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EUROPE

L'increvable Berlusconi en quête de revanche

© AFP

Texte par Gaëlle LE ROUX

Dernière modification : 11/12/2012

Silvio Berlusconi, qui avait quitté la présidence du Conseil en novembre 2011, revient en scène. En se portant candidat aux législatives, il fait un pied de nez à Bruxelles, qui l’avait poussé vers la sortie... Et éloigne les juges de son giron.

Visiblement, Silvio Berlusconi n’a pas digéré les railleries dont il avait été l’objet lors du G20 de Cannes en novembre dernier. Le Cavaliere y était apparu esseulé, Angela Merkel lui tournant ostensiblement le dos le temps que s’installent les participants au sommet pour la photo de groupe. Pire, lors d’une conférence de presse commune, la chancelière allemande et le président français d’alors, Nicolas Sarkozy, avaient échangé un regard amusé lorsqu’une journaliste les avait interrogé sur la fiabilité du dirigeant italien à résoudre la crise de la dette italienne (voir vidéo ci-dessous).

Désavoué et poussé vers la sortie dans une Italie plongée dans le marasme économique, Berlusconi avait présenté sa démission quelques jours après la clôture du sommet du G20 dominé par le psychodrame greco-italien. L’austère technocrate europhile Mario Monti avait pris sa place à la présidence du Conseil, rassurant presque aussitôt les marchés et les partenaires européens de l’Italie.

L’Europe et Monti, les cibles du Cavaliere

Chez Berlusconi, la pilule n’est pas passée. Aujourd’hui, celui que les analystes s’accordaient à considérer politiquement moribond a décidé de s’accorder un petit come-back aux allures vengeresses. Depuis sa soudaine résurrection la semaine dernière, la Momie - le surnom dont l’ont affublé les Italiens, inspirés par ses liftings à répétition - n’a eu de cesse de taper sur Mario Monti et sur tout ce qui touche de près ou de loin à Bruxelles. Une revanche sur les institutions européennes, à commencer par la Banque centrale européenne (BCE), qui l’ont contraint l’année dernière à abandonner le pouvoir avant la fin de son troisième mandat. Son parti, le Peuple de la liberté (PDL), a ainsi retiré, jeudi 6 décembre, son soutien au gouvernement actuel, mené par l'ancien commissaire européen Monti, en boycottant un vote de confiance au Parlement.

La cible était toute trouvée. Mario Monti a beau être parvenu à rassurer les marchés et à séduire le grand patronat italien, il n’en reste pas moins impopulaire dans un pays soumis, depuis sa nomination à la tête du gouvernement, à d’indigestes cures de rigueur. Un boulevard pour le Cavaliere, qui fustige désormais à tout-va la "politique des techniciens et de l’austérité germano-centrée". Il se présente en homme providentiel désirant "sauver l’Italie du précipice", oubliant l’ardoise de 2 000 milliards d’euros de dette publique, véritable bombe à retardement, qu’affichait l’Italie lors de sa démission.

Stupeur et consternation

Amer après le camouflet infligé par le PDL, Mario Monti a annoncé samedi 8 décembre au président Giogio Napolitano sa décision "irrévocable" de démissionner une fois le budget voté, fin décembre, provoquant l’organisation de législatives anticipées et suscitant stupeur et consternation en Europe. Le 10 au matin, toutes les places européennes ont affiché leur nervosité à l’idée d’un éventuel retour du sulfureux Berlusconi à la tête de l’Italie. Les taux d’emprunt de l’État italien à 10 ans ont bondi à près de 5 %, soit une hausse de 0,3 %, alors que la Bourse de Milan s’est effondrée de 3,7 %, sa plus grosse chute en quatre mois. La manœuvre de Monti fonctionne : Berlusconi se retrouve désormais au pied du mur, obligé de porter la responsabilité d’une crise gouvernementale.

Pas de quoi faire paniquer le Cavaliere pour autant. "[Monti] change peu de choses; nous avons ainsi une anticipation de la date du vote d'un mois, un mois et demi", a-t-il simplement commenté dimanche, depuis le camp d’entraînement de son club le Milan AC, minimisant la portée de la démission de son rival. Berlusconi a également assuré "entrer en scène pour gagner". Un scénario dont il ne semble pas douter mais qui apparaît aujourd’hui bien peu probable. Le PDL, crédité de seulement 14 % des intentions de vote, apparaît plus que jamais au bord de la scission entre les modérés et l’aile droite. Au sein même de son parti, des voix s’élèvent pour dénoncer la candidature de Berlusconi. "On revient vingt ans en arrière", commente, dépité, Mario Mauro, chef du PDL au Parlement européen. Même ses plus fidèles lieutenants ont tenté de l’en dissuader. En vain.

Éloigner les juges

Au sein même de la société italienne, la lune de miel avec le Cavaliere semble bel et bien terminée. Nombre d’analystes et d’éditorialistes le suspectent ouvertement de se porter candidat non pas pour "sauver l’Italie" comme il le prétend, mais pour de simples considérations personnelles. Cerné par les magistrats, Silvio Berlusconi a été condamné le 26 octobre en première instance à quatre ans de prison assortis d’une interdiction d’exercer dans la fonction publique pendant cinq ans pour fraude fiscale. Il est par ailleurs poursuivi dans l’affaire Rubygate pour abus de pouvoir et incitation de mineure à la prostitution. Il a également été inculpé pour complicité de recel et violation du secret de l'instruction dans une affaire d’écoutes téléphoniques de personnalités de gauche diffusées par le journal lui appartenant, à la veille des législatives de 2005.

À défaut de le blanchir, une candidature aux législatives aura au moins l’avantage de lui faire gagner du temps, en éloignant un tant soit peu les juges de son giron… et de retarder l’adoption par le Parlement d’une loi interdisant à toute personne condamnée définitivement à plus de deux ans de prison de se présenter à des élections.

Première publication : 10/12/2012

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