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Culture

Le festival Taragalte rend hommage aux artistes maliens "chassés" de Tombouctou

©

Texte par Dépêche

Dernière modification : 14/11/2012

Du 9 au 11 novembre dernier s'est tenu la 4e édition du festival de musique Taragalte, à M'Hamid, dans l'extrême sud du Maroc. Cette année, la manifestation a rendu un hommage appuyé aux artistes du nord du Mali, "chassés de leurs terres".

Derrière l'océan de dunes, Tombouctou n'est qu'à une cinquantaine de jours à dos de chameau: à M'Hamid, dans l'extrême sud du Maroc, le festival de musique Taragalte a cette année rendu un hommage appuyé aux artistes du nord du Mali, "chassés de leurs terres".

Le 17 janvier dernier se tenait le "Festival au désert" de Tombouctou. Une poignée de semaines plus tard, la ville tombait aux mains d'Ansar Dine. Partisans d'une application rigoriste de la charia, ces islamistes ont détruit des monuments inscrits au patrimoine mondial. Ils ont aussi banni la musique.

"Nous avons été chassés de notre propre terre", clame à l'AFP l'artiste touareg Fadimata Walett Oumar, présente à l'époque sur la scène malienne.

Mais, s'ils sont parvenus à "faire taire notre musique, celle-ci a déjà franchi les frontières", enchaîne-elle sous le ciel étoilé de M'Hamid el-Ghizlane, bourgade du bout du monde où le bitume du grand sud marocain laisse définitivement place aux vastes étendues de sables.

Le festival marocain, dont c'était la 4e édition, a depuis l'origine entretenu des liens étroits avec les artistes maliens et son homologue de Tombouctou, cité mythique dont aucun dépliant touristique local n'oublie de mentionner la direction, "à une cinquantaine de jours à dos de chameau".

Durant des siècles, Taragalte, l'ancien nom de M'hamid, fut aussi le point de départ et d'arrivée des caravanes transsahariennes allant ou venant du Mali. Depuis la fermeture de la frontière avec l'Algérie, à 40 km de là, toute traversée est devenue virtuellement impossible.

Mais la musique, elle, continue de voyager.

"Liberté artistique"

"Taragalte rend hommage à Tombouctou, patrimoine de l'humanité": en ce samedi soir d'ouverture, l'inscription barre la scène du festival.

"C'est une opportunité pour nous d'exprimer notre soutien à leur égard, notre soutien à la liberté artistique", explique à l'AFP Oum El Ghait, artiste marocaine à la tête d'un groupe de soul.

"Ce message est d'autant plus fort, qu'il s'exprime par la voix des femmes", relève-t-elle.

Outre Tombouctou, cette édition de Taragalte était placée sous le signe des "Femmes du désert". Composée de dix femmes touaregs, Tartit, le groupe traditionnel de Fadimata, y a naturellement trouvé toute sa place.

"Nous sommes sincèrement fières d'être ici. (...) Mais cela me rend un peu triste aussi car j'ai la nostalgie de mon village, de ma famille, et de ma vie", nuance Fadimata dont la troupe, fondée en 1995, a dû se disperser entre le Burkina Faso et la Mauritanie avec l'arrivée d'Ansar Dine.

"Chanter est un droit universel. Pour les touaregs comme nous, c'est même une thérapie. Le soir, nous nous rassemblons et nous chantons. Il n'y a rien d'autre", fait encore valoir l'artiste malienne. "Notre culture est une culture de joie, pas une culture que l'on enferme dans une maison", poursuit-elle.

"Patrimoine culturel" commun


Des Marocains, des Maliens, des Mauritaniens: des airs de festival transsaharien, à l'image de son homologue de Zagora, à quelques dizaines de kilomètres au nord, ont flotté tout le week-end.

Initiateur de l'hommage à Tombouctou, Halim Sbaï, l'un des organisateurs, évoque avec passion le "patrimoine culturel et naturel" commun au Sahara et, en marge des représentations musicales, ont été organisées des courses de chameaux, lectures de poème et spectacles de danses traditionnelles.

"C'est un événement tragique qui s'est produit au nord du Mali. Beaucoup de musiciens ont fui vers la Mauritanie, le Sénégal, le Burkina Faso. Mais malgré cet éclatement, ils sont nombreux à être venus ici", souligne Osmane Touré, bassiste de Noura Mint Seymali, également présent en janvier à Tombouctou.

Le prochain festival au désert de Tombouctou, lui, est programmé l'an prochain au Burkina Faso. Là ou Fadimata Walett Oumar vit en exil.

AFP

Première publication : 14/11/2012

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