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Culture

Jérôme Ferrari remporte le prix Goncourt

© AFP

Vidéo par Louise DUPONT

Texte par Priscille LAFITTE

Dernière modification : 07/11/2012

L’écrivain Jérôme Ferrari, qui a longtemps vécu en Corse, a été couronné ce mercredi par le prestigieux prix Goncourt pour son roman "Le Sermon sur la chute de Rome". Le prix Renaudot revient à Scholastique Mukasonga pour "Notre Dame du Nil".

"Après Obama, qui ?" Quelques minutes avant l’annonce du lauréat du plus prestigieux des prix littéraires français, Bernard Pivot, membre de l’Académie Goncourt, faisait monter le suspense sur Twitter. Réponse : Jérôme Ferrari, auteur du "Sermon sur la chute de Rome" (éditions Actes Sud). Après avoir exercé à Ajaccio puis à Alger, ce féru d’histoire corse est aujourd’hui professeur de philosophie au lycée français d’Abou Dhabi.

"Vous savez que Barack Obama a été élu aujourd'hui, vous ne manquez pas un peu de sens de la hiérarchie ?", a lancé le lauréat dans un sourire aux dizaines de journalistes qui l'assaillaient de toutes parts au restaurant Drouant, rapporte l’AFP. Heureux, Jérôme Ferrari ? Il précise avoir ressenti, en apprenant la nouvelle, "comme une chute de tension qu'on peut considérer comme une définition correcte de la joie".

Le Journal de la culture reçoit Jérôme Ferrari, le 23 août 2012

Né en 1968, le deuxième plus jeune des quatre finalistes au Goncourt après le prometteur Joël Dicker, a réalisé ici son cinquième roman chez Actes Sud, en plus de deux livres parus dans une maison d’édition corse, Albiana. Le théâtre de ce roman est l’île de Beauté - toujours - et un bar de village, où se concentrent toutes les intrigues - encore, comme dans l'un de ses précédents ouvrages, "Balco Atlantico" (2008).

La Corse est « [son] milieu naturel de fiction littéraire », résume l’auteur, lui qui, à l’âge de 20 ans, s’était engagé dans le nationalisme insulaire, avant de se lancer dans la traduction d’œuvres littéraires en langue corse et de travailler comme rédacteur dans un journal indépendantiste.

La chute de Rome ? Elle revient en filigrane dans le livre, hanté par le sermon de Saint-Augustin, prononcé en 410 : "Le monde est comme un homme : il naît, il grandit, il meurt". L’intrigue se situe dans les montagnes corses, où deux amis d’enfance, Mathieu et Libero, espèrent recréer le "meilleur des mondes possibles" dans un bar dont ils reprennent la gérance. En fait, un empire viril qui tourne autour des serveuses, de l’alcool, de la charcuterie et des règlements de comptes et qui, comme Rome, touchera à sa fin.

Élu au deuxième tour

"Alors, vraiment, le meilleur roman de la rentrée littéraire pourrait avoir pour cadre un modeste bistrot ? Vraiment. Toute l'œuvre de Jérôme Ferrari converge vers ses banquettes", s’enthousiasmait déjà Raphaëlle Leyris, critique littéraire au Monde des Livres, fin août. "Il apporte la preuve que, non content d'être un auteur extrêmement original, il est un écrivain à la tête de son propre monde. Un monde minuscule et passionnant, hanté par des personnages dont la dimension tragique n'exclut pas le grotesque."

Les neuf membres de l’Académie Goncourt ont dû procéder à deux tours de vote pour finalement se mettre d’accord sur Jérôme Ferrari. Le choix entre les quatre finalistes s’annonçait serré, entre l’engouement en librairie pour le jeune Suisse Joël Dicker, déjà récompensé pour son thriller "La vérité sur l’affaire Harry Québert" (de Fallois) par le Grand Prix de l’Académie française, mais décrié par une partie de la critique ; la valeur sûre que représente le dernier opus de Patrick Deville, "Peste & Choléra" (Seuil), salué par le prix Femina lundi dernier, auteur qui était reparti bredouille de la série des prix littéraires l’année dernière avec "Kampuchéa", pourtant l’un des plus beaux livres de 2011 ; enfin, la discrète Linda Lê, qui parle de déracinement et d’héritage post-colonial dans "Lame de fond" (Christian Bourgois).

Renaudot : "Soudain, un emballement général"

Annoncé dans la foulée au restaurant Drouant mais par un autre jury, le prix Renaudot a, quant à lui, été décerné par surprise à Scholastique Mukasonga pour "Notre Dame du Nil" (Gallimard).

Le roman proposé par la Rwandaise d'origine tutsi avait été écarté de la sélection du Renaudot, avant de revenir de façon impromptue dans les débats du jury. "On tournait en rond, on a eu beaucoup de mal, il n'y a jamais eu un tel blocage", raconte à l’AFP Franz-Olivier Giesbert, membre du jury du Renaudot. "Et puis soudain, il y a eu un emballement général" pour ce livre. Défendu par Jean-Marie Le Clézio, autre membre du jury, le roman de Mukasonga a fini par obtenir six voix au dixième tour de scrutin.

"Ça a jailli comme ça. Le Clézio est souvent attentif à ce qui vient d'ailleurs", commente Georges-Olivier Châteaureynaud, selon lequel l'ouvrage couronné est d'une "sensibilité autre, une histoire qui nous emmène ailleurs, par opposition à une littérature trop hexagonale", explique-t-il à l’AFP.

Le jury a informé l’écrivaine Scholastique Mukasonga par téléphone alors qu'elle se trouvait à Caen (Calvados), ce mercredi. Elle doit rejoindre Paris par le train pour recevoir son prix.

Le récit a pour cadre le lycée de jeunes filles "Notre-Dame du Nil", situé près des sources du grand fleuve égyptien. Le livre décrit un huis-clos où doivent vivre des lycéennes d’origine tutsi sous la férule d’hommes hutus. Amitiés, désirs, haines, luttes politiques, incitations aux meurtres raciaux, persécutions… le lycée décrit un microcosme étouffant, prélude au génocide rwandais.

Première publication : 07/11/2012

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