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EUROPE

Belfast : L'Union Jack décroché de la mairie, s'ensuit une nuit d’émeutes

©

Texte par Gaëlle LE ROUX

Dernière modification : 04/12/2012

Belfast, capitale d’Irlande du Nord, a connu dans la nuit de lundi à mardi une flambée de violence. Un millier de loyalistes se sont révoltés contre la décision du conseil municipal de retirer le drapeau britannique de la façade de l’Hôtel de Ville.

Dix-huit personnes blessées, dont 15 policiers, pour… une histoire de drapeau. Une manifestation devant l’Hôtel de Ville de Belfast, capitale d’Irlande du Nord, a tourné à l’émeute dans la nuit du 3 au 4 décembre. Un millier de loyalistes, favorables au maintien de l’Irlande du Nord dans le Royaume-Uni, venus protester contre le retrait de l’Union Jack de la façade de la mairie, se sont violemment heurtés aux forces de l’ordre.

À coups de brique, de balle de golf, de bouteille et de cocktail Molotov lancés sur la police, les manifestants ont tenté – sans y parvenir – de pénétrer dans l’Hôtel de Ville, où siégeait le conseil municipal. Les loyalistes, dont les visages étaient masqués par des écharpes, ont tenté d’enfoncer la porte arrière du bâtiment. D’autres ont forcé les barrières de fer et s’en sont pris au personnel de sécurité avant de détruire plusieurs voitures garées dans l’enceinte de la mairie. Un peu plus tard, les violences se sont étendues dans l’est de la ville, dans le quartier à majorité catholique de Short Strand, où les loyalistes ont lancé des cocktails Molotov contre l’église St Matthew.

L’Union Jack au cœur de la discorde

Cette flambée de violence a éclaté après plusieurs semaines de tensions dans Belfast. Au cœur de la discorde : le projet des conseillers municipaux républicains, favorables au rattachement de l’Irlande du Nord à la République irlandaise, de retirer définitivement le drapeau britannique de la mairie, érigé depuis 1906, ainsi que de plusieurs autres bâtiments gouvernementaux. Finalement, le Sinn Fein, le parti nationaliste nord-irlandais, a accepté un compromis : l’Union Jack ne sera déployé sur le fronton de la mairie que 17 jours par an. L’arrêt municipal a été voté lundi soir à 29 voix pour, 21 contre.

"Nous voulons mettre un terme à la suprématie unioniste [loyale à la couronne britannique, ndlr]", a expliqué Jim McVeigh, numéro un du groupe Sinn Fein, à l’ouverture du conseil municipal. "Le Sinn Fein est un parti républicain irlandais, a-t-il ajouté. Nous avons fait allégeance à un autre drapeau. Nous continuons à lutter pour une Irlande unie. Mais ce soir, nous allons voter pour l’égalité et le respect mutuel. En tant que républicain, nous rejetons la notion selon laquelle un peuple autre que les Irlandais sont souverains. Notre préférerions ne pas voir de divisions. Nous voulons regarder vers l’avenir, pas vers le passé".

Les partis unionistes du conseil ont voté contre l’amendement. Dans la soirée, Jim Rodgers, maire unioniste de la capitale d’Irlande du Nord, ne s’est pas montré surpris par l’explosion de violence dans les rues de sa ville. "Il y a une grande colère, a-t-il déclaré. Je ne peux pas tolérer cette violence mais les gens ne réalisent pas à quel point ce sujet [le drapeau sur la façade de la mairie, ndlr] préoccupe la population". Des propos auxquels le Premier ministre d’Irlande du Nord, Peter Robinson, a fait écho mardi dans la matinée : "Il n’y a aucune excuse aux attaques sur les forces de l’ordre, les employés municipaux et les biens publics, a-t-il déclaré au cours d’une conférence de presse", ajoutant cependant qu’à ses yeux, "la décision d’enlever le drapeau flottant au-dessus de la mairie et des immeubles municipaux, malgré les mises en garde des conséquences indirectes probables de cet acte sur les relations communautaires, était idiote et provocatrice".

"La crise cristallise les problèmes sociaux"

L’Irlande du Nord, province britannique semi-autonome, a connu 30 années de violences intercommunautaires au cours desquelles quelque 3 500 personnes ont été tuées. Depuis la signature des accords du Vendredi saint en 1998, et la formation d’un gouvernement composé de protestants et de catholiques, le climat s’est considérablement apaisé dans la région. Cependant, des violences sporadiques persistent, illustrant les profondes divisions au sein de la société nord-irlandaise. Cet été, notamment, la région a connu un regain de tension sensible, républicains et loyalistes multipliant les provocations cet été. Début septembre, les loyalistes ont violemment affronté, trois jours durant, les forces de l’ordre, blessant notamment plusieurs dizaines de policiers.

Rien à voir cependant, selon Pauline Beaugé de la Roque, chercheuse associée à l’Université de Cork, spécialiste de l’Irlande, avec les vagues d’attentats qui ont secoué la province dans les années 70 et 80. "Le conflit n’est pas réglé, mais on n’en est plus du tout à l’extrême violence que la province a connue, estime la chercheuse. Je ne crois vraiment pas que l’Irlande soit en train de sombrer à nouveau. Mais depuis six mois, la situation en Irlande du Nord ne s’est pas apaisée. Il ne faut pas oublier que l’année 2012 a marqué le quarantième anniversaire du Bloody Sunday [le 30 janvier 1972, 14 catholiques nord-irlandais ont été tués par l’armée britannique alors qu’ils manifestaient pacifiquement, ndlr]. Les anniversaires de ce type, ce n’est jamais très bon, ils provoquent des regains de tension. Et puis la crise, que l’Irlande subit de plein fouet, cristallise les problèmes sociaux. Si les gens avaient un travail, ils auraient sûrement d’autres préoccupations que de se promener dans la rue avec les Kalachnikov".
 

Première publication : 04/12/2012

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