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FOCUS

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Dernière modification : 09/11/2012

L’Irlande veut faire des droits des enfants une priorité constitutionnelle

Les Irlandais se rendent aux urnes ce samedi à l'occasion d'un référendum qui propose d’inscrire les droits fondamentaux des enfants dans la Constitution et de donner à l’État de plus grands moyens d’intervention en cas de violences dans la cellule familiale.

Un référendum se tient samedi 10 novembre en Irlande. Les électeurs doivent se prononcer sur l'inscription dans la Constitution des droits fondamentaux des enfants et sur la possibilité pour l'État d'avoir de plus grands moyens d'intervention en cas de violences dans la cellule familiale. La campagne référendaire a renvoyé sur le devant de la scène politique et médiatique des rapports officiels publiés depuis trois ans, qui accablent l’Église et l’État en dressant un catalogue des violences et des abus perpétrés sur des enfants dans les écoles, les orphelinats et toutes les autres institutions gérées par des confréries religieuses catholiques durant les 70 dernières années.

Nous avons demandé à deux victimes d’abus sexuels de donner leur avis sur ce référendum. Leurs témoignages illustrent l’abus de pouvoir dont l’Église s’est rendue coupable en Irlande, tandis que l’État a gardé le silence sans intervenir.

Un enfant sur quatre victime d'une agression

À l’âge de 15 ans, Colm O’Gorman a été violé à plusieurs reprises par le prêtre Sean Fortune, qui s'est suicidé avant d’être envoyé en prison pour ses crimes. Aujourd’hui militant pour la défense des droits de l’Homme, directeur d’Amnesty International en Irlande et père de deux enfants, Colm O’Gorman estime que ce référendum est "un vrai pas en avant pour les enfants en situation vulnérable en Irlande".

Colm O’Gorman a aussi trainé devant la justice l’évêque du diocèse de Ferns, qui a protégé son agresseur, et le Vatican. Il est devenu le cauchemar de toutes les institutions responsables et de ceux qui ont fermé les yeux sur les milliers d’agressions perpétrées sur des enfants dans les 70 dernières années.

Colm O’Gorman a fait campagne sous la bannière de "One in Four", l’organisation qu’il a créée, considérant qu’un enfant sur quatre à été victime d’une agression en Irlande.
"Il y a juste dix ans, le Premier ministre de l’époque, quand on l’interrogeait sur mon cas, se contentait de répondre que ce n’était pas son problème, mais celui de l’Église et qu’il ne voulait pas mêler religion et politique", précise Colm O’Gorman à FRANCE 24.

Il a fallu dix ans pour que l’État commence à faire face à ses responsabilités. "Les gens savaient bien ce qu’il se passait mais ils ne parlaient pas, ajoute Colm O’Gorman. On gardait le silence sur ce genre de choses, la société entière était mise au secret. Aujourd’hui le secret a été levé, et, à mon avis, c’est la meilleure protection que l’on puisse avoir contre ces crimes."

De nombreuses victimes se battent encore pour leurs droits. Enfant, Maureen était agressée régulièrement dans la maison familiale. Un prêtre a alors convaincu sa mère de l’envoyer dans un couvent disciplinaire. Elle avait 12 ans quand elle est entrée à la blanchisserie de New Ross Sainte-Madeleine, dans le comté de Wexford, dans le sud.
"A l’aube, on m’emmenait à la blanchisserie où je travaillais toute la journée, six jours par semaines", explique Maureen O’Sullivan, 60 ans, qui fut la plus jeune des blanchisseuses de Sainte-Madeleine. "On m’a volé ma jeunesse et mon éducation. Elles m’ont tout pris jusqu’à mon nom. Elles me forçaient à répondre à ce nom : France."

Maureen a passé trois ans dans les blanchisseries, mais d’autres y ont été internées pendant des décennies parce qu’elles avaient été violées à la maison, avaient eu un enfant hors mariage, ou simplement parce qu’on jugeait qu’elles s’étaient écartées du droit chemin.

Radicaux et fondamentalistes appellent à voter "non"

Honteuse, Maureen O’Sullivan a gardé le silence sur sa jeunesse de blanchisseuse de Sainte-Madeleine pendant la plus grande partie de sa vie. Mais désormais, elle exige des excuses de la part des ordres religieux et surtout de l’État. Elle votera oui dans un "référendum bien tardif" à son avis.

L’amendement à la Constitution proposé par le gouvernement est un consensus accepté par tous les partis politiques. Les évêques irlandais, qui continuent d’exercer une influence notable sur l’opinion en Irlande ont, quant à eux, apporté un soutien qualifié à ce référendum. Ils considèrent comme "raisonnable et équilibré" l’amendement à la Constitution.

Seuls les groupes les plus radicaux ou fondamentalistes appellent à voter non. Ils estiment que l’autorité des parents va être diluée par cet amendement. "Ce référendum va affaiblir l’autorité des parents chargés de protéger leurs enfants", estime le prêtre dominicain Brian McKevitt, directeur du journal "Alive", regrettant que les Irlandais puissent "transférer cette autorité à un État qui a un passif tragique en ce qui concerne la protection des enfants".

Mais le Premier ministre irlandais Enda Kenny a promis une ère nouvelle en ce qui concerne la protection et le droit des enfants. Cet amendement à la Constitution est un premier pas. Même si les organisations humanitaires comme Amnesty International et One in Four auraient voulu que le gouvernement soit plus téméraire en terme de réforme, celles-ci reconnaissent qu’un seuil-clé est en passe d’être franchi.

Par Hervé AMORIC

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