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SPORT

Le financier marocain qui voulait gravir l'Everest

© ©Tous droits réservés

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 11/12/2012

Financier pour un fonds d'investissement à Casablanca, Nacer Ibn Abdeljalil a pour passion les sports extrêmes. Après plusieurs marathons et ascensions, il s'est lancé pour prochain défi de devenir le premier Marocain à gravir l'Everest.

Nacer Ibn Abdeljalil est un superactif. Durant la journée, en costume cravate dans son bureau de Casablanca, il négocie des contrats pour un important fonds d’investissement marocain. Le soir venu, le financier enfile ses chaussures de course pour plusieurs kilomètres de jogging ou de vélo. "C’est un peu comme une drogue. Quand je ne fais pas de sport pendant une semaine, je suis tendu. C’est une souffrance, mais qui fait du bien", explique l’athlète.

Chaque semaine, le sportif s’entraîne entre 10 et 15 heures en plus de son travail quotidien. Une préparation intensive pour réaliser un exploit : devenir le premier Marocain à gravir l’Everest, le plus haut sommet du monde qui culmine à 8 848 m. J'"aime les challenges !", insiste-il avec passion. Depuis une dizaines d’années, Nacer a réussi à concilier carrière professionnelle et défis sportifs. Alors employé de la célèbre banque d’affaires américaine Morgan Stanley, il participe au début des années 2000 à ses premiers marathons à Londres et à Paris. C"’est à ce moment-là que j’ai rencontré un collègue qui venait de gravir le Mont McKinley (ndlr : qui culmine à 6 194 m) en Alaska. Je me suis rendu compte que le marathon ce n’était finalement pas grand chose", raconte-t-il.

L’immensité de la nature

Impressionné par cet exploit, Nacer décide de se mettre lui aussi à l’alpinisme. Pris par la fièvre des sommets, il enchaîne les ascensions : le Mont Blanc en 2003 (4 810 m), l’Aconcagua (6 959 m), le plus haut sommet des Amériques en 2005, le McKinley en 2007 et finalement le Toubkal (4 167 m), le point culminant du Maroc en 2009. Une série de performances qui lui font vivre des émotions intenses : "C’est vraiment un effort sur moi-même. Il y a aussi un côté spirituel voire philosophique. Vous vous retrouvez tout seul. On se sent vraiment tout petit devant l’immensité de la nature. En montagne, je suis euphorique. Je me détache de la vie de tous les jours".

Devenu "accro" à cette pratique extrême, le jeune homme s’est lancé pour objectif de gravir les "sept sommets", les montagnes les plus élevées du monde et notamment l’Everest, le graal de tout alpiniste. L’expédition au Népal est prévue pour la fin du mois de mars. Un véritable périple qui dure plus de deux mois : "On arrive d’abord à Katmandou, puis on fait un trek jusqu’au camp de base de l’Everest. Pendant trois semaines, on fait des parcours en zigzag pour s’acclimater. On revient ensuite en dessous du camp de base dans un village pendant quelques jours pour reprendre des forces. Et finalement, c’est le départ pour le sommet qu’on atteint en une semaine ou dix jours selon les conditions météo".

Le parcours pour gravir l'Everest


Une expédition coûteuse

Un exploit physique, mais aussi un défi économique. Pour gravir le toit du monde, il faut compter plus de 45 000 euros. "Il y a déjà un visa de 20 000 euros à verser au gouvernement népalais pour sauvegarder l’Everest et l’environnement. Il faut compter le matériel, les tentes, les sherpas, les porteurs, la nourriture et les guides. Pour une expédition de huit "clients", il y a une quarantaine de personnes en tout", estime Nacer, qui, pour financer cette ascension, à décider de faire appel à des sponsors : "Je pense que cela peut intéresser des entreprises marocaines. Je vais planter le drapeau marocain sur l’Everest, il y aussi une fierté nationale".

L’alpiniste espère aussi créer des vocations dans son pays. Le Maroc compte en effet peu d’adeptes de ce genre de loisirs extrêmes : "Cela se comprend, les gens qui vivent dans les montagnes ont d’autres soucis que de faire de l’escalade". Pour populariser son sport, il a déjà prévu d’aller à la rencontre des enfants dans des écoles et de créer un blog pour que les plus jeunes suivent quotidiennement son exploit :  J"'ai vraiment envie de leur montrer que si un jour on a un rêve, on peut y arriver".

"Descendre est une obligation"

Éternel optimiste, Nacer a cependant conscience des risques que comporte sa passion. Il connaissait Ludovic Challéat, l’un des guides de haute-montage qui a perdu la vie en septembre dernier lors d’une avalanche meurtrière au Népal. "Quand je l’ai appris, j’ai pensé à mon expédition. Je me suis demandé si cela valait la peine de mettre sa vie en danger. J’ai vu la peine de ses proches", se souvient-il avec émotion. Pour se rassurer, le Marocain affirme qu’il n’est pas une tête brûlée: S"'il y a danger de mort, je suis les recommandations et je redescends. La montagne sera toujours là, ce n’est pas grave. Comme le disait Ed Viesturs (ndlr : un alpiniste américain), monter est une option, descendre est une obligation".

À tout juste 33 ans, le jeune homme n’a  aucune envie de risquer sa vie. Il a encore plein de projets en tête : traverser l’Atlantique à la rame, atteindre le Mont Vinson (4 892 m), le point culminant de l'Antarctique ou encore gravir le K2, la deuxième plus haute montagne de la planète, située sur la frontière sino-pakistanaise, dont l’ascension est considérée comme plus difficile que l’Everest. Aventurier dans l’âme, il veut tout simplement suivre les traces de l’une de ses idoles, le fondateur de Virgin, Richard Branson : C"'’est un entrepreneur, mais qui se lance des challenges !" Finance, alpinisme, il gravit pas à pas chaque sommet.  

Première publication : 10/12/2012

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