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FRANCE

Le retrait du groupe Enel s'ajoute aux malheurs de l'EPR de Flamanville

©

Vidéo par Axelle SIMON

Texte par Dépêche

Dernière modification : 05/12/2012

Après l'annonce du nouveau surcoût de 2 milliards d'euros pour la construction de l'EPR de Flamanville, le groupe italien Enel a annoncé mardi son retrait du projet. En réaction, l'action EDF a enregistré la plus forte baisse de l'indice CAC 40.

Le groupe italien Enel a annoncé mardi son retrait du projet de construction de l'EPR de Flamanville (Manche), au lendemain de l'annonce d'une nouvelle augmentation du coût de la construction de ce réacteur nucléaire de dernière génération, qui avoisine
désormais 8,5 milliards d'euros.

Enel, qui participe à hauteur de 12,5% à ce projet, a ajouté qu'il allait être remboursé à hauteur d'environ 613 millions d'euros au titres des investissements déjà engagés, soulignant toutefois qu'il restait présent en France.

"Le marché français demeure stratégique pour le groupe Enel qui continuera à y être actif grâce à sa présence diversifiée dans les activités de négoce d'énergies renouvelables, de gaz et d'électricité", a-t-il dit dans un communiqué.

L'action EDF (-2,3% à 13,97 euros) a accusé mardi la plus forte baisse de l'indice CAC 40 à la Bourse de Paris, la question de la rentabilité de l'EPR étant désormais
largement posée.

EDF, qu n'a pas réagi dans l'immédiat au retrait d'Enel, a annoncé lundi soir que le coût de construction de l'EPR de Flamanville avait augmenté de deux milliards d'euros, atteignant ainsi 8,5 milliards d'euros en tenant de l'inflation, contre 3,3 milliards prévus initialement en 2005.

"C'est un montant assez gros et le coût paraît exorbitant. Après un rapide calcul, le coût complet de production serait de 105 euros par MWh, soit le double du prix actuel de l'électricité", observe Per Lekander, analyste chez UBS.

"D'une certaine manière, les dernières 24 heures ont tué le nucléaire français. Avec de tels coûts, l'exportation est impossible et maintenant vous avez un des rares partenaires qui se retire. C'est très mauvais signe", ajoute-t-il.

Sur le marché spot de l'électricité, le contrat français pour mercredi se négocie à 57,50 euros en fin d'après-midi, en hausse de 8%.

"Cela semble impossible pour l'Angleterre d'accepter un tel prix et cela pourrait bien signifier la fin de l'EPR en Angleterre", prévient l'analyste d'UBS.

EDF Energy, filiale britannique d'EDF, négocie actuellement avec les autorités britanniques les conditions d'implantation de deux réacteurs EPR au Royaume-Uni. Le groupe envisage d'y construire jusqu'à quatre EPR.

Outre celui de Flamanville, trois autres EPR sont en construction : un en Finlande, où le projet accuse également retard et surcoûts, et deux en Chine, où le chantier progresse selon le calendrier établi.

La France cherche par ailleurs à vendre deux réacteurs EPR supplémentaires à la Chine.

Enel avait signé en novembre 2007 un accord stratégique avec EDF portant sur une coopération sur la centrale de Flamanville et sur cinq autres éventuels projets d'EPR en France.

Paris espère en outre finaliser la vente de deux EPR à l'Inde.

Des coûts "sous-évalués" au départ

En 2005, EDF avait estimé le coût de la construction de l'EPR de Flamanville à 3,3 milliards d'euros, puis l'avait revu à quatre milliards en 2008 et à six milliards en 2011.

"Ce sont encore des milliards qui viennent s'ajouter à d'autres pour une société qui est déjà en difficulté sur le plan financier avec pas mal de dette", observe de son côté un vendeur actions à Paris.

EDF affiche l'un des ratios de dette à long terme sur fonds propres les plus élevés du CAC 40, à 137%, contre 59% en moyenne pour les principales valeurs françaises.

En Bourse, le titre EDF perdait 2,5% à 13,95 euros vers 15h00, tandis que l'indice CAC 40 progressait de 0,4%.

Alors qu'une partie des écologistes pressent le gouvernement d'arrêter la construction de ce réacteur, la ministre de l'Ecologie et de l'Energie a insisté mardi sur le fait que le
calendrier du projet serait tenu, ajoutant qu'EDF jouait "la transparence".

"Le calendrier d'ouverture en 2016 sera tenu. Nous sommes maintenant dans une phase où 93% des travaux de génie civil - du gros oeuvre - sont réalisés", a déclaré Delphine Batho à la presse, à l'issue d'un séminaire gouvernemental.

La ministre a fait valoir que les coûts du projet avaient été "sous-évalués" au départ et qu'il fallait tenir compte du fait que l'EPR de Flamanville était le premier réacteur de ce
type.

Denis Baupin, vice-président du groupe Europe Ecologie-Les Verts à l'Assemblée nationale, appelle pour sa part le président François Hollande à "arrêter les frais".

"M. le président, puisque le destin de l'EPR de Flamanville est déjà scellé, pourquoi ne pas arrêter les frais dès maintenant et économiser des milliards d'argent public dont
notre économie a tant besoin par ailleurs ?", écrit-il dans un communiqué.

REUTERS

Première publication : 05/12/2012

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