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Afrique

Un second islamiste meurt en grève de la faim en Tunisie

Texte par Dépêche

Dernière modification : 17/11/2012

En grève de la faim pour protester contre son arrestation pour avoir attaqué l'ambassade américaine, Mohamed Bakhti, un salafiste tunisien, est mort dans la nuit de vendredi à samedi. Un autre islamiste est décédé dans les mêmes circonstances jeudi.

Une figure du salafisme jihadiste tunisien, Mohamed Bakhti, est décédé samedi après deux mois de grève de la faim pour protester contre sa détention, le deuxième islamiste à mourir ainsi cette semaine, alors que trois autres sont dans un état "inquiétant"

Au total 56 détenus, des militants islamistes pour la plupart, sont en grève de la faim dans les prisons de Tunisie pour réclamer leur libération, a indiqué à l'AFP un représentant du ministère de la Justice Fadhel (bien Fadhel) Saihi.

La plupart ont cessé de s'alimenter cette semaine, en soutien à Bechir Gholli et Mohamed Bakhti, les deux militants décédés. Trois détenus qui ne mangent plus depuis le 17 octobre sont néanmoins "dans un état plus ou moins inquiétant", selon M. Saihi.

Ce dernier a indiqué que deux d'entre eux "ont dit qu'ils allaient accepter d'arrêter" samedi leur grève.

Le ministère de la Justice a par ailleurs indiqué dans un communiqué avoir reçu samedi de nombreux représentants de la société civile pour trouver une solution à cette crise.

Des négociations sont aussi en cours avec les proches et les parents des détenus pour aboutir à l'arrêt de cette vaste grève de la faim.

Selon Abdelbasset Ben Mbarek, l'avocat des deux militants morts après près de 60 jours de jeûne, la situation dans les prisons est plus grave que ne l'admet le ministère de la Justice.

"Entre 300 à 400 détenus ont lancé une grève de la faim en solidarité" avec les défunts, a-t-il déclaré à l'AFP.

Bakhti et Gholli avaient cessé de s'alimenter fin septembre, quelques jours après leur arrestation pour leur participation présumée à l'attaque de l'ambassade des Etats-Unis par une foule de militants islamistes dont une centaine ont été arrêtés. Ils réclamaient leur libération.

Le président tunisien Moncef Marzouki a réagi samedi en annonçant la mise en place d'une commission d'enquête après ces décès.

"J'assume, ainsi que l'appareil de l'Etat, l'entière responsabilité dans cette tragédie et par conséquent il a été décidé (...) de mettre d'urgence en place une commission d'enquête indépendante pour déterminer les responsabilités", a-t-il dit, selon un communiqué.

La mouvance salafiste jihadiste s'estime victime d'une répression injustifiée et affirme que 900 de ses sympathisants sont emprisonnés. Le ministère de la Justice fait lui état de 168 détenus.

Le décès de Bakhti est jugé particulièrement sensible car le défunt était une figure de cette mouvance sunnite rigoriste et un proche d'Abou Iyadh, l'organisateur présumé de l'attaque contre l'ambassade américaine toujours en fuite.

Condamné en 2007 à 12 ans de prison après des affrontements sanglants entre l'armée et des islamistes à Soliman, près de Tunis, sous le président Zine El Abidine Ben Ali, Mohamed Bakhti a bénéficié de l'amnistie décrétée après la révolution de janvier 2011.

Il était aussi la figure de proue d'un mouvement de contestation cette année à l'université de la Manouba (banlieue de Tunis) où des salafistes ont engagé un bras de fer avec la direction de la faculté pour l'obliger à autoriser les étudiantes à porter le niqab, le voile islamique intégral.

La mouvance salafiste tunisienne est responsable, selon les autorités, de plusieurs coups d'éclat, parfois sanglants, depuis la révolution.

Fin octobre, deux militants sont morts dans un quartier de la Manouba lors de l'attaque de postes des forces de l'ordre. Le 14 septembre quatre assaillants ont été tués dans un assaut contre l'ambassade des Etats-Unis.

Aucun incident n'a été signalé depuis le décès de Gholli.

Abou Iyadh, chef du mouvement Ansar al-charia (Partisans de la charia), avait appelé le 2 novembre ses partisans au calme, tout en mettant en garde les autorités contre une "explosion de colère".

AFP

Première publication : 17/11/2012

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