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Economie

Le ministre allemand des Finances tacle Christine Lagarde sur la Grèce

© AFP

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 12/10/2012

La patronne du FMI veut accorder deux ans de plus à Athènes pour suivre les recommandations de la troïka, ce qui est hors de question pour le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble. Une intransigeance qui étonne même en Allemagne.

L’une a joué la carte de la compréhension et de l’empathie, tandis que l’autre a conservé une ligne plus intransigeante qui semble coller à la peau de l’Allemagne depuis le début de la crise en Grèce. Christine Lagarde, la directrice du Fonds monétaire international (FMI), et le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schaüble, se sont affrontés ces deux derniers jours à Tokyo sur la question de la dette grecque.

La patronne française du FMI a appelé, jeudi 11 octobre, à accorder à la Grèce deux ans supplémentaires pour lui laisser le temps de remplir les objectifs budgétaires fixés par les créanciers de la troïka. Pour elle, trop d'austérité risque d'aggraver la récession. Pas question, lui a répondu Wolfgang Schäuble. “Il n’y a pas d’alternative à la réduction à moyen terme des dettes des États”, a ainsi souligné l’homme fort du modèle économique à l’allemande. Il a même suggéré que le chômage de masse qui frappe des pays comme la Grèce ou l’Espagne provenait de “politiques budgétaires qui ne sont pas solides” plutôt que des plans d’austérité.

À rebrousse-poil

“La déclaration de Christine Lagarde a profondément agacé Wolfgang Schäuble qui s’est vengé en attaquant directement le FMI”, analyse le quotidien allemand "Die Welt". Le journal souligne que cet appel à plus de patience ne pouvait qu’irriter le ministre allemand car “cela coûterait des milliards d’euros supplémentaires à l’Europe et en particulier à l’Allemagne en tant que principal contributeur aux plans d’aide à la Grèce”.

Mais ce n’est pas seulement sur la question de la Grèce que la patronne du FMI a pris le ministre allemand à rebrousse-poil. Christine Lagarde juge que la crise des dettes souveraines en Europe “est le principal facteur d’instabilité économique” dans le monde. Pile l’inverse de la position défendue par Wolfgang Schäuble dans une contribution publiée le 10 octobre dans le" Wall Street Journal". Il y expliquait que “l’Europe a fait des grandes avancées” et soulignait que d’autres pays connaissent des problèmes économiques qui risquent de très vite s’aggraver. Sans les nommer, il visait notamment les États-Unis où une série d’avantages fiscaux et d’aides publiques pour les ménages vont arriver à terme début 2013, menaçant la consommation.

Un appel qui "facilite la tâche à Merkel"

N’empêche que quelques jours après le message d’apaisement délivré par la chancelière Angela Merkel lors de sa visite à Athènes, cette intransigeance à la sauce Schäuble fait mauvaise impression. “Contrairement au sourire de Christine Lagarde et à son discours charmeur, Wolfgang Schäuble a, en substance, expliqué que ‘notre position est comme ça, et si cela ne vous plait pas qu’importe’”, analyse le site du magazine "Spiegel", qui juge cette approche pour le moins “maladroite”. “Ce n’est pas comme ça que l’Allemagne va gagner des points sur la scène internationale”, conclut l’article intitulé “Schäuble irrite ses interlocuteurs”.

Une rigidité qui a d’autant plus étonné les commentateurs allemands que Christine Lagarde ne faisait, selon le quotidien conservateur "Frankfuter Allgemeine", “que faciliter la tâche à Angela Merkel” avec son appel à plus de patience pour la Grèce. La chancelière “prépare actuellement le terrain pour faire accepter à sa majorité qu’Athènes va avoir besoin de plus de temps”, remarque le journal. En ce sens, les déclarations de Christine Lagarde apportent de l’eau à son moulin. Du coup, non seulement le ton de Wolfgang Schäuble a pu irriter ses partenaires, mais en outre il semble jouer contre son propre camp. 

Première publication : 12/10/2012

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