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L'opinion de
Sylvain ATTAL

Sylvain ATTAL
Chroniqueur international

La Palestine, entre guillemets

Le 30-11-2012

Le vote de l’Assemblée générale de l’ONU, 65 ans jour pour jour après le partage de la Palestine mandataire qui donna naissance à Israël, répare une terrible erreur historique. En 1947, considérant cette décision comme nulle et non avenue, les pays arabes étaient persuadés de régler en quelques jours le problème de "l’entité sioniste". On connaît la suite.

En rejetant ce vote avec des arguments d’opportunité, Israël fait preuve du même excès de confiance et accepte de s’afficher dans cette enceinte matricielle, dans un isolement diplomatique, qui tourne au pathétique (9 voix contre - dont la sienne et celles de la Micronésie et des îles Marshall !). La langue de bois de Mme Clinton, les éructations de crécelle de l’ambassadrice américaine Susan Rice, pour lesquelles cette décision "ne va que compliquer la recherche de la paix", ne rendent pas rationnelle cette position.

Si l’on ne saurait prévoir ce que ce statut étatique va changer à la vie quotidienne de millions de Palestiniens, on ne voit pas non plus ce qu’il va aggraver tant la situation est bloquée. Ce n’est pas le vote lui même qui pourrait aggraver les choses, mais plutôt la manière dont vont réagir les protagonistes. S’ils commettent de nouvelles provocations, elles déboucheront sur de nouveaux affrontements. S’ils gardent la tête froide, il peut en sortir du bon.

Il faudrait que plusieurs conditions soient remplies

- Que les Palestiniens ne se grisent pas de cette incontestable victoire diplomatique. S’il était inimaginable qu’ils acceptent de renoncer aux quelques prérogatives que leur confère cette reconnaissance internationale (en particulier la possibilité de poursuivre Israël devant la Cour pénale internationale), ils seraient bien inspirés d’en faire un usage modéré, voire de ne pas en user du tout dans un premier temps.

Car des violences, des crimes de guerre, il y en eu des deux côtés au cours de ce conflit interminable. Certes, la puissance d’Israël, sa position de vainqueur sur le terrain donne souvent le sentiment d’une disproportion dans l’usage de la force. Il n’est pas facile de faire un usage raisonné de sa puissance, quand son existence est en jeu. Mais que voudrait-on ? qu’Israël ne mette pas tous les moyens dont il dispose pour assurer sa sécurité ?

Ensuite, à quoi servirait une guérilla juridique interminable, sinon à nourrir les haines et le ressentiment ?

En revanche, si les dirigeants palestiniens modérés, Mahmoud Abbas et son Premier ministre Salam Fayyad qui ont tant œuvré ces dernières années pour construire une infrastructure étatique en Palestine comprennent que cet "État" (les guillemets s’imposent encore, tant que sa souveraineté n’est pas établie) leur donne des droits mais aussi des responsabilités, ils auront réellement rendu service à leur cause, et à leur peuple.

- Qu’Israël se garde de toute "sur-réaction", comme cette annonce d’une accélération des constructions de logements en Cisjordanie ou à Jérusalem, ou de toute sanction politique ou financière contre le nouvel "État", tant qu’il n’est pas agressé. Jérusalem devrait ensuite saisir cette nouvelle chance de pouvoir traiter pratiquement d’égal à égal avec un interlocuteur qui a, plus que jamais, le devoir de ne pas décevoir. Il est même regrettable que le gouvernement israélien n’ait pas vu l’intérêt qu’il pouvait tirer d’un soutien à l’initiative Abbas, et même - comme l’a rêvé l’écrivain David Grossman - à être un des premiers pays à soutenir sa demande. Après tout, l’ancien Premier ministre Ehoud Olmert, qui a bien compris qu’il n’y avait "aucune raison de s’opposer à cette demande, conforme à une solution à deux États" ne peut guère être qualifié d’idéaliste.

Une fois ces questions de prestige et de statut derrière eux, Israéliens et Palestiniens n’auraient plus qu’une seule chose à faire : s’asseoir autour d’une table et définir la frontière entre leurs deux États.

 

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