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Economie

Comment le FBI a cyber-traqué David Petraeus et sa maîtresse

© AFP

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 14/11/2012

Le FBI a pu révéler la relation adultère du patron de la CIA David Petraeus grâce à des e-mails et à un compte Gmail peu sécurisés. L’enquête démontre les énormes pouvoirs du bureau du renseignement américain en matière de cyber-investigation.

Tout a commencé par des courriels menaçants envoyés il y a quelques mois à une jeune Américaine, Jill Kelley, et a abouti à la démission, la semaine dernière, du patron de la CIA, le général David Petraeus, et à la mise en cause du chef des forces de la coalition en Afghanistan, John Allen.

Entre ces deux moments, le FBI a déployé tout son cyber-savoir-faire pour remonter la piste des mails compromettants. L’agence américaine de renseignements a, en bout de course, pu mettre en évidence la relation adultère entre David Petraeus et sa biographe, Paula Broadwell.

Tout ça grâce à quelques comptes mails mal sécurisés. Le récit de cette cyber-traque en dit long sur les pouvoirs du FBI pour mettre son nez dans les conversations en ligne et sur la sécurité toute relative qu’offrent des services de messagerie électronique tels que Gmail (qui appartient à Google).

La plainte de Jill Kelley portait sur quelques courriels anonymes qui pouvaient s’apparenter à du cyber-harcèlement. Comme l’affaire impliquait le général David Petraeus, le FBI a sorti les grands moyens. D’après un compte-rendu très détaillé des étapes de l’enquête publié dans plusieurs médias américains comme le Wall Street Journal et le New York Times, les enquêteurs ont pris plusieurs semaines pour mettre un nom sur cette cyber-harceleuse.

Des mails à l’hôtel

Paula Broadwell a, en fait, été trahie par ses tentatives maladroites pour brouiller les pistes. Elle n’a certes pas envoyé les mails de chez elle, mais n’a pas pour autant protégé son accès à Internet en utilisant des services permettant d'être anonyme sur la Toile. Ainsi, l’analyse des métadonnées (informations cachées) des mails incriminés a révélé les adresses IP (identifiant sur le Net des ordinateurs) permettant de savoir d’où les courriels ont été envoyés.

Le FBI a pu récupérer une liste de plusieurs hôtels. Les enquêteurs ont ensuite vérifié quels autres comptes internet (messagerie électronique et autres services nécessitant une identification) ont été consultés depuis ces ordinateurs publics. En recoupant ces données avec la liste des personnes présentes dans ces hôtels et en vérifiant les déplacements de ceux qui pouvaient connaître le général David Petraeus, ils sont tombés sur Paula Broadwell.

Commence alors la deuxième phase de l’enquête. Le FBI a demandé et obtenu l’accès à tous les comptes e-mails de la biographe du chef de la CIA. Le Bureau américain d’investigation s’est alors intéressé à un compte qu’elle partageait avec David Petraeus. En fait, les deux amants ne s’envoyaient pas de courriels mais communiquaient en rédigeant des brouillons stockés sur une boîte de messagerie Gmail à laquelle ils avaient tous les deux accès.

Une technique pour ne pas laisser de traces de courriels envoyés connue depuis le début des années 2000. Elle a, en effet, été utilisée par certains terroristes d’Al-Qaïda comme Khaled Cheikh Mohammed, le cerveau des attentats du 11-Septembre. Problème : si le contenu des messages envoyés est protégé par la loi américaine, les brouillons ne le sont pas. Le FBI a donc pu tranquillement les lire sans avoir besoin de l’autorisation d’un juge et sans avoir à en avertir Paula Broadwell ou David Petraeus. C’est ainsi que les enquêteurs ont pu comprendre la nature des relations entre ces deux personnes.

Législation archaïque

C’est aussi lors de ces recherches que le FBI est tombé sur les quelque 20 000 pages de courriels échangés entre Jill Kelley et le général John Allen. Si les contenus de ces messages ne seront probablement jamais rendus publics, le Pentagone les a jugé, mardi, “inappropriés”. Une découverte collatérale qui a entraîné la suspension de la nomination de John Allen au poste de commandant suprême des forces alliées de l’Otan en Europe.

Au-delà de l’enquête en elle-même, ce sont les pouvoirs dont dispose le FBI pour fouiller dans la vie numérique des gens qui commencent à poser question aux États-Unis. “Si le directeur de la CIA peut se faire avoir, personne ne peut dire aux États-Unis que sa vie privée sur l’Internet est protégée”, a souligné, mardi 13 novembre, dans le New York Times, Marc Rotenberg, président du Electronic Privacy Information Center (Centre d’information sur la vie privée électronique).

Car, à aucun moment, le service américain de renseignement n’a eu à informer les personnes impliquées des cyber-recherches en cours. “L’enquête ne devrait pas tant porter sur les agissements de David Petraeus que sur les méthodes utilisées par le FBI”, estime pour sa part Anthony D. Romero, directeur de l'American Civil Liberties Union (Association des libertés civiles américaines).

Pour cette ONG américaine, le scandale Petraeus démontre l’urgence de “moderniser la législation qui encadre les communications électroniques”. Aux États-Unis, la loi censée protéger les citoyens américains contre la cyber-curiosité des autorités remonte à 1986, une époque où les messageries électroniques n’en étaient qu’à leur balbutiement et où l’utilisation d'Internet n’était pas encore aussi sophistiquée et répandue qu’aujourd’hui.

Première publication : 14/11/2012

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