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FRANCE

Affaire Bettencourt : Sarkozy sort du Palais de justice sans mise en examen

© AFP

Vidéo par Jonathan WALSH

Texte par Dépêche

Dernière modification : 23/11/2012

L'ancien chef de l'État, auditionné pendant plus de douze heures par les juges dans le volet "abus de faiblesse" de l'affaire Bettencourt, a été placé sous le statut de témoin assisté. Il échappe, par conséquence, à une mise en examen.

Nicolas Sarkozy a échappé jeudi à une mise en examen après une audition-fleuve de douze heures chez trois juges d’instruction à Bordeaux dans l’enquête sur la fortune de l’héritière de L’Oréal Liliane Bettencourt, qui aurait été en partie spoliée.

« Il a le statut de témoin assisté après une longue audition », a dit Me Thierry Herzog à Reuters par téléphone. Il n’a pas souhaité faire d’autre commentaire dans l’immédiat.

Le parquet a confirmé ensuite cette information dans un communiqué.

« Dans le cadre de l’information judiciaire suivie à raison de faits d’abus de faiblesse, d’abus de confiance aggravés, d’escroqueries aggravées au préjudice de Mme Liliane Bettencourt, les trois magistrats instructeurs co-saisis, ont recueilli l’audition de M. Nicolas Sarkozy (...) Au terme de cette audition, M. Nicolas Sarkozy s’est vu notifier le statut de témoin assisté », lit-on dans cette déclaration.

Ce statut hybride entre témoin simple et mis en examen signifie que Nicolas Sarkozy ne sera pas renvoyé devant le tribunal en fin d’information, s’il est maintenu d’ici là.

Un changement de statut vers une mise en examen est procéduralement possible d’ici la fin de l’instruction, mais cette hypothèse apparaît comme peu probable.

Deuxième ex-chef d’Etat de la Ve République à être convoqué par la justice pénale après Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy était arrivé en voiture peu après 09h00 (08h00 GMT) dans un palais de justice de Bordeaux surveillé par des centaines de policiers et assiégé par la presse.

Il est reparti de la même manière, sans faire de déclaration, ont constaté des correspondants de Reuters.

L’ancien président nie toute malversation dans ce dossier qui a mis au jour de nombreux abus de la fortune de la milliardaire et permis de découvrir des retraits en espèces de quatre millions d’euros sur ses comptes suisses en 2007-2009.

Deux retraits jugés suspects

ces retraits, notamment deux de 400.000 euros en 2007, pourraient avoir servi à financer la campagne de l’ancien président en 2007, avec l’implication de tiers, comme l’ex-gestionnaire de fortune Patrice de Maistre, qui était membre du Premier cercle, club des donateurs fortunés de l’UMP, et l’ex-trésorier de l’UMP et ex-ministre du Budget Eric Woerth.

Les deux hommes sont mis en examen pour ces faits, mais l’implication de Nicolas Sarkozy suppose de recueillir des éléments le mettant en cause directement et personnellement.

Troisième fortune de France et 15e au monde avec environ 17 milliards d’euros, selon des classements de Challenges et Forbes, Liliane Bettencourt est en état de démence depuis 2006 au moins selon une expertise versée au dossier. Elle a été placée sous tutelle de sa famille en 2011.

Le juge Gentil a saisi les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, des agendas qui attestent l’existence d’une visite chez les Bettencourt le 24 février 2007, au moment d’un des retraits suspects.

Nicolas Sarkozy admet l’existence de cette visite mais a expliqué dans les médias qu’il s’agissait d’un simple déplacement de courtoisie. Il estime que la validation de ses comptes de campagne par le Conseil constitutionnel prouve qu’ils étaient exempts de reproches.

Un carnet du photographe François-Marie Banier, ancien proche de la milliardaire, prête ces mots à l’héritière en 2007 : « De Maistre m’a dit que Sarkozy avait encore demandé de l’argent. J’ai dit oui ».

D’autres coïncidences de dates sont relevées, notamment des rencontres entre Eric Woerth et Patrice de Maistre.

Le juge se penche aussi sur une visite en 2008 de Liliane Bettencourt et Patrice de Maistre à l’Elysée, puis de Patrice de Maistre seul, au moment d’autres retraits de plusieurs millions.

Plusieurs années de procédure ?

Le bureau de Nicolas Sarkozy et son domicile ont été perquisitionnés l’été dernier. Des proches, Philippe Courroye, l’avocat Thierry Herzog, l’ancien secrétaire général de l’Elysée Xavier Musca et son ex-conseiller pour la justice Patrick Ouart, ont été entendus comme témoins à propos d’éventuelles pressions exercées sur la justice.

Les enregistrements de conversations effectués au domicile de Liliane Bettencourt par son majordome de 2009 à 2010 ont montré que l’Elysée a été informé des avancées de l’enquête initiale du procureur de Nanterre Philippe Courroye, dessaisi en 2010.

Retiré de la politique, Nicolas Sarkozy donne des conférences mais un retour pour la présidentielle de 2017 est possible. D’autres affaires le menacent.

Longtemps intouchable en justice, le personnage du chef d’Etat français est tombé de son piédestal le 15 décembre 2011 avec la condamnation de Jacques Chirac à deux ans de prison avec sursis pour des détournements de fonds publics commis dans les années 1990, quand il était maire de Paris.

REUTERS

Première publication : 22/11/2012

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