

Paul Ryan, candidat républicain à la vice-présidence


Paul Ryan a répliqué qu'il avait "fallu deux semaines au président pour reconnaître qu'il s'agissait d'une attaque terroriste" et reproché à l'administration d'avoir changé de version sur le scénario de l'attaque, d'abord attribuée à une manifestation spontanée contre une vidéo islamophobe publiée sur Internet. "N'aurait-il pas fallu avoir un détachement de militaires pour protéger notre ambassadeur à Benghazi?" a ajouté Ryan, élu sept fois au Congrès mais qui participait à son premier débat.

L'Iran a aussi fait l'objet d'un échange musclé lors de ce débat mené par la journaliste Martha Raddatz, d'ABC News. "Face à l'Iran, nous (l'administration Romney) aurons plus de crédibilité que l'administration Obama", a lancé Paul Ryan. "Incroyable !", a répliqué le vice-président, en accusant le ticket Romney-Ryan de vouloir aller vers une nouvelle guerre. Et le vice-président d’afficher un sourire moqueur quand son adversaire tente de définir son agenda pour empêcher l'Iran d'obtenir la bombe nucléaire. "Ils en sont encore loin", affirme sans sourciller Joe Biden.

"Biden a fait mieux qu'Obama"

Joe Biden, coutumier des grands débats et expert des questions internationales, semble faire oublier la piètre performance de Barack Obama lors du premier débat des candidats. "Rien qu’avec ses premières réponses, Biden a déjà fait mieux qu’Obama lors du premier débat", note sur son compte Twitter Nicholas Kristof, journaliste au New York Times. Le vice-président a offert aux démocrates le coup de fouet dont ils avaient besoin pour se relancer, indique Larry Sabato, directeur de l’Institut politique de l’université de Virginie.

Joe Biden, Vice-président, candidat démocrate à la vice-présidence

Biden a fait ce que les démocrates voulaient qu’Obama fasse dès le premier débat, estime pour sa part Thomas Mann, politologue à la Brookings Institution, un think tank basé à Washington. "Il a gagné à la fois sur le style et la présentation mais aussi sur la force et la véracité de ses arguments face à Ryan", poursuit-il.

Quand Paul Ryan a qualifié la réforme du système de santé d’"échec", Joe Biden, lui, est resté hilare. "Leurs idées sont vieilles et nulles", a affirmé le vice-président à propos du ticket Romney-Ryan. Il s’est alors directement adressé aux téléspectateurs, face caméra : "Qui croyez-vous ? Ces mecs-là [les républicains, NDLR] ? Ou le président et moi ?". Quelques minutes, Paul Ryan a fait de même en s’adressant face caméra.

"Seul Obama peut restaurer l'image d'Obama"

Dans ce débat, l’expérience de Joe Biden a parlé, relève Stanislas de Saint-Hippolyte, correspondant aux États-Unis de FRANCE24. Le vice-président, du haut de ses 69 ans, a semblé prendre l’ascendant sur le jeune Paul Ryan, 42 ans, qui n’avait jamais participé à un tel exercice et paraissait plus appliqué. "Presque 30 ans séparent les deux hommes. Paul Ryan est forcé au respect", a-t-il commenté. "Ryan s’est montré sérieux et bien documenté mais aussi intimidé par Biden", note Larry Sabato.

Même dans le volet économique, son sujet de prédilection, Paul Ryan n’est pas arrivé à reprendre le dessus. Sous les questions de Martha Raddatz, le républicain n'est pas parvenu à expliquer le programme de son parti sur la baisse des impôts. De son côté, Joe Biden n’a pas oublié, contrairement à Obama, de tacler, lors de sa déclaration finale, les "47 % d'assistés" que compterait l'Amérique, selon Romney. "Il parle de gens comme ma mère, mon père... ce n'est pas juste", s’est-il indigné. De son côté, Paul Ryan a terminé sa prestation plus sobrement : "Quel pays allons-nous laisser à nos enfants ? Vous méritez mieux !", a-t-il lancé aux Américains.

À l’issue du débat, difficile de savoir s'il aura un effet dans les sondages. "Je n’ai aucune certitude sur l’impact du débat sur le comportement des électeurs indécis”, a commenté Thomas Mann. Pour Larry Sabato, "seul Obama peut restaurer l'image d'Obama". La pression reste sur les épaules du président, qui retrouvera Mitt Romney lors du deuxième débat, mardi 16 octobre.

Première publication : 12/10/2012

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