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Amériques

La délicate succession d'Hillary Clinton au secrétariat d'État américain

© AFP

Texte par Jon FROSCH

Dernière modification : 22/11/2012

Pressentie au poste de secrétaire d'État américain qu'Hillary Clinton laissera vacant début 2013, l’ambassadrice auprès de l'ONU, Susan Rice, réputée proche de Barack Obama, pourrait s'effacer devant John Kerry, personnalité plus consensuelle.

Alors que la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, a endossé le rôle de négociatrice dans la crise au Proche-Orient, les spéculations vont bon train, à Washington, sur qui prendra sa relève lorsque son mandat de numéro un de la diplomatie américaine prendra fin début 2013.

Malgré les demandes insistantes de Barack Obama, Hillary Clinton a répété qu'elle ne souhaite pas effectuer un nouveau mandat au Département d'État.

La liste des successeurs potentiels d’Hillary Clinton se résume principalement à deux noms : Susan Rice et John Kerry. La première est actuellement ambassadrice des États-Unis auprès des Nations unies. Elle est réputée pour son verbe acéré et son impassibilité. Le second, sénateur expérimenté du Massachusetts, a été le candidat démocrate malheureux à la Maison Blanche en 2004.

"Rice est une femme d’action qui aime saisir à bras-le-corps les problèmes les plus difficiles. Elle est connue pour jouer carte sur table, sans faire d’entourloupes, décrit Peter Mandaville, politologue à l’université de George-Mason, en Virginie, et ancien conseiller au Département d’État américain. De son côté, John Kerry a un véritable poids diplomatique et un solide carnet d’adresses à l’étranger. Il abordera les négociations avec un tout petit peu plus de légèreté. Mais il confiera peut-être le sale boulot à des assistants.”

Autre différence soulignée par le politologue : l'un a occupé des fonctions de leader politique, l'autre non. "Kerry a tenu diverses fonctions de responsable politique, donc il est plus facile de savoir à quoi s'attendre. Pour Susan Rice en revanche, difficile de faire des prévisions."

À Washington, Rice est pourtant donnée favorite pour le poste (Kerry pourrait se voir offrir le poste de secrétaire d’État à la Défense en guise de consolation). Mais un fait important pourrait faire obstacle à sa nomination : ses commentaires publics controversés après l’attaque meurtrière contre l’ambassade américaine survenue à Benghazi, en Libye, il y a deux mois.

Des critiques, en privé comme en public

Des sénateurs républicains influents, dont l’ex-candidat à la présidence John McCain, ont vivement critiqué Susan Rice pour avoir déclaré, à la télévision, que l’assaut contre le consulat de Benghazi n'était peut-être pas une attaque terroriste planifiée, comme estimé par la Maison Blanche, mais une réaction de protestation spontanée. "Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour l’empêcher de devenir secrétaire d’État", avait alors réagi John McCain dans une interview sur Fox News. "Elle a prouvé qu’elle n’a rien compris ou qu’elle refuse de voir les choses en face." Un avis partagé par un autre sénateur républicain, Lindsey Graham.

L’administration Obama, quant à elle, avait à l'époque volé à son secours, expliquant qu’elle n’était pas responsable de ses propos car elle avait simplement lu à l’antenne un texte préparé par des membres du renseignement américain. Lors de la première conférence de presse après sa réélection à la présidence américaine, début novembre, Barack Obama était d'ailleurs lui-même revenu sur l’incident : "Si John McCain ou d’autres républicains veulent s’en prendre à quelqu’un, ils doivent s’en prendre directement à moi, avait-il déclaré. L'ambassadrice à l'ONU n’a rien à voir avec l’incident de Benghazi et utiliser ceci pour nuire à sa réputation est proprement scandaleux."

Un soutien sans faille mais qui n'est pas sans risque, estime Peter Mandaville. "Obama devrait se méfier. En effet, McCain a grandement contribué à calmer les républicains les plus virulents à l'égard du président lorsque la Maison Blanche a eu besoin de leur appui dans certains dossiers internationaux sensibles comme le Moyen-Orient", avance-t-il

Les grandes figures du Parti républicain ne sont d'ailleurs pas les seules à s’opposer à la nomination de Rice. "Beaucoup de responsables de politique étrangère la détestent, souligne un officiel sous couvert d’anonymat auprès de FRANCE 24. Ils pensent qu’elle en demande trop et qu’elle n’a aucun sens de la diplomatie."

Kerry, un choix plus sage ?

Selon Peter Mandaville, de nombreux responsables en charge de la diplomatie américaine préféreraient John Kerry car sa personnalité conviendrait mieux au poste de secrétaire. En outre, le processus de nomination du sénateur du Massachusetts permettrait d'éviter des tensions entre les deux partis. 

Mais Barack Obama pourrait passer outre ces arguments. Depuis que Susan Rice a été conseillère durant sa première campagne présidentielle en 2008, le président est plus proche d'elle que de nombreux poids lourds de l'administration. Le profil de l’ambassadrice joue aussi en sa faveur : diplômée de Stanford et Oxford, elle a été conseillère de Bill Clinton sur les dossiers africains. À l’ONU, elle s’est fait un nom en contribuant au renforcement des sanctions contre la Corée du Nord et l’Iran. Kerry fut, certes, un allié précieux d’Obama au sein du Parti démocrate, mais il ne fait pas partie de ses intimes.

Si le président américain opte pour la continuité, Rice devrait être son choix "logique". "Elle serait en mesure de jouer un rôle généraliste comme Clinton, tandis que Kerry se concentrerait sans doute sur certains dossiers ou certaines régions. Mais quoiqu’il en soit, l’heureux élu va avoir du pain sur la planche…", conclut Peter Mandaville.

Première publication : 21/11/2012

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