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Culture

Tomates et querelles patriotiques pour l'ouverture de la saison à la Scala de Milan

© AFP PHOTO / TEATRO ALLA SCALA

Texte par Priscille LAFITTE

Dernière modification : 11/12/2012

Richard Wagner aurait-il dû céder la placer à Giuseppe Verdi ? La polémique vieille de 150 ans est réapparue à l'occasion du lancement de la saison à la Scala de Milan. Le tout sur fond de crise européenne.

Légende photo : Le Premier ministre Mario Monti en compagnie de sa femme Elsa (à gauche), du maire de Milan Giuliano Pisapia et son épouse Cinzia Sasso (à droite)

Vendredi 7 décembre, la Scala de Milan a failli perdre pied. La salle d’opéra la plus connue au monde, berceau de plusieurs œuvres du compositeur emblématique de l’unité italienne Giuseppe Verdi, a été le théâtre d’une polémique qui a éclaboussé la classe politique. Pourquoi, en effet, avoir préféré, en ouverture de saison, "Lohengrin" de l’Allemand Richard Wagner, plutôt qu’un opéra de Verdi, comme le veut la tradition ?

Guiseppe Verdi, compositeur emblématique de l’époque du Risorgimento, quand se forgeait l’unité politique italienne, aurait eu 200 ans en 2013. Le chœur "Va pensiero", dans l’opéra Nabucco, fait encore vibrer la corde nationale comme aucune autre musique - en avril 2011, le public de l’opéra de Rome se levait comme un seul homme pour chanter "Oh ma patrie, si belle et perdue !" et s’insurger contre les coupes dans le budget de la culture décidées par le gouvernement de Silvio Berlusconi. Quand à Richard Wagner, le "Bismarck" de la musique, il a accompagné tout autant les efforts pour arriver à l’unité de l'Allemagne au XIXe siècle. Les deux compositeurs ont rivalisé de génie à coup d’opéras de style diamétralement opposés. Ils sont programmés, l’un comme l’autre, tout au long de la saison 2013 de la Scala.

Un siècle et demi plus tard, dans le contexte de la crise européenne et de la suprématie économique allemande, le choix entre Wagner et Verdi n’est toujours pas anodin. Surtout dans un lieu de traditions comme la Scala de Milan. "C’est une gifle pour l’art italien et pour la fierté nationale en ces temps de crise", écrit le quotidien "Corriere della Sera".

"Futile" et "pathétique"

Le débat de mélomanes n’a pas épargné la classe politique et le gratin de la bourgeoisie italienne, prête à dépenser 2 000 euros pour être assis aux premiers rangs de cette soirée d’ouverture. Les invités de marque ont été accueillis devant le théâtre par des manifestants anti-austérité qui lançaient des tomates sur les manteaux à fourrure aux cris de : "Nous ne paierons pas pour votre crise".

Grand absent de la soirée : le président de la République. Giorgio Napolitano s’est désisté. Rien à voir avec la polémique wagnéro-verdienne, a-t-il assuré, qui est "futile" et "pathétique". Quand au chef du gouvernement, Mario Monti, il semblait plus préoccupé par les derniers soubresauts de la politique italienne et le retour de Silvio Berlusconi.

D’après les critiques musicaux qui ont assisté à la représentation, le ténor allemand Jonas Kaufman et ses subtiles couleurs vocales, la soprano allemande Annette Dasch qui a remplacé au pied levé sa consœur souffrante Anja Harteros, et le chef Daniel Barenboïm, qui maîtrise tout l’art wagnérien dans la fosse d’orchestre, ont eu raison des réticences des plus inconditionnels "tifosi" de Verdi. Et pour finir, l’hymne italien, qui a retenti en fin de soirée, a déridé les plus fâchés des italophiles. L’unité européenne tient parfois à un fil de voix.

Première publication : 10/12/2012

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