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Afrique

Affaire Firmin Mahé : le procès des militaires français laisse Abidjan perplexe

Vidéo par Philomène REMY

Texte par Charlotte OBERTI

Dernière modification : 07/12/2012

Le verdict du procès des quatre soldats français accusés du meurtre de l’Ivoirien Firmin Mahé doit être rendu vendredi à Paris. En Côte d’Ivoire, la population apparaît désabusée et aurait préféré que le procès ait lieu dans son pays.

Sept ans après les faits survenus en Côte d'Ivoire, quatre anciens soldats français de la force Licorne comparaissent devant la justice parisienne. Le verdict, rendu vendredi 7 décembre, doit déterminer leur responsabilité dans le meurtre en 2005 de Firmin Mahé, un “coupeur de routes” ivoirien.

Cinq ans ferme à six mois avec sursis requis contre les militaires français

Des peines de prison de cinq ans ferme à six mois avec sursis ont été requises jeudi à l'encontre des quatre anciens militaires français : le colonel Eric Burgaud, l'adjudant-chef Guy Raugel, le brigadier-chef Johannes Schnier et le brigadier Lianrifou ben Youssouf.

Pour "complicité d'homicide volontaire pour instigation", cinq ans de prison ferme ont été requis contre le colonel Eric Burgaud, ancien officier dans les chasseurs alpins. Contre l'adjudant-chef Guy Raugel, qui avait exécuté l'ordre, l’avocate générale a demandé cinq ans de prison dont trois ferme.

Celui-ci a été étouffé à l’aide d’un sac en plastique, alors qu’il était rapatrié, blessé, dans un véhicule blindé. L'adjudant-chef Guy Raugel a admis l’avoir exécuté. Le colonel Eric Burgaud, après avoir nié les faits, a finalement reconnu avoir transmis à ses hommes l'ordre que Mahé n'arrive pas vivant à destination. Un ordre qu’il aurait tenu du général Henri Poncet, commandant de la force française Licorne à l'époque, qui lui aurait dit : "Roulez doucement... vous m'avez compris".

“La France devrait les décorer”

Dans la presse ivoirienne, peu de lignes sur l’affaire Mahé. Considéré par les militaires français et une partie de la population comme un dangereux bandit dépouillant les voyageurs, Firmin Mahé sévissait dans la “zone de confiance”, située dans l’ouest du pays et placée sous le contrôle théorique des hommes de la Licorne pendant la guerre civile de 2005.

Mardi 4 décembre, Adèle Dito, ancienne adjointe au maire de la localité de Bangolo, appelée à la barre, a déclaré que “la France devrait décorer” les militaires plutôt que les condamner. "Mahé avait un groupe qui terrorisait la population", a-t-elle affirmé.

Une affirmation que relaie Stanislas Ndayichimié, correspondant de RFI en Côte d’Ivoire, joint par FRANCE 24. “Les gens vivant à l’ouest du pays ont presque salué la mort de Firmin Mahé, il y a sept ans,” explique-t-il.

“Un procès de la discipline”

Loin de vouloir décorer les soldats français, certains fustigent en revanche la tenue de ce procès à l’extérieur des frontières ivoiriennes. “Le fait que ces militaires français soient jugés à Paris pour un crime commis en Côte d’Ivoire, c‘est n’importe quoi!” lance Augustin Kuyo, rédacteur en chef de Notre Voie, un quotidien aux orientations pro-Gbagbo. “De plus, on ne cesse de répéter que Firmin Mahé était un coupeur de routes, mais peu importe! Que ce soit un bandit ou non, un meurtre est un meurtre.”

Pour Stanislas Ndayichimié, il s’agit d’un “procès de la discipline” au sein de l’armée française. Cette dernière s’est notamment illustrée par la fusillade de novembre 2004, devant l’hôtel "Ivoire" d’Abidjan, contre des manifestants.

Ainsi, au-delà des quatre soldats de la Licorne, c’est la présence française sur le sol ivoirien qui est visée. “Les peines requises contre les militaires sont ridicules [de cinq ans ferme à six mois avec sursis, ndlr], mais il fallait s’y attendre : les soldats des puissances occidentales qui sont en mission en Afrique ne sont jamais réellement inquiétés. Cette affaire est une belle illustration de la façon dont la France continue de traiter ses anciennes colonies...” tempête Augustin Kuyo.

Première publication : 06/12/2012

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