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Economie

Bribr, l’application qui traque la corruption en Russie

© Capture d'écran - Bribr.org

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 28/11/2012

L'application pour smartphones Bibr rencontre un certain succès en Russie. Elle permet aux Russes de signaler les actes de corruption auxquels ils sont confrontés. Mais le succès de l'application pourrait s'avérer n'être qu'un simple effet de mode.

Le slogan d’Apple est désormais bien connu : “There is an App for that” (il y a une application pour ça). Les Russes ont récemment découvert que leur iPhone ou iPad pouvait servir à dénoncer la “petite” corruption qui mine leur quotidien.

L’application en question s’appelle Bribr. Elle permet aux citoyens, depuis le 24 septembre, de signaler gratuitement depuis leur smartphone des pots-de-vin payés. La démarche est anonyme et offre la possibilité de préciser à quel organisme l’argent a été payé, son montant, à quoi le pot-de-vin a servi et où il a eu lieu. Mieux : à l’avenir les corrupteurs eux-même pourront apporter leur pierre à l’édifice, en témoignant des sommes qu’ils perçoivent illégalement. Aucun risque pour eux : ces informations sont simplement publiées en ligne sans être transmises aux autorités.

Dans un pays où ce fléau est endémique - d’après l’ONG russe Information Science for Democracy (Indem) elle coûte à la Russie plus de 300 milliards de dollars par an sur un PIB de 1 500 milliards de dollars - cette initiative séduit les foules.

Deux jours après sa sortie, l’application uniquement disponible en Russe avait déjà été téléchargée plus de 7 000 fois, selon le quotidien The Moscow Times.

Autre signe de son succès : environ deux mois après son lancement, le site internet de Bribr a déjà recensé plus de 6 millions de roubles (environ 150 000 euros) de pots-de-vin versés.

Jusqu’à un million de roubles

Cette application, selon la profession de foi de ces créateurs, a pour vocation “de montrer les chiffres, sans vouloir porter de jugements moraux”. Les 20 jeunes volontaires russes qui travaillent ensemble sur cette plateforme affirment ainsi, dans leur manifeste (en russe), que “le plus souvent, les pots-de-vin sont perçus et donnés parce que c’est ainsi que fonctionne le système en Russie aujourd’hui”.

Bribr permet, avant tout, d’établir une cartographie des pots-de-vin en Russie. La plupart des cas de corruption signalés concernent les “instituts” (universités, administrations, etc.), suivis par les entreprises et... les crèches.

Ces dessous-de-table sont surtout versés, d’après Bribr, pour obtenir de faux diplômes, des permis ou des autorisations pour exercer des activités professionnelles. “Tous ces actes dénoncés sont le reflet des problèmes sociaux auxquels doivent faire face les Russes, comme trouver une place en crèche ou obtenir que des travaux d’entretien soient réalisés dans un immeuble”, explique à FRANCE 24 Andrei Jvirblis, porte-parole du comité russe de Transparency International, une ONG de lutte contre la corruption.

Le résultat permet également une ébauche de localisation géographique de cette “petite” corruption. Moscou et sa région domine avec plus de 70 cas signalés, tandis que seuls sept cas ont été répertoriés à Saint-Pétersbourg. Le pot-de-vin le plus important dénoncé à ce jour - d’un montant de 1 million de rouble (25 000 euros) - a été versé le 21 novembre 2012 à une entreprise moscovite. La grande majorité des cas qui figurent sur cette carte ne dépasse pas les 1 000 roubles (25 euros).

Mode

Reste qu’il ne faut pas non plus surestimer l’impact social de cette application. Ses avantages principaux, la simplicité et l’anonymat, peuvent aussi se transformer en inconvénients. Rien ne garantit, au final, la véracité des actes dénoncés. Règlements de comptes, jalousie ou autres rancœurs : autant de motifs qui pourraient inciter à entacher la réputation d’une institution ou de l’école du coin.

Ensuite, il peut aussi y avoir un effet mode qui, au final, risque de faire long feu. “C’est amusant à faire, mais s’il n’y a pas de conséquence, le gens se lassent vite”, a ainsi souligné au Moscow Times Yelena Panfilova, responsable de Transparency International Russie. Plusieurs autres initiatives russes du même genre - comme une tentative en mars 2011 d’établir une cartographie de la corruption baptisé vzyatka.crowdmap.com - ont ainsi dû fermer boutique après avoir connu un grand engouement au cours des premières semaines de son existence.

Mais dans un pays qui pointe à la 143e place sur 184 au classement annuel de Transparency International, l’émergence de solutions innovantes sur smartphones ou sur le web “peut à moyen terme changer la donne”, espère Andrei Jvirblis. Pour lui, il faut simplement ne pas mettre la charrue avant les boeufs. “Il faut d’abord faire un travail d’éducation sur l’utilisation de ces technologies et leur utilité potentielle pour lutter contre la corruption”, affirme-t-il. C’est seulement après, selon lui, que les Bribr et consœurs pourront permettre de réduire ce fleau qui mine le pays.

Première publication : 28/11/2012

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