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Quand le rêve bollywoodien d'une Afghane défigurée à l'acide devient réalité

© AFP

Texte par Leela JACINTO

Dernière modification : 06/12/2012

Défigurée à l'acide par un soupirant éconduit en 2011, Samira, une Afghane de 18 ans, a réalisé son rêve le 2 décembre : rencontrer son idole de Bollywood.

C'est une histoire digne d'Hollywood ou plutôt de Bollywood. Samira (le prénom a été modifié), une jeune femme de 18 ans défigurée à l'acide en Afghanistan, a réalisé son rêve : rencontrer son héros, l'une des plus grandes stars du cinéma indien, l'acteur Akshay Kumar, à New Delhi, la capitale indienne.

"Elle était sans voix", explique à FRANCE 24 depuis New Delhi le Dr Muzhgan Nuzhat. "Akshay Kumar lui a même demandé pourquoi elle était silencieuse. Sa jeune sœur lui a répondu qu’elle l’aimait tellement que lorsqu’il est mort dans le film Dosti en 2005, Samira ne pouvait plus s’arrêter de pleurer. Il a éclaté de rire et lui a dit : 'C’était juste du cinéma : regarde je suis en vie, tout va bien'".

Un an après son agression, Samira a réalisé son rêve

Ces 30 minutes marquent l'aboutissement  d'un long périple dans un pays où de nombreux progrès ont été faits en matière de droit des femmes. Le cauchemar de Samira a commencé le 28 novembre 2011. Des hommes armés débarquent chez elle, à Kunduz dans le nord de l’Afghanistan, lui jettent de l'acide au visage pour la défigurer. Son père est battu, sa mère et ses deux jeunes sœurs sont aspergées en même temps.

Parmi les assaillants figure un prétendant qui avait demandé la main de Samira mais auquel le père de la jeune fille avait opposé une fin de non recevoir. L’homme et ses frères, membres d’une milice locale, ont décidé de se venger après avoir appris que Samira était fiancée à un autre jeune homme.

Quelques jours après l’agression, quatre hommes ont été arrêtés dont le frère aîné du soupirant éconduit, lui est toujours en fuite. Ils ont écopé de 12 ans de prison en vertu de la loi réprimant les violences faites aux femmes adoptée en 2009. Ce texte criminalise le mariage des enfants, le mariage forcé, les attaques à l’acide contre les femmes, mais aussi la pratique qui consiste à battre une femme pour mettre fin à une dispute aussi appelée "baad" en Afghanistan. Bien que la loi soit de plus en plus appliquée, la commission afghane des droits de l’Homme a enregistré 2 299 cas de maltraitance entre mars 2010 et mars 2011. Mais seuls 7 % de ces cas ont abouti à des poursuites.

"Nous constatons de plus en plus d’arrestations pour des faits de violence contre les femmes, souligne Maniza Naderi, directrice de l’association Femmes pour les Afghanes basée à Kaboul. En dix ans, la police afghane a énormement évolué. Nous le constatons au quotidien."

"Avant, ils voulaient seulement mettre les femmes en prison. Ils pensaient que quitter le domicile conjugal, fuir la violence était un crime. Aujourd’hui, ils nous appellent quand ils ont un cas. Ils ne gardent pas les victimes au poste de police mais les conduisent dans des foyers. Les policiers ne sont pas toujours irréprochables mais ils sont désormais moins dans le jugement et davantage sensibilisés à la problématique des femmes", conclut Maniza Naderi.

Un an a passé depuis l'agression de Samira. Elle va mieux depuis que le gouvernement indien a accepté de prendre en charge ses frais de santé, y compris les voyages à l’hôpital de New Dehli pour ses opérations de chirurgie réparatrice et ses soins post-opératoires.

Au lendemain de sa rencontre avec son idole bollywoodienne, la famille de Samira et tous ceux qui l'ont soutenue ont eu du mal à préserver son identité de peur de représailles.

Malgré le retrait annoncé des troupes de l’Otan en 2014, Maniza Naderi reste optimiste pour l'avenir des femmes. "Le gouvernement dit vouloir négocier avec les Taliban. S’ils reviennent au pouvoir, il y aura probablement un retour en arrière mais je reste optimiste. Si nous avons un gouvernement élu et des représentants, tout ce que nous avons acquis ses dix dernières années ne sera pas perdu".


 

 

Première publication : 05/12/2012

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