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Culture

Assayas rend hommage aux années 70

© AFP

Texte par Dépêche

Dernière modification : 12/11/2012

Dans son dernier long-métrage, le réalisateur Olivier Assayas dresse le portrait de la jeunesse française des années 70. Portée par de nouvelles aspirations politiques, artistiques ou sexuelles, cette génération voulait réinventer la société.

Avec son nouveau film "Après mai", en salles mercredi, Olivier Assayas revisite les années 70, marquées par une effervescence politique et un bouillonnement des idées, en explorant les combats, les rêves et parfois les désillusions d'une jeunesse qui fut aussi la sienne.

L'histoire se situe en région parisienne, près de la vallée de Chevreuse. Nous sommes au début des années 70. Mai-68 est tout proche et le vent de la révolte souffle toujours sur une jeunesse avide de justice et de liberté.

Lycéen, Gilles (Clément Métayer, qui incarne avec crédibilité le jeune Assayas d'alors) est tiraillé entre ses aspirations artistiques et un engagement radical mais néanmoins lucide. Il est le seul de sa bande d'amis à lire "Les habits neufs du président Mao" de Simon Leys, premier intellectuel d'extrême gauche à dénoncer les horreurs de la révolution culturelle chinoise.

Avec son air nonchalant et sa silhouette élancée (qu'à 57 ans, Assayas a conservée), entre Paris, Rome et Londres, Gilles cherche sa voie, en posant un regard curieux et détaché sur les tumultes de son époque.

Jeunes communistes, gauchistes et libertaires, qui se détestent les uns les autres, s'affrontent, parfois violemment, aux forces de l'ordre. L'une des premières scènes du film montre la manifestation du 9 février 1971, réprimée violemment par des CRS à moto armés de matraques. De leur côté, des manifestants, casqués, n'hésitent pas à se servir de leurs barres de fer.

L'histoire est traversée par plusieurs personnages à la personnalité bien trempée, notamment Christine (Lola Creton), la petite amie de Gilles à la fois plus engagée que lui (elle rejoint les gauchistes italiens, plus revendicatifs que les Français) mais en quête de plus de stabilité (elle s'installe en couple avec l'un d'entre eux, ce que Gilles n'est pas prêt à faire).


"Nouveau Mai-68"

Le film restitue bien l'atmosphère des années 70: on débat, on manifeste, on fume (pas seulement des cigarettes), on se libère sexuellement. Assayas, auteur de plusieurs longs métrages récompensés (Prix de la critique internationale au Festival de Venise 1986 pour "Désordre", Prix Jean-Vigo 1992 pour "Paris s'éveille", Golden Globe 2011 meilleure mini-série pour "Carlos"...), prouve une fois de plus ses talents de cinéaste.

"Après mai" a d'ailleurs reçu cette année le Prix Osella du meilleur scénario à la Mostra de Venise. Pourtant, quelque chose ne manque pas d'étonner le spectateur.

L'histoire, qui se situe dans des milieux relativement bourgeois (les jeunes dépeints par Assayas semblent ne pas connaître de problèmes financiers) est totalement dépourvue d'humour.

A peine si la jolie Lola Creton esquisse deux sourires pendant toute la durée du film (plus de deux heures). Assayas nous présente une jeunesse intéressante du point du vue intellectuel, mais à laquelle le spectateur a du mal à s'attacher.

"C'est en réaction avec la façon dont on se représente la jeunesse, toujours du point de vue de la rigolade", a-t-il expliqué à l'AFP. "On a tellement ricané sur cette époque, avec le cynisme contemporain, que j'ai eu envie de la réinvestir avec ce qu'elle avait de grave, de profond, d'authentique".

Selon lui, "dans les années 70, les jeunes se sentaient portés par le mouvement de l'Histoire, on était partie prenante de la révolution à venir. Aujourd'hui, on ne croit plus dans le futur. Le présent est amorphe. La société justifie un nouveau Mai-68", assure Assayas, avec la fougue de sa jeunesse.

AFP

Première publication : 12/11/2012

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