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Moyen-orient

Les relations germano-israéliennes, un "trésor" en péril ?

© AFP

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 05/12/2012

Benjamin Netanyahou et Angela Merkel doivent se rencontrer à Berlin, une semaine après l'abstention de l'Allemagne lors du vote sur la Palestine à l'ONU. De quoi mettre à mal les relations jusqu'alors "excellentes" entre les deux pays.

C’est un dîner tendu qui attend ce mercredi 5 décembre à Berlin la chancelière allemande, Angela Merkel, et son homologue israélien, Benjamin Netanyahou. Pour ne pas dire indigeste lorsqu'on sait que l'abstention de l'Allemagne lors du vote à l'ONU sur le passage du statut de l'Autorité palestinienne au rang d’État observateur a été plutôt mal accueillie par le Premier ministre israélien.

"Je manquerais de franchise si je ne disais pas que j'ai été déçu par le vote de l’Allemagne, comme beaucoup de monde en Israël […] Malgré les bonnes intentions de cette abstention, la chancelière a provoqué le contraire [de ce qu'elle recherchait], elle a rejeté la paix", a affirmé, mercredi, Benjamin Netanyahou dans une interview au journal Die Welt.

"Discussion franche entre amis"

Pour ne rien arranger, la chancelière allemande a estimé, lundi, que la politique menée par Israël vis-à-vis de la Palestine commençait à devenir "inquiétante". La construction de 3 000 logements israéliens dans la fameuse zone "E1" - une zone ultra sensible à l’est de Jérusalem - n'est pas étrangère à l’irritation d'Angela Merkel. "Israël sape la confiance dans sa volonté de négociations", a déclaré Steffen Seibert, le porte-parole de la chancellerie.

Soucieuse toutefois de ne pas trop dégrader la relation privilégiée qui unit les deux pays - un "trésor précieux", selon les termes qu'avait employés la chancelière en 2006 -, Angela Merkel a annnoncé via un communiqué qu’elle comptait avoir une "discussion franche entre amis". Une façon diplomate de dire qu'un dialogue plutôt musclé attend les deux politiques, selon le quotidien israélien Haaretz. "La chancelière devrait laisser à Benjamin Netanyahou l’alternative suivante : choisir entre la promotion du processus de paix et la création d'un État palestinien ou un grave isolement d'Israël sur la scène internationale", peut-on lire dans le journal daté de ce mercredi.

Une "évolution" des relations germano-israéliennes

Voilà pour l’ambiance. Pour autant, ce "trésor précieux", est-il réellement en danger ? Sans doute pas, nuance Jean-Yves Camus, chercheur en sciences politiques à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris). Selon lui, il n’existe pas de "réelle dégradation des relations germano-israélienne". À la terminologie "refroidissement" diplomatique, il préfère d’ailleurs celle d’"évolution". "L’Allemagne reste le pays européen le plus fidèle à Israël", explique-t-il en rappelant à ce titre que Berlin ne s’est pas opposé frontalement à Tel Aviv. "Les Allemands n’ont pas non plus voté 'oui' pour l’obtention d’un rehaussement de statut de la Palestine, ils se sont abstenus. C’est une différence notable". D'après lui, donc, la "complicité" germano-israélienne est quasiment intacte.

Il est vrai aussi que le gouvernement allemand n’a pas convoqué l’ambassadeur d’Israël, au lendemain de l’annonce de la construction des 3 000 logements, contrairement à la France et au Royaume-Uni. Et le pays n’a pas freiné son partenariat économique, technologique et scientifique avec Israël. "L’hebdomadaire allemand Der Spiegel a révélé la semaine dernière la livraison secrète de sous-marins allemands à l’État hébreu. C’est bien la preuve d’une promiscuité évidente entre les deux pays", estime Jean-Yves Camus.

"La culpabilité ne peut plus être un moteur de décision"

En fait, poursuit le spécialiste, Berlin n’a fait "que" contester, à l’instar de la communauté internationale, la politique "très particulière" et "particulièrement offensive" du gouvernement israélien. Il était impossible pour l’Allemagne de s’isoler complètement de ses partenaires. "Angela Merkel ne peut approuver la construction de logements dans la zone 'E1', même les États-Unis s’y opposent !" justifie Jean-Yves Camus.

Il n’empêche que cette petite "mutinerie" diplomatique est une première. L’Allemagne ne s’est presque jamais fâchée avec l’État hébreu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le passé nazi de l’Allemagne, responsable de la mort de 6 millions de Juifs, est un fardeau idéologique que tous les gouvernements allemands ont tenté d’expier depuis 1945 - depuis la tombée à genoux de l'ancien chancelier Willy Brandt devant le Mémorial du ghetto de Varsovie en 1970 en passant par la "réparation" financière que la République fédérale d'Allemagne (RFA) à Israël jusque dans les années 1970. Cette catharsis officielle avait permis à Berlin de se racheter une honorabilité perdue. "Mais le temps avance, conclut Jean-Yves Camus. Et la culpabilité ne peut plus être un moteur de décision."
 

Première publication : 05/12/2012

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