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EUROPE

Arrestation d'Aurore Martin : Manuel Valls provoque l’ire du Pays basque

© AFP

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 04/11/2012

L'arrestation et la remise à l'Espagne de la militante basque Aurore Martin ont fait réagir les indépendantistes basques susceptibles d'assimiler cet acte à une déclaration de guerre. De son côté, Manuel Valls se défend de toute intervention.

"Le ministre de l'Intérieur a-t-il voulu reprendre la main avec l'arrestation d'Aurore Martin ?". C’est peu de choses de dire qu’Olivier Dartigolles, porte-parole du Parti communiste français et conseiller municipal de Pau, est remonté. Selon lui, le ministre de l’Intérieur aurait voulu faire un coup politique avec l’interpellation de la militante basque Aurore Martin jeudi 1er novembre à Mauléon (Pyrénées-Atlantiques) et son extradition à Madrid, qu’il a qualifié de “honte”. “Manuel Valls doit s'expliquer", souligne encore l’élu communiste.

C'est désormais chose faite. Le ministre de l'Intérieur a assuré samedi dans un entretien à Sud Ouest Dimanche n'avoir pris "aucune décision" dans la mise à exécution du mandat d'arrêt européen (MAE) lancé en 2010 à l'encontre de la jeune Française. "L’exécution du MAE est une décision de la justice. La décision a été appliquée sous l’autorité du parquet général de Pau. Ce n’est pas du ressort du ministre de l’Intérieur que je suis. Je n’ai pris ici aucune décision", a-t-il indiqué.

Aurore Martin était visée par un mandat d'arrêt européen émis par la justice madrilène depuis le 13 octobre 2010. Elle était recherchée pour des "faits de participation à une organisation terroriste et  terrorisme" pour avoir participé à des réunions du parti indépendantiste Batasuna, interdit en Espagne mais autorisé en France. Aujourd’hui aux mains des autorités espagnoles, elle risque 12 ans de prison.

En 2011, la militante avait échappé à une première tentative d’arrestation à Bayonne, grâce à la protection de ses proches. La police avait finalement renoncé à l’appréhender. C’est ce que rappelle le Parti de gauche, qui abondait vendredi dans le même sens que le PCF : “là où en 2011, Guéant et Sarkozy avaient reculé (...), Valls et Hollande n'ont pas hésité une seconde à livrer, sous couvert d'un mandat d'arrêt européen, une citoyenne française poursuivie pour des faits légaux dans notre pays”.

Manifestations au Pays basque

Vendredi, plusieurs manifestations de soutien à Aurore Martin se sont déroulées au Pays basque. À Bayonne, près de 500 personnes ont défilé, selon la presse locale. À Mauléon, où la jeune femme a été arrêtée le 1er novembre, entre 250 et 400 personnes se sont rassemblées autour de la gendarmerie. Une autre manifestation est prévue le 10 novembre sur les bords de la Nive, en faveur du respect des droits des prisonniers basques. De nombreuses organisations politiques, syndicales et associatives ont appelé à y participer.

Mais les critiques ne viennent pas que de la gauche de la gauche. Seize élus "socialistes et républicains" du Pays basque ont déclaré être "consternés" par l’interpellation de la militante. Dans un texte commun, cosigné notamment par trois parlementaires PS, ils condamnent l'application du mandat d'arrêt européen (MAE) et réclament son "retour immédiat" en France. De son côté, Europe Écologie-Les Verts (EELV) Aquitaine et Pays basque se sont dits "choqués". À droite, le secrétaire départemental de l'UMP Max Brisson a réagi en dénonçant ”un nouveau signal préoccupant pour tous ceux qui œuvrent pour un Pays basque apaisé et le vivre ensemble”.

La paix fragilisée ?

Les indépendantistes basques risquent en effet de voir dans l’arrestation d’Aurore Martin une véritable déclaration de guerre, un an après l’annonce de l’ETA de renoncer à la violence, sans toutefois déposer les armes et de se dissoudre, comme l'exigent la France et l'Espagne. Lors d'une conférence de presse à Bayonne, le parti Batasuna, que la justice espagnole soupçonne d’être lié à l’ETA, a estimé que Manuel Valls avait "cassé un accord tacite", doutant du caractère "fortuit" de l'arrestation.

Les conditions de l’arrestation pourraient en effet être un prétexte pour relancer l’activisme des indépendantistes dans la région. Les autorités françaises ont indiqué qu’elle s’était faite de manière “fortuite” lors d’un banal contrôle routier. Mais le responsable UMP Max Brisson a laissé entendre que les choses n’étaient peut-être pas si simples : “les socialistes doivent nous dire ce qui s'est passé jeudi. Jean Lassalle (MoDem), généralement bien informé, a rapporté des faits graves”, a-t-il posté sur Twitter ce samedi.

Plus généralement, les indépendantistes pourraient être échaudés par la posture de fermeté de Manuel Valls dans le dossier basque. Le ministre de l’Intérieur a en effet décidé de collaborer étroitement avec Madrid. Il y a une semaine, deux militants présumés de l'ETA ont par ailleurs été arrêtés à Mâcon, dont une figure majeure du groupe séparatiste. Lundi, le ministre s’était prononcé contre l'idée d'une collectivité territoriale Pays basque dans une interview à "El Pais".

Valls prend le contre-pied de François Hollande

Après l’arrestation d’Aurore Martin, Manuel Valls et le ministre espagnol de l'Intérieur, Jorge Fernandez Diaz "se sont félicités" de cette opération policière, a indiqué le ministère espagnol dans un communiqué, soulignant la "magnifique syntonie entre la France et l'Espagne".

Mais, en ayant fait cavalier seul sur ce dossier, Manuel Valls affaiblit également l’autorité du président François Hollande. Le satisfecit de son ministre de l’Intérieur tranche, en effet, avec les déclarations du candidat à la présidentielle qui appelait de ses vœux à trouver une “issue favorable” au dossier après la tentative d'arrestation rocambolesque d’Aurore Martin en juin 2011.

Après la séquence Aurore Martin, Manuel Valls va-t-il freiner sur le dossier basque ? Comme elle, "8 à 12" militants basques français sont sous le coup de mandats d’arrêts européens non activés, selon Batasuna. Reste à voir quel sort leur sera réservé…

FRANCE 24 avec dépêches

Première publication : 03/11/2012

  • FRANCE

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