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Afrique

L’armée égyptienne se pose en médiateur et préconise le dialogue

Texte par Dépêche

Dernière modification : 11/12/2012

Le chef d'état-major de l'armée égyptienne a proposé aux camps pro et anti-Morsi de se réunir mercredi pour dialoguer. Les manifestations qui ont débuté mardi soir au Caire laissent craindre des violences entre détracteurs et partisans du président.

Le ministre de la Défense et chef d'état-major de l'armée égyptienne, le général Abdel Fattah al Sissi, a proposé la tenue d'un "dialogue national" mercredi pour mettre fin à la crise politique qui secoue le pays.

Le président Mohamed Morsi a approuvé cette initiative, a dit un de ses proches, et les Frères musulmans ont fait savoir qu'ils se rendraient à cette réunion.

Le Front de salut national (FSN), principale coalition de l'opposition, donnera sa réponse mercredi matin, a déclaré un de ses dirigeants, Hamdine Sabahi.

"Nous respectons l'armée, ainsi que ses efforts, mais si l'invitation ne fixe pas un ordre du jour clair, nous craignons qu'il ne se s'agisse que d'un exercice de relations publiques auquel nous ne voyons pas l'intérêt de participer", a-t-il ajouté.

Le ministre de la Défense a appelé "toutes les composantes du peuple à se réunir demain pour un dialogue national au village olympique", avait dit auparavant un responsable militaire à Reuters.

Selon une autre source, Abdel Fattah al Sissi et le président Mohamed Morsi participeront à ces discussions à partir de 14h30 GMT.

Des milliers de partisans et d'adversaires du président Mohamed Morsi sont descendus mardi dans les rues du Caire et d'Alexandrie, où la concomitance de ces manifestations rivales fait craindre de nouvelles violences à quatre jours d'un projet de référendum que l'opposition rejette catégoriquement.



Tensions au Caire et à Alexandrie

La tension était particulièrement vive dans la capitale, où neuf personnes ont été blessées dans la nuit de lundi à mardi par des assaillants masqués qui ont ouvert le feu et jeté des cocktails Molotov sur des opposants campant place Tahrir, selon des témoins.

Des véhicules de police ont fait leur apparition autour de la place pour la première fois depuis le début de la mobilisation contre le décret pris le 22 novembre par Mohamed Morsi pour étendre de manière provisoire ses prérogatives, dans l'attente de l'élection d'un nouveau Parlement après l'adoption d'une Constitution.

Si le chef de l'Etat, issu des Frères musulmans, a finalement reculé sur ce décret face à la pression de la rue et de certains médias, il reste ferme en revanche sur la tenue samedi d'un référendum sur un projet de Constitution.

L'opposition laïque et libérale a appelé à de vastes rassemblements ce mardi pour exiger le report de cette consultation au sujet d'un texte qui, à ses yeux, vise à imposer un carcan religieux à la société égyptienne.

Quelques dizaines de manifestants sont parvenus à abattre deux blocs de béton composant une partie de l'enceinte destinée à interdire l'accès aux abords du palais présidentiel. Des milliers de partisans de Mohamed Morsi se sont pour leur part rassemblés non loin de là, près d'une mosquée.

A Alexandrie, deuxième ville du pays, plusieurs milliers de manifestants des deux camps ont convergé vers des lieux différents. Les soutiens du pouvoir scandaient "Le peuple veut l'instauration de la loi islamique". Ses détracteurs criaient "Le peuple veut la chute du régime".

Divisions

Sept personnes ont été tuées et plusieurs centaines d'autres blessées dans la nuit du 5 au 6 décembre lors d'affrontements entre adversaires et partisans de Mohamed Morsi.

Ce dernier a signé dimanche un décret conférant provisoirement à l'armée le pouvoir d'arrêter des civils afin de permettre la tenue du référendum. La mesure restera en vigueur jusqu'à la proclamation des résultats de la consultation.

Les personnes arrêtées par les militaires seront toutefois traduites devant des juridictions civiles, a précisé la présidence mardi.

Cette crise illustre les divisions de la société égyptienne entre islamistes et libéraux, apparues au grand jour depuis le renversement d'Hosni Moubarak en février 2011.

"Cette révolution n'a pas été faite pour remplacer un dictateur par un autre", a affirmé à l'antenne de CNN Mohamed ElBaradeï, l'un des chefs de file du Front de salut national (FSN), coalition formée par l'opposition pour tenter d'obtenir le report du référendum constitutionnel.

Vainqueurs des diverses élections organisées depuis la chute d'Hosni Moubarak, les Frères musulmans semblent confiants dans leur victoire samedi, d'autant qu'ils misent sur la lassitude de la population à l'égard des troubles.

L'instabilité politique pèse sur l'économie égyptienne.

A sa demande, le nouveau pouvoir égyptien a obtenu le report de l'octroi d'un prêt de 4,8 milliards de dollars (3,7 milliards d'euros) de la part du Fonds monétaire international (FMI), le temps d'expliquer les mesures d'austérité impopulaires prises pour obtenir cette somme, a dit le ministre des Finances, Moumtaz al Saïd.

Reuters

Première publication : 11/12/2012

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