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FRANCE

Ayrault annonce une politique pénale spécifique à la Corse

© AFP

Vidéo par FRANCE 24

Dernière modification : 17/10/2012

Au lendemain de l'assassinat de l'avocat d'Yvan Colonna, Jean-Marc Ayrault a annoncé que le gouvernement allait élaborer une directive de politique pénale spécifique à l'île de Beauté pour lutter contre la criminalité.

Qualifiant la situation en Corse d'"insupportable", le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a précisé, à l'issue du Conseil des ministres, qu'une directive de politique pénale serait édictée spécialement pour l'île.

Au lendemain de l'assassinat dans l'île de l’emblématique avocat Antoine Sollacaro, Jean-Marc Ayrault a affirmé, mercredi 17 octobre, qu’une stratégie globale sera mise en œuvre pour enrayer la violence en Corse.

En 2011, 22 homicides ont été enregistrés sur l'île et 15 depuis le début de l'année, a rappelé le Premier ministre. Il a également fait état de 62 attentats l'année dernière et de 55 depuis janvier 2012.

François Hollande a estimé, lors du Conseil des ministres, que la violence en Corse n'était "aucunement acceptable dans notre République", a rapporté la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem.

Le chef de l'État a relevé que la violence en Corse n'est pas nouvelle mais "a changé de nature et d'intensité", étant aujourd'hui "essentiellement liée à des réseaux, des clans, des règlements de compte".

Mafia

"Le gouvernement est déterminé à agir avec la plus grande détermination contre ce fléau qui mine la Corse qu'est le crime organisé", a dit, pour sa part, le Premier ministre.

Il a précisé avoir demandé aux ministres de l'Intérieur et de la Justice, Manuel Valls et Christiane Taubira, de lui proposer une stratégie globale pour combattre le crime organisé "sous tous ses aspects", y compris financiers.

Tous deux participeront, lundi prochain, à une réunion sur le "grand banditisme" autour du Premier ministre, élargie aux ministres de l'Économie et du Budget.

"Le gouvernement ne faiblit pas", avait auparavant assuré sur RTL Christiane Taubira, annonçant une "action majeure pour très bientôt".

Manuel Valls a dit sa volonté de "s'attaquer à cette mafia, à ce qui gangrène la société corse", jugeant que l'autorité de l'État se mesure en Corse "dans sa capacité de démanteler le système affairiste et empêcher les gens de se tuer".

Les deux ministres devraient se rendre prochainement sur l'île, a-t-il précisé sur France Inter.

Absence de doctrine ?

De nombreux élus corses, avocats et analystes estiment qu'un palier a été franchi avec l'assassinat de l'ancien avocat d'Yvan Colonna, Antoine Sollacaro, figure du nationalisme corse.

Jean-Christophe Angelini, secrétaire général du Parti de la nation corse, a demandé au gouvernement "d'assumer une fois pour toutes ses attributs régaliens en Corse".

"Depuis cinq mois, depuis que ce gouvernement est entré en fonction, on n'a pas l'ombre d'une doctrine concernant la Corse (...). Il n'y a pas de réaction à la hauteur des enjeux", a-t-il estimé sur Europe 1.

Toutes les audiences au tribunal d'Ajaccio ont été suspendues jusqu'à vendredi. Les magistrats et fonctionnaires se sont réunis sur les marches du palais pour la lecture d'une motion et d'une minute de silence.

Antoine Sollacaro, 63 ans, a été abattu par deux tueurs à moto alors qu'il était au volant de sa voiture, dans une station service. Il a été atteint de six balles de 11.43, dans la tradition des réglements de comptes.

L'enquête a été confiée non pas au parquet antiterroriste de Paris mais à la juridiction interrégionale spécialisée dans la grande criminalité.

Les policiers insistent régulièrement sur la disparition des frontières, sur l'île, entre politique et banditisme.

Antoine Sollacaro a été l'un des avocats du nationaliste Yvan Colonna, condamné à perpétuité pour l'assassinat du préfet de Corse Claude Erignac en 1998, mais également de clients impliqués dans une affaire de fraude aux marchés publics. Il était considéré comme le plus brillant pénaliste de l'île après avoir obtenu quelque 70 acquittements et était proche d'Alain Orsoni, aux côtés duquel il avait milité dans les années 1990 au sein du Mouvement pour l'autodétermination (MPA).

Dans un message à Europe 1, Alain Orsoni, également président de l'AC Ajaccio, s'est dit "abasourdi par cette terrible nouvelle".

"Je crois que l'on vient de franchir, hélas, les limites de la folie", ajoute-t-il.
 

FRANCE 24 avec dépêches

Première publication : 17/10/2012

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