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Amériques

Vote anticipé en Floride : les électeurs de Miami ont répondu présent

© Julien Peyron/FRANCE 24

Texte par Julien PEYRON

Dernière modification : 09/07/2013

Alors que les sondages sont toujours aussi serrés dans l’État-clé de Floride, les équipes de Barack Obama et de Mitt Romney misent sur le vote anticipé pour tenter de mobiliser leurs électeurs. Reportage dans un bureau de vote de Miami Beach.

Dimanche 28 octobre à North Beach, un quartier aisé de la banlieue de Miami, en Floride. Tandis que certains habitants du quartier prennent la direction de l’église pour la messe dominicale, des dizaines d’autres se pressent aux abords de la petite bibliothèque, qui fait office, ce jour-là, de bureau de vote.

Roger Ulbrich se réjouit de voir le succès rencontré par le vote anticipé et veut croire que celui-ci profitera aux démocrates. (Crédit photo : Julien Peyron/FRANCE 24)

Comme des milliers d’Américains habitant cet Etat-clé, ils ont décidé de ne pas attendre le jour officiel de l’élection, le 6 novembre, et d’opter pour le vote anticipé. Une pratique mise en place en 2004 en Floride afin de doper la participation aux scrutins présidentiels.

Lors de la présidentielle de 2008, 30 % de l’ensemble des électeurs américains avaient eu recours au vote anticipé. Un chiffre qui devrait être encore plus important cette année au vu de l'engouement constaté ces derniers jours.

Le message d’Obama

Dans la file d’attente qui commence à se mettre en place jusque sur le parking de la "North Beach Library", on a conscience qu’ici plus qu’ailleurs chaque vote compte, Barack Obama et Mitt Romney étant donnés au coude-à-coude dans la plupart des sondages.

Arrivé dès l’ouverture du bureau de vote accompagné de son épouse, Roger Ulbrich, un cameraman de 48 ans, se félicite de pouvoir voter avec une semaine d’avance.
Ce démocrate convaincu interprète la forte affluence de ce dimanche matin comme un heureux présage pour son candidat. "Les gens ont entendu le message lancé cette semaine par Obama", se réjouit-il.

Le président sortant a effet appelé ses compatriotes à voter le plus tôt possible, afin de parer à d’éventuels contretemps le jour de l’élection, comme l’arrivée de la tempête Sandy, qui menace la côte est des États-Unis. Il a lui même montré l’exemple, en se rendant le 25 octobre dans son bureau de vote du sud de Chicago. Une opération de communication rondement menée par son équipe de campagne : depuis, l’image de ce président prévoyant tourne en boucle sur les télévisions américaines.

Pilar Somoza (à g.) estime que Barack Obama a affaibli l'Amérique. "Je vote pour Romney, parce qu'il peut refaire des États-Unis un grand pays." (Crédit photo : Julien Peyron/FRANCE 24)

Ce soudain engouement des démocrates pour le vote anticipé semble toutefois trahir l’incertitude qui règne ces jours derniers dans le camp Obama. Le président est en effet légèrement distancé dans les intentions de vote au niveau national, bien qu'il dispose toujours d'une faible avance sur son rival dans les Etats-clés, et notamment en Floride.

"Obama va s’imposer à Miami et dans le sud de l’État", pronostique Roger Ulbrich. "Par contre, Romney va réaliser de bons scores dans le nord de la Floride, où les gens sont beaucoup plus conservateurs qu’ici".

"Il faut que l’Amérique cesse de s’inspirer du modèle européen"

Mais même dans un bastion démocrate comme Miami, certains se mobilisent afin d’empêcher Obama d’être reconduit pour un second mandat. C’est le cas de Pilar Somoza, une psychologue de 51 ans, qui s’est levée tôt ce dimanche matin pour aller voter, car elle se fait du souci pour l’avenir de son pays. "Quand je vois ce qui arrive à l’Europe, où les programmes sociaux sont hors de tout contrôle, je me dis qu’il faut que l’Amérique retrouve son âme et qu’elle cesse de s’inspirer du modèle européen."

Si cette Cubaine d’origine assure qu’Obama n’est pas à proprement parlé "un socialiste pur jus", elle est convaincue que la philosophie du président actuel s'inspire du socialisme. "Et ayant grandi au pays de Fidel Castro, je sais ce qu’est le socialisme et je sais que ça ne marche pas." 

"Une Amérique plus divisée que jamais"

Al Lieber et sa femme sont des déçus du parti démocrate. Depuis 2008, ils votent pour le candidat républicain à la présidentielle. (Crédit photo : Julien Peyron/FRANCE 24)

La politique économique du président sortant, Al Lieber est bien placé pour en parler. Mais ce professeur de finance internationale se montre surtout critique sur le sujet de la politique étrangère. Au rang des griefs dont il tient Obama pour responsable, "la situation au Moyen-Orient et une gestion catastrophique du printemps arabe".

Kippa vissée sur le haut du crâne, il assure faire partie de la "minorité juive très religieuse, mais plus précisémement de la frange qui réfléchit et prend du recul sur les choses". Il a beau être toujours affilié au parti démocrate, il confie sans sourciller qu’il vient de voter pour le candidat républicain. "Face à la montée des extrémismes dans le monde arabe, nous avons besoin d’être rassemblés et seul Mitt Romney est en mesure d’unifier une Amérique plus divisée que jamais depuis l’élection d’Obama."

Il revient sur son histoire personnelle pour justifier son point de vue. "Je suis né en France, à Marseille, mais mes parents ont du fuir l’Europe lors de la Seconde Guerre mondiale. Nous avons trouvé refuge aux États-Unis et nous nous sentons en sécurité ici. Il ne faut pas que ça change. C’est pour ça que je vote à présent républicain, pour soutenir nos alliés et surtout Israël."

Ce type d'électeurs démocrates qui se détournent d’Obama, c’est la hantise de Suzanne Trushin. Elle vient à nouveau de voter pour le candidat qu'elle avait soutenu en 2008. Mais quatre années ont passé et cette avocate de 47  reconnaît que l’enthousiasme n’est plus le même dans son quartier. "Quand je vois tous les panneaux pro-Romney dans les rues et la motivation des militants républicains, je me dis que ça va être très dur pour les démocrates en Floride."

Elle veut toutefois croire que la base démocrate, et notamment les jeunes, vont se remobiliser pour empêcher le parti républicain de reprendre la Maison Blanche. "Enfin bon, si Obama perd, ce n’est pas non plus la fin du monde, lâche-t-elle dans un sourire gêné. Je gagne bien ma vie et mes amis me disent que pour mes intérêts, je ferais mieux de soutenir Romney... "

Première publication : 29/10/2012

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