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Moyen-orient

"Le président Obama sera forcément tenté de marquer l’histoire "

© AFP

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 07/11/2012

À peine réélu, Barack Obama va devoir se confronter lors de son second mandat aux convulsions du Moyen-Orient. Ziad Majed, professeur à l'Université américaine de Paris, s'attend à "des ajustements et à des changements" de la diplomatie américaine.

Malgré l’ivresse de la victoire, la donne n’a pas changé pour Barack Obama. Le président américain va devoir se confronter, lors de son second mandat, aux tensions du Moyen-Orient. Crise syrienne, nucléaire iranien et processus de paix israélo-palestinien seront au menu de la diplomatie américaine, toujours influente dans la région. Interrogé par FRANCE 24, Ziad Majed, professeur spécialiste du Moyen-Orient à l'Université américaine de Paris, s’attend à "des ajustements et à des changements" dans la politique étrangère du président Obama. Par ailleurs, il estime que le dossier nucléaire iranien pourrait donner l’occasion à Washington "d’imposer ses vues" au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, avec lequel il entretient des relations exécrables. Entretien.

FRANCE 24 : Faut-il s’attendre, pendant le second mandat de Barack Obama, à un bouleversement de la diplomatie américaine au Moyen-Orient?
 
Ziad Majed, professeur à l'Université américaine de Paris
Ziad Majed : On oublie trop souvent que le président Obama avait déjà opéré une rupture en matière de politique internationale lors de son premier mandat, avec celle de son prédécesseur Georges.W.Bush, essentiellement basée sur une logique guerrière. Il avait gagné en 2008 en promettant de gérer diplomatiquement les crises, de tendre la main à l’Iran, de retirer ses troupes des différents théâtres de guerre comme en Irak ou en Afghanistan plutôt que d’utiliser systématiquement la force. Par conséquent, il pourrait profiter de son deuxième mandat pour procéder à des ajustements et à des changements plutôt qu’à des grands bouleversements diplomatiques. N’ayant plus le souci de devoir se faire réélire une troisième fois, il est désormais plus libre. Car en général, les présidents américains sont très prudents lors de leur premier mandat, soit pour masquer leur inexpérience, soit pour éviter de froisser les différents lobbys et de se mettre à dos l’opinion et les médias. Libéré de ce poids, le président Obama sera forcément tenté de marquer l’histoire. Son entourage a souvent évoqué un de ses vieux rêves qui consiste à résoudre une grande crise ou un conflit international.
 
Justement, le Moyen-Orient regorge de ce genre de problématiques réputées insolvables, à commencer par le conflit israélo-palestinien et le dossier du nucléaire iranien…
 
ÉMISSION SPÉCIALE USA
Entre la crise syrienne, la question du nucléaire iranien et le conflit israélo-palestinien, le président aura en effet le choix. L’ordre des priorités va dépendre de la capacité du président Obama à modifier son rapport de force avec les dirigeants israéliens, qui ont été largement en sa défaveur lors de son premier mandat. Il a jusqu’ici toujours cédé face au Premier ministre Netanyahou, avec lequel il entretient des relations notoirement exécrables. Toutefois, ce dossier pourrait connaître un nouveau souffle, tant certains au sein de son administration sont excédés de voir l’intransigeance de leur allié israélien leur créer des problèmes dans la région et nuire à leur image dans le monde arabe.
 
Or le dossier nucléaire iranien pourrait justement donner l’occasion à Washington d’imposer ses vues aux Israéliens. Car s’il veut conduire une action militaire contre l’Iran, l’État hébreu ne peut se passer d’une couverture voire d’un feu vert américain. En échange, Obama pourrait imposer ses conditions. C'est-à-dire cesser la colonisation dans les territoires occupés, reprendre les négociations afin d’aboutir à la création d'un État palestinien sur la base des frontières de 1967 et démontrer une réelle volonté de parvenir à la paix avec les Palestiniens. Et si, comme le craignent des responsables israéliens, les relations deviennent impossibles avec Netanyahou, Obama peut brandir la menace de suspendre les aides financières américaines comme l’avait fait le secrétaire d'État James Baker pour forcer le Premier ministre Shamir à participer à la conférence de Madrid, en octobre 1991.
 
Dans un autre registre, le président Obama est également très attendu sur la crise syrienne et la montée de l’islam politique.
 
Sur la Syrie, il a écarté jusqu’ici toute idée d’intervention militaire contre le régime de Bachar al-Assad. Mais en même temps, il se heurte à la fermeté de Moscou qui veut s’imposer comme une superpuissance à travers le dossier syrien. Tôt ou tard, il devra agir, car la situation ne peut plus durer. L’autre question concerne effectivement l’islam politique : faut-il l’accompagner ou contenir son essor ? La stratégie qui sera arrêtée aura des répercussions sur la Syrie. Car s’ils veulent contenir ces courants qui ont pris le pouvoir en Tunisie et en Égypte, les Américains devront réagir et accélérer la chute de Bachar al-Assad pour ne pas permettre aux islamistes de progresser dans ce pays à mesure que le conflit s’éternise.

Première publication : 07/11/2012

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