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FRANCE

Les homosexuelles veulent faire entendre leur voix

© AFP

Texte par Priscille LAFITTE

Dernière modification : 22/11/2012

Alors que le gouvernement a décidé de faire voter au Parlement le mariage et l'adoption pour les couples homosexuels mais pas la PMA, certains collectifs de lesbiennes s'interrogent : comment se faire entendre, comment contre-manifester ?

Alors que le débat politique sur le désir de mariage et d'enfant des couples homosexuels leur paraît tourner au vinaigre, des femmes se réunissent autour d'un café, un dimanche midi, dans le 19e arrondissement de Paris pour parler de la "cacophonie ridicule du gouvernement", se lamentent-elles. Au centre des discussions : comment contrer les propos de ceux qui s'opposent au projet de loi sur le mariage et l'adoption homosexuelles - qu'elles jugent "criminels" et "homophobes" -  mais aussi la manière de persuader le gouvernement d'agir vite sur la procréation médicalement assistée (PMA), exclue du projet de loi actuel.

"Je n'ai jamais ressenti une telle homophobie dans le débat public, une telle violence. Je n'ai jamais été aussi en colère", fulmine Anne, militante féministe et homosexuelle.

Alix Béranger et Alice Coffin

Le mécontentement est double. D'abord parce que la PMA est finalement écartée du projet de loi gouvernemental qui sera débattu à l'Assemblée nationale à partir de janvier 2013. Cette mesure faisait partie des promesses socialistes durant la campagne électorale, et est soutenue par des ministres comme Najat Vallaud-Belkacem, en charge du droit des femmes, et Christiane Taubira, garde des Sceaux.

L'incompréhension est telle qu'Alix Beranger et Alice Coffin font de la PMA un préalable au mariage et au projet d'enfant. "Si la loi passe sous sa forme actuelle, on n'a pas envie de faire la fête, de se marier", explique Alix. "Le mariage n'est pas un rêve, c'est en tant que couple et plus tard comme famille que nous voulons être reconnues". "On aimerait être sereines pour avoir un enfant. C'est déjà un assez grand bouleversement personnel. Je ne suis pas prête à me rendre à l'étranger en catimini pour effectuer une PMA... et ne même pas partager avec Alix les mêmes droits sur l'enfant, en attendant qu'une procédure d'adoption aboutisse. C'est inconcevable", ajoute Alice. Ensemble, elles ont signé une tribune dans Libération, début novembre, intitulée "Les lesbiennes ont été flouées" : "Il semble que la PMA ait servi de marchandage afin de ne pas 'trop' choquer les plus conservateurs, on l’a sacrifiée au profit du mariage, mesure symbolique. Nous voulons bien nous réjouir des noces à venir, mais nous ne voulons pas faire banquette au bal".

GPA et PMA dans le même sac

Pourquoi le gouvernement a-t-il reculé sur la PMA ? Les raisons ne sont pas claires et les hypothèses vont bon train. Y a-t-il une crainte que l'accès des couples à la procréation - via la PMA pour les femmes ou la gestation pour autrui (GPA) pour les hommes - soit inégalitaire ? Car autant l'ouverture de la PMA aux lesbiennes - déjà légale en France pour les couples hétérosexuels - ne nécessiterait qu'un changement de formulation dans la loi de bioéthique, autant la légalisation de la gestation pour autrui n'est pas acquise en France, pas même pour les hétérosexuels. "C'est sûrement l'une des raisons valables", argumente Éric Garnier, ancien président de l'Association des parents gays et lesbiens et auteur de "L’homoparentalité en France" (éd. Thierry Marchaisse). "Les politiques ne veulent pas favoriser un débat sur la GPA, contre laquelle ils sont tous !"

Manifestation du 7 novembre 2012 devant l'Assemblée nationale. Photo AFP.

Dans ce débat sur la GPA, les lesbiennes ne sont d'ailleurs pas les dernières à s'opposer à l'instrumentalisation du corps de la femme qui se fait rémunérer pour une grossesse (mères porteuses, NDLR). "C'est un faux débat : on peut très bien autoriser la PMA sans ouvrir les discussions sur la GPA", tranche Alice Coffin. "Pour une fois que les femmes ont un avantage indiscutable sur les hommes, il faut encore qu'elles se fassent avoir. Si les hommes pouvaient accéder à la PMA, cela fait longtemps que la mesure ferait partie du projet de loi."

Un point de vue que partage en partie Jeanne Vincens, qui vit à Toulouse avec sa compagne et ses deux enfants. "C'est évident que si la PMA concernait les hommes, elle ne serait pas ainsi mise de côté. Dans les instances représentatives des gays et lesbiennes, on retrouve souvent des hommes, alors même que le nombre de lesbiennes-mères est beaucoup plus important que le nombre d'homosexuels-pères. Pour autant, peut-on avoir deux poids deux mesures sur cette question ? C'est vrai que nous avons une facilité, en tant que femme. Mais au fond, la PMA et la GPA sont deux démarches similaires."

"Le débat est infantilisant"

Autre mécontentement qui, pour le coup, rassemble la communauté homosexuelle : la teneur du débat actuel, dans la presse et parmi les politiques, sur le mariage et la procréation des couples gays. Aux doutes de l'ancien Premier ministre Lionel Jospin, qui a parlé d'"humanité structurée entre homme et femme" sur Canal +, l'auteure Virginie Despentes a répondu par une cinglante tribune dans Têtu.

"Ça me fâche beaucoup qu'on délibère de mon intimité", s'énerve à son tour Stéphanie, juriste de 38 ans.  "Le débat est infantilisant. C'est comme lorsque la société discutait de stériliser les adultes hadicapés. Je suis vidée de mes droits. On veut avoir des enfants et on les aura. On a bien d'autres moyens."

À présent que la "parole est libérée", ajoute Cleo Albert, 29 ans et enceinte de 8 mois, "il faut prendre la parole puisqu'on nous ne la donne pas". Ainsi en est-il des manifestations publiques réclamant la PMA et défendant le mariage et l'adoption pour des couples homosexuels. Rassemblement devant l'Assemblée nationale début novembre, "kiss in" devant l'Hôtel-de-Ville jeudi dernier... et projet de contre-manifestation lors des rassemblements anti-mariage homosexuels au cours du week-end des 17 et 18 novembre. Samedi, il y aura peut-être des militants homosexuels portant un signe distinctif qui passeront au milieu des rangées des manifestants hostiles au "mariage pour tous"...

Une action coup de poing particulièrement défendue par la jeune génération, mais qui ne satisfait pas toute la communauté gay et lesbienne, une partie craignant d'être sous-numéraires par rapport aux foules que déplacent les associations catholiques et de droite. "La génération plus âgée préférerait parfois fermer les oreilles jusqu'au vote à l'Assemblée nationale. Elle a essuyé les plâtres avec le Pacs, il y a 15 ans, qui a laissé des souvenirs très douloureux", justifie Stéphanie qui, malgré son tempérament "plutôt dans la discussion et la pédagogie", souhaite elle-même prendre part à une action militante ce week-end. Elle voudrait aussi inciter les hétérosexuels à afficher leur soutien. "On s'est battue pour la pilule et pour l'avortement alors qu'on n'est pas concernée", rappelle cette juriste. "Il s'agit encore une fois de la question de la liberté individuelle et du droit de disposer de son corps."
 

Première publication : 16/11/2012

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