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Afrique

Mort de Kadhafi : un rapport de HRW remet en cause la version officielle

© Peter Bouckaert/Human Rights Watch

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 20/10/2012

Dans son dernier rapport, Human Rights Watch affirme que Mouammar Kadhafi et ses proches ont été exécutés, et non tués dans l'attaque du convoi de l'ancien Guide libyen, comme l'ont affirmé les autorités libyennes.

Un an après la chute de Mouammar Kadhafi, l’incertitude demeure toujours sur les circonstances exactes qui entourent la mort de l’ancien Guide libyen à Syrte, le 20 octobre 2011.

Reportages : La Libye, un an après la mort de Kadhafi

Dans son rapport "Libye : vengeance mortelle à Syrte", Human Rights Watch (HCR) apporte des preuves selon lesquelles des milices de Misrata ont pris d’assaut le convoi de Kadhafi, en fuite, près de l’hôtel Mahari à Syrte, capturant et exécutant sommairement au moins 66 proches du dictateur. Parmi eux, le fils du Guide, Mutassim Kadhafi, arrêté entre Syrte et Misrata, où il a finalement été achevé.

Le rapport étaye par ailleurs la thèse, déjà suggérée par diverses ONG internationales, affirmant que Kadhafi aurait pu être froidement exécuté par les thuwwars (révolutionnaires), et non tué lors d’un échange de tirs, comme l’affirment les autorités libyennes qui se sont toujours refusées à enquêter sur les circonstances de la mort de l’ancien Guide libyen.

Nouvelle preuves, nouveau bilan 

Façade du Mahari Hotel à Syrte en 2011 © Peter Bouckaert/Human Rights Watch
Le matin du 20 octobre 2011, Mutassim Kadhafi suggère à son père et à son premier cercle de fuir leur fief de Syrte, alors assiégé par la rébellion soutenue par l’Otan. Mouammar Kadhafi et ses hommes s'enfuient donc dans un convoi armé d’une cinquantaine de véhicules. Mais ils sont aussitôt bombardés par les drones de l’Otan. Quelques centaines de mètres plus loin, le reste du convoi est pris d’assaut par les milices de Misrata devant l’hôtel Mahari. Mouammar Kadhafi et les survivants se réfugient alors dans un lotissement tout proche, avant de tenter de s’échapper à nouveau à travers des tunnels d’évacuation. C’est là que Kadhafi est finalement arrêté.

"Quand Kadhafi a été attrapé, les miliciens l’ont blessé à coup de baïonnette et lui ont asséné coups de poing sur coups de pieds. Quand il a été mis dans l’ambulance pour être transporté à Misrata, il était déjà mort : on ne sait toujours pas s’il est décédé des suites de ces violences, des blessures subies pendant l’assaut ou d’une balle tirée après coup", explique le rapport, établi d’après les témoignages de survivants présents ce jour-là.

Cela fait déjà plusieurs mois que HRW, ainsi que d’autres ONG, dénoncent les exactions des thuwwars. Mais l’organisation apporte ici de nouvelles preuves, notamment une vidéo de sept minutes, tournée par un combattant rebelle le 20 octobre 2011. On peut y voir 29 hommes de Kadhafi, assis contre un mur juste en face de l’hôtel Mahari, en train de se faire insulter, humilier, cracher dessus et frapper par des miliciens de Misrata.

"Nous avons mené l’enquête autour de cette vidéo, et pu retrouver les cadavres de beaucoup de ces hommes grâce à des témoins oculaires, ou des agents de l’hôpital de Syrte, raconte à FRANCE 24 Peter Bouckaert, chercheur pour HRW à l’origine de l’enquête.

Selon le rapport, les forces anti-Kadhafi ont capturé environ 150 personnes vivantes à la fin de l’assaut; ils en ont transporté au moins 70 à Misrata pour les incarcérer, 66 autres ont été retrouvées mortes, le lendemain, près de l’hôtel Mahari. 

Les autorités libyennes refusent d’enquêter



Malgré des accusations d’exécutions sommaires réitérées maintes fois par les organisations internationales, aucune enquête n’a été menée à ce jour par les autorités libyennes. "Les preuves que nous avons trouvées remettent en cause la version des autorités libyennes qui affirment toujours que Mouammar Kadhafi a été tué dans un échange de tirs et non après son arrestation", ajoute Peter Bouckaert.

Les forces anti-Kadhafi ont capturé environ 150 personnes vivantes à la fin de l’assaut :  70 au moins ont été transportées à Misrata pour être incarcérées, 66 autres ont été retrouvées mortes le lendemain près de l’hôtel Mahari à Syrte. (HRW). 

Dès le lendemain de la mort de l’ancien guide libyen, l’idée d’une exécution sommaire avait été évoquée et la famille Kadhafi avait porté plainte pour crime de guerre auprès de la CPI. Le Haut commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme ainsi que plusieurs ONG (Amnesty International, le Comité international de la Croix-Rouge et Human Rights Watch) avaient également demandé l’ouverture d’une enquête. Ces demandes sont restées lettre morte.

"Les autorités libyennes n’ont pas tenu leur promesse de mener l’enquête sur la mort de Kadhafi, ni sur celle de son fils", peut-on lire dans le rapport de HRW. Elles n’ont pas plus enquêté sur les accusations d’actes tortures perpétrés dans les prisons contre des détenus soupçonnés de loyauté envers l’ancien Guide. Selon les conventions de Genève, il est interdit de torturer, humilier ou d’assassiner des prisonniers.

"La 'Révolution du 17 février' est née de la volonté d’en finir avec la répression et l’injustice. Si rien n’est fait pour arrêter les violences et l’anarchie, le danger est bien réel que la Libye se mette à reproduire et consolider les différentes formes de violations de droits humains qui ont prévalu pendant quarante ans", avertissait déjà Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Afrique du Nord d’Amnesty International, dans un rapport publié en juillet.

Depuis la chute de Kadhafi, les autorités libyennes peinent à établir un État de droit et à combattre les violations de droits humains et l'impunité dont jouissent les criminels de guerre. Les institutions restent chancelantes ; la justice en premier lieu. Surtout lorsqu’il s’agit de juger son propre camp.

 

Première publication : 16/10/2012

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