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FRANCE

Le spermatozoïde français, une espèce en voie de disparition ?

© AFP

Texte par Gaëlle LE ROUX

Dernière modification : 06/12/2012

Une étude menée par cinq chercheurs français, rendue publique ce mercredi, démontre une très nette détérioration de la qualité du sperme chez les Français. Des chiffres alarmants qui ne se traduisent pas forcément par une baisse de la fertilité.

La qualité du sperme des Français est en baisse. Une gigantesque étude, menée sur plus de 26 600 hommes sur une période de 17 ans, entre 1989 et 2005, démontre une réduction "significative" de la concentration et la normalité du sperme chez les hommes français. Les chiffres, publiés mercredi 5 décembre dans la revue britannique "Human Reproduction", font froid dans le dos : en 17 ans, le nombre de spermatozoïdes présents dans le liquide séminal a diminué de près d’un tiers et 33,4 % d'entre eux présentent désormais des anomalies.

"Pour être honnête, je ne m’attendais pas à avoir des chiffres aussi parlants", assure Jacques de Mouzon, co-auteur de l’étude, épidémiologiste à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), joint par FRANCE 24. Dans un communiqué commun, les cinq auteurs se montrent pour le moins pessimistes : "À notre connaissance, c’est la première étude concluant à une diminution sévère et générale de la concentration du sperme et de sa morphologie à l’échelle d’un pays entier et sur une période importante, ont-ils déclaré. Ceci est une sérieuse mise en garde, ajoutent-ils. Le lien avec l’environnement en particulier doit être déterminé."

Des causes complexes et encore peu étudiées

Jacques de Mouzon s’interroge notamment sur l’impact des pesticides et de radiations ionisantes, ces rayonnements radioactifs produits par des industries ou lors certains actes médicaux (les radios, notamment). "Mais ce sont des suppositions. On a maintenant besoin de mieux étudier et de mieux expliquer les causes cette baisse de qualité du sperme", ajoute-t-il, avant de rappeler que le tabac, l’obésité et le stress sont scientifiquement connus pour nuire à la fécondité.

"En réalité, il est très complexe d’expliquer les raisons de ce phénomène", estime le professeur Louis Bujan, professeur de biologie médicale de la reproduction au CHU de Toulouse. "Car un individu peut être soumis à plusieurs expositions à la fois : un  fumeur qui travaille toute la journée au volant dans sa voiture neuve - il ne bouge donc pas beaucoup et respire les phtalates [un composant, ndlr] du plastique - et qui, le soir, bricole en s’exposant à des produits chimiques combine tout un tas de facteurs qui peuvent avoir des répercussions sur sa production de spermatozoïdes." Pour ce médecin, mener des études plus larges sur le sujet devient urgent. "Il faudrait une véritable volonté de financer des études. Il n’y en a pas eu assez pour le moment", déplore-t-il.

Pour l’heure, le constat est là : chez un homme de 35 ans, le nombre de spermatozoïdes est passé, en l’espace de 17 ans, de 73,6 millions par millilitre de sperme à 49,9 millions en moyenne. Selon l’OMS, un homme est considéré comme infertile - mais pas forcément stérile - sous la barre des 15 millions de spermatozoïdes par millilitre, mais selon certaines études des concentrations inférieures à 55 millions par millilitre influent négativement sur le temps mis à procréer.

"La fertilité, c’est une histoire de couple"

Si le reste du monde suit la tendance française, l’espèce humaine serait-elle menacée ? "C’est aller un peu loin, estime Jacques de Mouzon. Il y a effectivement lieu de s’inquiéter parce qu’à long terme, la baisse de la qualité du sperme peut se traduire par une baisse de la fertilité, mais pour l’instant, ça ne se vérifie pas."

Une analyse que partage une très large majorité des praticiens interrogés par FRANCE 24. "Ce n’est pas parce que votre spermogramme [examen d’analyse de la qualité du sperme, ndlr] est mauvais que vous êtes forcément infertile", assure ainsi Sophie Mirallié, praticienne hospitalier en biologie de la médecine de la reproduction au Centre d'étude et de conservation des spermatozoïdes et des œufs humains (Cecos) des Pays de la Loire. "Si vous faisiez un spermogramme de tous les pères de famille que vous croisez dans la rue, je pense que vous seriez très surpris… La fertilité, c’est une histoire de couple. Le spermogramme est un examen de laboratoire qui n’est pas prédictif de la fertilité, il faut relativiser, et surtout, ne pas faire de catastrophisme". Et pour cause : en 2012, le taux de fécondité français est resté l’un des plus élevés d’Europe, avec une moyenne dépassant les deux enfants par femme.
 

Première publication : 05/12/2012

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