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Le sort de millions de sans-papiers suspendu au résultat de l’élection américaine

Lisa et Stéphanie vivent dans la clandestinité à Miami

Texte par Julien PEYRON , envoyé spécial aux États-Unis

Dernière modification : 21/11/2014

Aux États-Unis, on appelle "Dreamers" les jeunes sans-papiers qui pourraient être régularisés si une loi portée par Obama, "le Dream Act", entrait en vigueur. Ceux-ci suivent de près la campagne, conscients que de cette élection dépend leur avenir.

"Un jour, mon père m’a demandé de faire ma valise, prétendant que nous allions à Disney World, en Floride. Depuis, je n’ai plus jamais revu mon pays." Aujourd’hui âgée de 19 ans, Monica Lazaro se souvient de ce jour de 2002 où elle a fui, sans le savoir, le Honduras. À l’époque, ses parents s'étaient résignés à abandonner une confortable situation dans ce pays d’Amérique centrale pour tenter leur chance comme immigrés clandestins aux États-Unis.

Un déclassement social nécessaire selon son père, qui jugeait la situation trop dangereuse à Tegucigalpa pour lui et son "business", précise Monica, sans bien se souvenir dans quel domaine il travaillait.

Monica Lazaro et son petit ami, un réfugié cubain, qui dispose d'une carte de résident permanent aux États-Unis. Tous deux pourraient se marier pour régulariser la situation de Monica, mais ils trouvent qu'il sont encore un peu jeunes pour penser au mariage.

Depuis son déménagement surprise, elle mène une vie d'Américaine modèle : déléguée de classe à plusieurs reprises, "Prom Queen" (reine du bal de fin d’année au lycée), première de la classe en cours et douée en sport. Elle aurait pu rejoindre les meilleures universités du pays, mais c’est au sein de la peu réputée faculté de Miami qu’elle étudie aujourd’hui la biologie.

"Tous mes professeurs se sont demandés pourquoi je n’avais pas postulé dans une université plus prestigieuse. Mais je ne pouvais pas demander de bourse, du fait de ma situation de sans-papiers, et les bonnes facs coûtent très cher ici", explique-t-elle.

Elle assure pourtant ne pas avoir de regrets, car elle est convaincue qu’une fois diplômée, elle pourra décrocher le métier dont elle rêve : experte médicale dans les enquêtes criminelles, "comme dans la série ‘Les experts : Miami’". Surtout, elle espère pouvoir régulariser prochainement sa situation si la législation sur l’immigration venait à changer, comme s’y est engagé Barack Obama.

"Le plus grand pas en avant en terme de politique migratoire depuis 25 ans"

Le 15 juin dernier, le président américain a, en effet, pris un engagement fort devant les jeunes sans-papiers des États-Unis. Ceux d’entre eux âgés de 16 à 30 ans, ayant un diplôme égal ou supérieur au bac et ayant passé au moins cinq ans dans le pays, peuvent désormais s’enregistrer auprès des autorités fédérales, en vue de se voir délivrer un permis de travail renouvelable de deux ans.

"Le président a frappé un grand coup ce jour-là, il s’agit tout bonnement du plus grand pas en avant en terme de politique migratoire américaine depuis 25 ans”, estime Audrey Singer, une spécialiste des questions d’immigration au sein du think tank Brookings Institution. Même si elle reconnaît le côté opportuniste de l’annonce, destinée aux nombreuses populations migrantes américaines à quelques mois de la présidentielle, elle salue sa portée. "Ces personnes vont enfin pouvoir être reconnues et entrer dans la légalité."

On estime qu'environ 1,7 million de jeunes sans-papiers aux États-Unis peuvent prétendre à une régulation grâce au décret présidentiel. Mais, à la mi-octobre, ils n'étaient que 179 000 à avoir officiellement postulé, selon les chiffres officiels. Beaucoup craignent, en effet, de sortir de l'anonymat tant qu'une loi n'a pas été votée.

Mais un imbroglio politico-juridique est venu quelque peu entamer l'espoir des jeunes sans-papiers en quête de régularisation. Obama avait initialement prévu de faire passer une loi, "le Dream Act", pour encadrer les conditions d’obtention de cette carte de résident. Mais la Chambre des représentants, dominée par les républicains, a rejeté le projet de loi.

Seul un décret présidentiel autorise aujourd’hui ceux qu’on appelle désormais les "Dreamers" à demander leur régularisation. L’aspect provisoire de cet ordre exécutif laisse cependant le champ libre au prochain président de revenir sur cet acquis.

Aujourd’hui, c’est donc l’inquiétude qui domine chez ces jeunes clandestins, d’autant plus que le candidat républicain Mitt Romney n’a toujours pas de position tranchée sur le sujet. S’il a laissé entendre, lors de l’un des débats présidentiels, qu’une fois élu, il n’expulserait pas les "Dreamers" ayant entamé des démarches administratives, nombreux sont ceux, dans son camp, qui font pression pour combattre ce qu’ils considèrent être "une amnistie pour clandestins".

Le problème du permis de conduire

La campagne présidentielle et ses rebondissements, Lisa suit cela de près. "Bien entendu, en tant que sans-papiers, je ne peux pas voter. Mais je fais quand même campagne pour Obama sur Facebook et les réseaux sociaux, parce que j'ai tout juste l'âge requis pour profiter du 'Dream Act'", se félicite-t-elle.

Cette Vénézuélienne de 31 ans vit depuis 1992 à Miami en compagnie de sa sœur Stéphanie (les deux noms ont été modifiés à leur demande) et de ses parents. Eux-aussi appartenaient à la classe aisée dans leur pays avant de devenir des clandestins aux États-Unis. "Après le coup d’État manqué d'Hugo Chavez en 1992, mon père a décidé que nous n’étions plus en sécurité dans le pays. Du coup, nous sommes passés d’une belle maison avec piscine à un petit studio, dans lequel nous partagions tous le même lit, puis à une caravane", se remémore-t-elle.

Lisa et Stéphanie aiment se rendre dans les cafés branchés fréquentés par leurs amis américains. "Je commence seulement à oser parler de ma situation aux gens autour de moi. Je sens que la façon dont ils voient les sans-papiers est en train de changer", confie Lisa.

Désormais, ses parents sont propriétaires d’un magasin de fleurs et ils vivent tous dans une maison située en lointaine banlieue de Miami. "Moi, je suis stagiaire depuis des années dans une société de relations publiques, indique-t-elle. Mes patrons aimeraient me faire signer un vrai contrat, mais je trouve toujours une excuse pour esquiver le sujet, car j’ai peur qu'ils découvrent ma situation."

Hormis les soucis au travail, l’un des problèmes les plus handicapants pour elle est le fait de ne pas pouvoir passer le permis de conduire. Difficile, en effet, de ne pas avoir de voiture dans une ville aussi étendue et mal pourvue en transports en commun que Miami. "Mais j’avais réussi à décrocher un permis avant que ne soient durcies les conditions d’obtention suite au 11-Septembre, et j’utilise parfois mon permis périmé", confie-t-elle.

Âgée, elle, de 25 ans, Stéphanie est trop jeune pour avoir pu passer son permis avant 2001. Pas de voiture pour elle, même si sa situation devrait rapidement évoluer : elle est fiancée avec un Américain. "Ce sera un mariage d’amour, pas un mariage blanc, précise-t-elle. Nous sommes en couple depuis le lycée et nous voudrions pouvoir nous établir tous les deux officiellement."

Le 6 novembre prochain, comme des millions d’Américains, les deux sœurs regarderont en famille la soirée électorale à la télévision. Si Stéphanie suivra les décomptes des voix relativement sereinement, Lisa assure qu'elle angoisse déjà. Elle redoute par-dessus tout que retombe le mouvement initié par Obama en direction des clandestins, car elle n'imagine plus sa vie ailleurs qu'aux États-Unis, un pays envers lequel elle estime avoir contracté une dette. "L’Amérique m’a beaucoup offert : une éducation, des valeurs… Je voudrais pouvoir être libre d’aider en retour ce pays que je considère aujourd'hui comme le mien."

Première publication : 04/11/2012

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